Séville 18 Avril 2018 – Une oreille populaire pour José Garrido et déception des toros de « El Pilar ».

 

Photo: Álvaro Pastor Torres

Photo: Álvaro Pastor Torres

Demi-entrée pour voir la corrida de « El Pilar » très disparate et trop juste de présentation.  Malgré des poids limités, sauf le premier sobrero, et jeunes en âge pour cinq d’entre eux, ils ont accusé de la faiblesse, tout en montrant de la noblesse.  En tout état de cause et bien qu’il m’en coûte de l’écrire, le spectacle de ce jour va donner des arguments à ceux qui ont été enthousiasmés par les deux dernières corridas de Garcigrande et Nuñez del Cuvillo.  Dans cette triste ambiance seul José Garrido a tiré son épingle du jeu, à base d’entrega, un peu pueblerina à son second dont il coupa l’oreille.  Une corrida de presque trois heures qui mît à l’épreuve les plus endurants d’entre nous.

Photo: Álvaro Pastor Torres

Le premier exemplaire est haut, fin quelque peu zancudo.  Ses retours de charges avec écarts obligent Juan Bautista à rectifier sa position sauf sur deux véroniques d’une grande douceur.  L’aldeanueva (les toros de « El Pilar » ont pour origine l’encaste Aldeanueva) pousse au cheval et en sort affecté.  Le maestro français distille un quite par chicuelinas et demi-véronique toujours marqué par la douceur, caractéristique tirée de l’embestida.  La seconde rencontre au fer est simulée.  Le quite d’infirmier de Alberto López Simón envoie le toro au tapis.  Juan Bautista débute à mi hauteur et en ligne pour éviter les fléchissements du bicho. Il en résulte un toreo en ligne sur les deux cornes de peu d’intensité, inclus des accrochages de muleta en sortie de passes.  Le tout est aimablement applaudi par le public.  Le toro est noble, le matador conventionnel.  Les enroulements de fin de faena ne sont pas plus en rythme avec l’embestida que le reste du trasteo.  Demi-lame en golletazo.  Sans reprendre l’épée le Français est longuet au descabello.  Silence.

Le second de Juan Bautista est bas et montado.  Bien que brusque en sortie, la charge du Pilar est longue et continue.  Les véroniques n’en prennent pas la mesure.  Avant la pique apparaissent les premiers signes de faiblesse.  Mouchoir vert.  Le sobrero porte presque cent kilos de plus que ses congénères et est plus dans le type que l’on connait de la ganaderia.  Lui aussi accuse une faiblesse dès les capotazos du Français.  Le Pilar a du mal à déplacer le cheval d’Alberto Sandoval qui porte deux bonnes piques courtes.  La faena débute à gauche, avec difficulté, là où le toro l’attendait au tiers.  Les premiers passages droitiers sont conventionnels, froids et en ligne.  Le matador semble subir plus qu’imposer.  Les séries gauchères le confirment.  Pinchazo et demi-lame en arrière.  Silence.

Alberto López Simón touche un exemplaire haut et peu épais au regard anovillado auquel il sert des véroniques dans les tercios à la demande du bicho.  Le tiers de piques a lieu dans le désordre d’abord, puis le bicho charge de loin et fort sans que la puya ne soit appliquée.  Bon quite de José Garrido par véroniques et une demie.  Álvarez et Jesús Arruga saluent au second tiers grace à la générosité du public.  Le début de faena est plus du tanteo que du toreo.  La charge est sincère et transmet.  Les derechazos ont du mal à imposer un rythme malgré l’enchaînement de passes accélérées.  À gauche, la muleta est accrochée lors des premières naturelles puis retirée de la tête prématurément.  Alberto insiste sans trouver le temple idoine.  Pinchazo et demi-lame trasera, tendida, desprendida.  Quelques palmas au toro.  Silence.  

Le cinquième a vraiment une apparence de novillo et manque de remate.  Abanto, il trébuche dès les premiers lances d’Alberto López Simón.  Mouchoir vert.  Le second sobrero du jour a encore une morphologie différente et les lances de López Simón ne présagent rien de bon.  Le tercio de varas est bien mené par Ángel Rivas et le bicho s’y emploie a menos avec des échappées vers le  toril.  Vicente Osuna salue après une voltereta et une bonne seconde paire de banderilles.  L’animal a galopé durant tout le second tiers.  À la muleta, il trébuche malgré une volonté de suivre le leurre.  Le trasteo de d’Alberto manque de profondeur.  Les derechazos sont initiés por fuera ou exécutés al hilo del pitón.  À gauche, le Madrilène subit.  Les passes se succèdent ensuite à droite sans contenu.  Demi-lame portée bras tendu depuis les extérieurs.  Descabello.  Silence.  

Photo: Álvaro Pastor Torres

Le troisième  est sans trapío, peu armé.  José Garrido le torée avec brio par véroniques et demi-véronique au centre.  Si le tercio de varas est peu brillant, le quite de Garrido par chicuelinas est toréé par le bas avec beaucoup d’entrega.  Celui de Juan Bautista par delantales est plus sobre.  Antonio Chacón salue pour une paire portée de loin et à bout de bras.  Brindis au public.  Garrido impose immédiatement des trajectoires incurvées à droite qui portent sur le public et déclenchent la musique.  Inspiré, il poursuit sur les deux cornes avec plus de difficulté à gauche mais en trouvant finalement la clé.  Le toro est pronto, le torero totalement engagé.  Ayudados por alto vers les planches et une nouvelle série de naturelles anachronique.  Estocade entière desprendida et tendida portée avec décision.  Avis.  La mort traîne en longueur ce qui explique probablement le refroidissement du public dont la pétition d’oreille monte trop tard en puissance, et sans réponse de la présidente.  Vuelta.

Photo: Álvaro Pastor Torres

La corrida se conclut avec la sortie d’un exemplaire qui répète dans la cape de José Garrido dans un va et vient indéfini.  L’animal s’emploie sans classe tête haute au cheval.  De la seconde rencontré, il sort sans être piqué.  Garrido entame avec un tanteo qui met en évidence la faiblesse du bicho.  Ce dernier se défend par cabeceo et accroche la muleta.  Lorsque Garrido prend la gauche, le rythme est continu à base de position marginale et trajectoires vers l’extérieur.  Avec plus d’envie que de pureté le torero de Badajoz appuie à droite et emporte l’adhésion des tendidos.  À la fin, il tente d’imposer un passage par naturelles pieds joints qui sans être de grande qualité donne une touche de classicisme au trasteo. Entière trasera et caída.  Pétition et oreille.

René-Philippe Arnéodau

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