Séville 13 avril 2018 – Seul Alejandro Talavante émerge d’une corrida décevante, soporifique et sans intérêt.

Avec le ciel dégagé après tant de menaces de pluie, avec le premier cartel de figuras, la corrida pouvait s’annoncer bien meilleure que définitivement elle fut. Elle durait presque trois heures après le changement de deux toros - les 3ème et 6ème - d’un lot de deux fers de même origine Juan Pedro Domecq et Jandilla, ceux d’Olga Jiménez et García Jiménez,  de la propriété de la «Casa Matilla». En tête du paseillo, Miguel Ángel Perera pour son unique présence à l’affiche de la Feria cette année et Alejandro Talavante qui accompagnaient Andrés Roca Rey très attendu après son succès à la Maestranza, le jour de Pâques. Par leurs présentations et comportements, les toros  de la Peña de Francia (Salamanque) ruinaient les espoirs de Miguel Ángel Perera de bien figurer et Andrés Roca Rey, pas mieux loti, voyaient ses deux toros titulaires renvoyés aux corrales et remplacés par un toro d’Olga Jiménez (3ème) et un autre de Torrestrella (6ème). Les tercios de piques, pour la plupart, étaient escamotés, réduits à un simulacre, des picotazos, malgré la chute de la cavalerie enregistrée au 5ème, un toro de 585 kg qui partait de loin, impactait et envoyait cheval et picador au sol. Curro Javier de la cuadrilla d’Alejandro Talavante était accroché, déséquilibré au sortir d’une paire de banderilles et repris au sol sans dommage apparent, taleguilla déchirée. Paco Algaba était victime d’un derrote au bras gauche alors qu’il s’apprêtait à «puntiller» le 6ème. Javier Ambel, de la cuadrilla de Perera, Juan José Domínguez, de celle d’Andrés Roca Rey, saluaient après la pose des banderilles ainsi que Curro Javier malgré sa cogida.

Alejandro Talavante coupait une oreille du 5ème, un toro corpulent qui, au fil de la faena, montrait une nette tendance à se réfugier près des barrières à proximité de la porte de toril. Cela n’empêchait pas Talavante de construire une faena qui allait a más, parvenant à garder le toro dans la muleta surtout dans des séries sur la corne droite, à un toro, désintéressé mais noble. A noter les passes longues et de bonne facture, changement de main et passe de poitrine profonds d’Alejandro visiblement à l’aise et appliqué à la fois. Une estocade arrière concluait cette faena modeste mais sérieuse qui incitait toutefois le public à demander l’oreille, finalement concédée. Le second  sans fijeza aux banderilles, de charge courte dans la cape sans trop «humilier», semblait s’améliorer lors des passes de tanteo d’Alejandro Talavante.  Peu à peu, en «perdant» des pas pour engager la charge et faire baisser la tête du toro, il faisait en sorte que les dernières séries de naturelles étaient mieux réunies, certaines pieds joints. Malgré cela, le toro gênait le torero dans les finitions, les remates, en donnant de la corne. La mise à mort gâchait en partie le bon trasteo d’Alejandro Talavante, perdant subitement confiance et se jetant de côté pour deux pinchazos et une estocade basse.

Miguel Ángel Perera touchait le premier olga-jiménez, sans fixité, suelto à la cape et aux banderilles, de charge courte et lançant des coups de tête en fins de passes à la muleta. Avec ce «matériel» protestataire qui de plus se serrait dangereusement sur la corne droite – problème entrevu à la cape - il était difficile de construire une faena vite abrégée et terminée par deux pinchazos et une entière desprendida. Le 4ème se déplaçait et MAP en profitait pour le citer de loin et mais au deuxième derechazo, se produisait un accrochage et la perte de la muleta - desarme - A gauche ce n’était guère mieux, malgré l’effort de baisser la muleta dans des naturelles qui ne «disaient» rien et le public s’impatientait et protestait… Un pinchazo et une estocade arrière mettaient fin à une prestation décevante du torero déconfit.

Andrés Roca Rey, lui, devait affronter les deux sobreros remplaçant d’abord un toro mal présenté (même à Séville) et sans coordination dans sa course, ensuite un garcía-jiménez aussi mal présenté et faiblard… Le premier sobrero de 590 kg et cinqueño sautait dans la cape mais était assujetti avec décision par le jeune péruvien. Le péndulo doublé en alternance avec une passe de poitrine et un remate à gauche par le bas formait un bon début de faena mais le toro s’échappait. Venait ensuite une bonne série de la droite, la muleta basse soumettant ce toro fuyard, pour continuer au centre de la piste par des naturelles recevant, au passage, un coup de plat de corne. La faena se terminait près des planches par une demi-estocade un peu croisée. Sonnait un avis. La couleur de la robe du deuxième sobrero - un torrestrella sardo – lui donnait un air de toro bien proportionné malgré son poids de 490 kg. Il était néanmoins protesté par une partie du public. Sans être réellement piqué et sans caste, il décourageait Andrés Roca Rey qui abrégeait et plaçait un pinchazo hondo bas qui suffisait pour tomber le bicho auquel il restait suffisamment de force pour décocher un coup de corne au puntillero.

Miguel Ángel Perera: silence aux deux. Alejandro Talavante : un avis et silence ; un oreille. Andrés Roca Rey : un avis et saluts ; silence.

Georges Marcillac

Ce contenu a été publié dans Georges Marcillac Escritos, Séville. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.