Madrid 2 mai 2018 – Corrida goyesca – Torería de Javier Cortés, une oreille et grave blessure.

La traditionnelle corrida goyesca en ce jour de Fête de la Communauté Autonome de Madrid ne pouvait être que madrilène puisqu’elle réunissait trois toreros de Madrid : Iván Vicente, Javier Cortés et Gonzalo Caballero pour des toros de El Tajo et La Reina dont le propriétaire est José Miguel Arroyo « Joselito » madrilène lui aussi. On rappellera la corrida historique et triomphale du 2 mai 1996 de ce même « Joselito » maintenant éleveur de toros braves. Justement les toros d’aujourd’hui n’affichaient pas tous une bravoure exemplaire et leur comportement donnait lieu à deux cogidas et cornadas infligées à deux toreros valeureux : Javier Cortés et Gonzalo Caballero. Iván Vicente, lui, pouvait regagner l’hôtel par ses propres moyens, ses deux compagnons d’infortune étant à l’infirmerie.

Iván Vicente touchait en premier un toro de El Tajo, joli colorado, bien encorné qui se révélait le meilleur de la corrida, bien accueilli par des véroniques gagnant du terrain vers le centre du ruedo, passant mieux à gauche, plus court sur la corne droite. L’épreuve des piques se faisait en douceur… mais la course aux banderilles était vive, coupant même le terrain à gauche. Contrairement à l’impression première, à la muleta, ce toro permettait à Iván Vicente de dessiner de bons derechazos, profonds… la jambe contraire défaussée. Les deux premières séries à gauche, les naturelles liées profitaient de la qualité de charge de « Listillo »  – malin – qui changeait de caractère dès qu’il pût accrocher la muleta et à partir de là, la faena déclinait. Les passes, aidées par le haut et le bas, une bonne naturelle et une passe du « mépris », donnaient une bonne note finale à la faena conclue par une estocade entière contraire. La forte pétition d’oreille n’impressionnait pas le président qui ne l’accordait pas et à contre cœur Iván Vicente faisait la vuelta. Au quatrième, aussi de El Tajo, on passait à une autre pointure de poids – 630 kg – toro sans fijeza mais qui allait au cheval avec violence de tout son poids, étant bien piqué par Jesús Vicente, frère du matador. Ensuite, l’absence de codicia et encore le poids – toro aplomado – faisaient que la faena n’était qu’une succession de passes courtes terminées par un coup de tête par le haut. Faena pesante et l’avis sonnait avant la mise à mort par une estocade entière.

Javier Cortés devait affronter un toro de La Reina, melocotón de cape, mansote, ainsi que les vociférations peu respectueuses des «aficionados» du Tendido 7 qui n’appréciaient pas l’allure du toro et qui perturbaient le sérieux trasteo du madrilène. En effet, en un quite par saltilleras et gaoneras Javier Cortés donnait le ton de ce qui allait être son attitude tout au long de ses faenas. La faiblesse du toro ne l’empêchait pas de profiter au maximum du peu de charge de l’animal, restant ferme toujours bien placé, liant les passes dans un minimum d’espace, les reins cambrés, la poitrine en avant dans une expression qui traduisait la torería de ce torero pas toujours chanceux, ou peut-être maladroit, à l’épée puisqu’il terminait par un infâme bajonazo. Des détails : il débutait sa faena par un pase cambiado jambe contraire fléchie et la concluait par des bernadinas serrées. Au cinquième, un mastodonte de 655 kg, pourvu de cornes imposantes, qui fuyait les capes, se réveillait aux banderilles – deux paires sensationnelles d’Antonio Molina qui saluait – après avoir poussé moyennement sous le fer, Javier Cortés citait de loin pour une naturelle spectaculaire, pleine d’aguante et d’assurance,  le regard en direction du T7…

          

Le toro fléchissait des antérieurs et passait dans la muleta rebrincado – de charge désordonnée – et sur un retour il cueillait le torero d’un coup sec de corne à l’arrière de la cuisse gauche. Malgré la cornada, visiblement diminué, Javier Cortés reprenait la muleta pour deux séries de la droite, énormes,  sous les olés du public conquis. Il portait une demi-estocade atravesada et le toro avait le bon goût de se coucher… L’oreille, fortement demandée, était accordée alors que le valeureux et talentueux Javier Cortés était emporté à l’infirmerie.

Gonzalo Caballero ne pouvait que donner des passes de cape longues et en mouvement au 3ème, suelto, distrait, qui promenait sa belle allure de toro bien fait, portant haut ses cornes bien plantées. Peu piqué, puyas arrières,  il fléchissait des antérieurs. Le brindis au public était protesté par les mêmes du T7. Gonzalo toréait en douceur – il fallait bien cela – mais les passes une-à-une s’avéraient vaines car à la fin le toro n’en voulait ou n’en pouvait plus. Des pinchazos et des descabellos à répétition étaient sanctionnés par un avis ! C’est au sixième que se produisait la deuxième cogida de la soirée, dès les premiers capotazos en delantal et à mi-hauteur car il fallait fixer le toro fuyard.

            

C’est justement, sans baisser la tête que ce toro accrochait sèchement Gonzalo Caballero sur la face avant de sa cuisse droite. Emporté à l’infirmerie, il en ressortait boitant bas pendant que sa cuadrilla banderillait et qu’Iván Vicente se préparait à prendre muleta et épée… Heureusement, le toro n’avait qu’un semblant de charge pour le torero handicapé dont la muleta était accrochée à chaque passage. Des manoletinas ne faisaient qu’augmenter l’angoisse d’une nouvelle cogida.  Deux pinchazos et la demi-lame tombée mettaient un terme à cette faena et corrida accidentée.

Iván Vicente : un tour de piste ; un avis et silence. Javier Cortés : silence ; une oreille. Gonzalo Caballero : un avis et silence ; saluts.

Georges Marcillac

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