Sevilla 16 Avril 2018 – Indulto de « Orgullito » de Garcigrande et Puerta del Príncipe pour El Juli.

Avant toute chose il convient de mentionner la qualité de la prestation de Enrique Ponce à son second toro, supérieur dans le style qu’on lui connait, costume immaculé de toute tache, tant sa maitrise des distances est précise. Alejandro Talavante, quant à lui, a tiré le lot ingrat d’une corrida permissive de Garcigrande & Co. « El Juli » a coupé deux oreilles à son premier toro dans un travail sans aucune transcendance. C’est à son second qu’il a véritablement brillé, d’abord en revenant, en début de faena, à son toreo de jeunesse plus vertical et esthétique, puis en mettant en valeur les qualités d’ « Orgullito » pour lui sauver la vie. Ce dernier, incontestablement le meilleur exemplaire de la corrida, n’avait pourtant pas brillé au premier tiers sous l’épreuve du fer. Mais il est vrai que par la suite, avec l’aide de la maestria technique de Julián López, il a fait montre d’une endurance et d’une embestida noble, au raz du sol, longue et hors du commun, qui méritait l’enthousiasme du public. Indulto ? Pour les puristes certainement pas. Pour Séville la demande fut massive.

Le premier toro de Garcigrande a un trapío anodin pour une arène de cette importance. Les véroniques du maestro Enrique Ponce le sont tout autant, sans forcer son talent, mais en assurant la forme. L’embestida est toutefois collaboratrice. L’animal s’emploie a menos en deux rencontres au cheval. Le quite de Ponce par véroniques fait ressortir quelque hésitations du bicho. Le toro répond aux doblones du maestro. Les derechazos donnés sur le voyage sont marqués par le cabeceo du Garcigrande. Beaucoup d’accrochages de muleta, de toques por fuera et de distance superlative entre toro et torero. Ponce arrive cependant à imprimer un rythme et des trajectoires enchainées à droite. À gauche, il renonce face aux quelques aspérités de l’adversaire. Le regard complice avec le public laisse à penser que le torito est une alimaña, ce qu’il n’est pas, et justifie pour le maestro d’abréger. Demi-lame défectueuse. Divers descabellos et silence.

Le quatrième exemplaire est dans le type du toro de Séville. Ponce est en mode service minimum et subit les facéties de son opposant distrait et abanto. Entre deux piques données dans le désordre la tentative de quite de Ponce est avortée. Le Maestro insiste pour donner, à la fin du tiers, trois véroniques et demie dans le silence le plus complet de la Maestranza, mais qui pour lui révèlent une opportunité de faena. Brindis au public. La maestria de Enrique Ponce éclate sans s’annoncer. Doblones, trincheras, pase de pecho de dominio pour commencer. Les premiers derechazos sont profonds et liés. Musique. La suite baisse de ton avec des ruptures et des passages à vide, ainsi qu’une baisse de rythme du toro. Nonobstant Ponce distille son toreo sur les deux cornes et profite de la charge ouverte vers l’extérieur et ininterrompue. Lorsqu’il souhaite entamer ses fioritures finales le toro termine rajado. Alors Ponce lui impose des doblones somptueux vers les planches pour accompagner sa tendance naturelle. Entière caida d’effet rapide. Une oreille.

Julián López « El Juli » fait face a un Domingo Hernandez haut sur patte, excessivement brocho qu’il torée à la cape avec brio dans son style dominateur et rustre. Le toro s’emploi sous le fer. Quite de Juli par chicuelinas brusques et demie. La seconde pique est purement formelle. Alejandro Talavante dessine un quite, calqué sur celui du Juli, avec une touche finale en larga afarolada. Le toro est mobile et offre toutes les possibilités. Brindis à Justo Hernández, l’éleveur. Juli profitant de l’armure resserrée de l’adversaire débute sa faena à genoux. Nul meilleur que lui pour profiter de la mobilité du toro dans un trasteo droitier, jambe de sortie en retrait, qui déclenche la musique. A gauche quelques naturelles somptueuses ne sont pas réitérées. Juli alterne les séries sur les deux cornes avec quelques muletazos longs et lents mettant en valeur la collaboration supérieure du bicho. Entière en « julipie » mais dans la croix. 2 oreilles. Palmas au toro.

Le cinquième est « culo de pollo », armé long et en avant. El Juli dessine des véroniques et delantales mains basses et brusques. L’animal subit les deux rencontres règlementaires au cheval, entrecoupées par un quite de Juli par véroniques cette fois templées et esthétiques du meilleur effet. Brindis au public chaudement accueilli. Le début de faena va de tanteo à dominio. Au centre un Juli vertical se relâche et dessine des derechazos lents. Tout est douceur comme la charge du Garcigrande qui répond également de loin, sans hésitation. Juli duplique à gauche sans les excès habituels. En fin de faena, de retour dans son style contemporain, il met en valeur l’extraordinaire embestida du toro. Le public demande l’indulto. Juli insiste, accompagné de la musique, pour convaincre la présidence. Indulto accordé. Deux oreilles symboliques et vuelta avec le ganadero dans une parfait hommage à son ganadero de père récemment décédé.

Le troisième est un Garcigrande de meilleure présence et capacho. Il fait un tour du propriétaire pensif et n’inspire en rien Alejandro Talavante à la cape. L’animal fait sonner l’étrier et sort de la première pique sans se faire prier. Il subit la seconde. Talavante tente d’éviter que l’animal ne succombe à sa faiblesse en imprimant des trajectoires rectilignes sur les deux cornes. L’ambiance est d’une telle fadeur que le matador va chercher l’épée. Pinchazo et 3/4 de lame desprendida. Sifflets au toro. Silence.

Il revient à Talavante de conclure l’apothéose face à un Domingo Hernández de grand volume, corniapretado. Les adversaires ne se rencontrent pas à la cape. Au cheval, le bicho est peu combatif et cherche même à s’éloigner. Juan José Trujillo salut au second tiers. La faena débute avec de la mobilité de la part du toro qui tire des derrotes à droite en fin de passe. Il le fait également à gauche, mais Talavante arrive par moments à le canaliser. L’animal se retourne en avançant et en hésitant ce qui rend la tâche compliquée pour le matador. Celui ci insiste avec difficulté puis rend les armes. Sans entrain Le matador passe à plusieurs reprises bras tendu pour des pinchazos avant de porter une demi-lame défectueuse. Avis et descabellos. Silence.

Sortie par la Porte du Prince de Julian López « El Juli ».

René Philippe Arneodau.

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