“LA TLAXCALTECA” – Rodolfo Rodriguez “EL PANA”

Depuis que j’ai eu le privilège de voir toréer le Matador de Toros EL PANA que mon ami Gaston Ramirez,  inconditionnel du Torero de Tlaxcala, m’a fait connaître, je suis passé d’abord par une étape de doute et de dérision, pour terminer en inconditionnel. 

Le  PANA est pour moi un cas particulier.  D’abord parce que je l’ai vu pour la première fois en fin de carrière, à partir de 2006. Je ne l’ai donc pas connu en pleine possession de ses capacités physiques.  Mon jugement est clairement conditionné par un certain degré de tolérance.  Puis, parce que certains professionnels Européens à qui j’ai parlé de lui ne le prennent pas du tout au sérieux, le critiquant non seulement pour son “toreo” mais également pour les frasques de sa vie privée et ses fantaisies dans le “ruedo”.  J’écoute toujours avec beaucoup d’attention l’avis des professionnels dont j’apprends beaucoup,  mais dans le cas d’EL PANA je demeure toutefois admiratif.

EL PANA est un torero qui prend le risque considérable de se faire remarquer avant de devoir démontrer ce dont il est capable.  S’il n’était pas en mesure d’assumer son originalité, il serait “chulo” ou  bouffon.  Ce n’est, en réalité, pas du tout le cas.  Même s’il lui arrive d’avoir, comme tout torero, de mauvais jours et parfois de très mauvais, il est aussi capable de moments d’incroyable sincérité, au-delà de ce que nous exigeons habituellement des membres de la profession.  EL PANA nous fait offrande de ces moments et il est de notre devoir d’Aficionado de les valoriser à leur juste niveau.

“LA TLAXCALTECA” est une de ces offrandes.  Elle est une passe qui, semble t il, a été inventée par lui.  La première et seule fois que je l’ai vue exécutée,  ,  c’est dans une vidéo de la corrida du 01 Novembre 2010 à TLAXCALA ( Plaza de toros Jorge “El Ranchero” Aguilar ) face à des Toros de Fernando de la Mora ,  avec au Cartel Ignacio Garibay et El Payo.  Je me souviens d’en avoir immédiatement parlé à Gaston Ramirez pour lui confier ma surprise de voir une passe aussi baroque et  exposée.  Lui qui était présent à TLAXCALA ce jour, a corroboré ce sentiment. 

Notre confrère Mundotoro a proposé en Janvier 2012 une vidéo du même événement titrant “El Pana a lo grande”.  En revoyant ces images j’ai conforté ma première impression qui était que cette passe est extrêmement originale et très exposée,  et qu’en l’occurrence la manière de l’exécuter dénote une vaillance exceptionnelle.

“LA TLAXCALTECA”  est une passe a “porta gayola”, le torero se plaçant en piste, face au Toril, avant la sortie du Toro.  Elle est également “de rodillas” c’est-à-dire donnée en attendant et en exécutant la “suerte” à genoux.  La cape est positionnée sur les épaules et dans le dos, comme le serait une cape vêtement, tenue à deux mains,  à chaque extrémité et débordant du coté où sera donnée  la sortie,  de telle sorte que la cape vienne s’enrouler partiellement de ce coté sur le devant du corps.  Le Maestro choisit donc dès l’origine le coté où sera donné la passe, contrairement à ce qui est le cas par exemple pour les “largas cambiadas de rodillas” ou “largas afaroladas de rodillas” données à “porta gayola” au cours desquelles le torero conserve la possibilité de choisir le coté de sortie jusqu’à l’ “embestida” du “bicho”.  En l’occurrence il est judicieux de noter qu’EL PANA exécute la passe en se plaçant dans un axe décalé vers sa droite par rapport au  toril pour donner la sortie du coté gauche, coté ou la cape déborde et est enroulée vers le devant du corps.  Aussi la sortie du toril est étroite et réduit les risques  de changement de direction du toro, ce qui ne veut pas dire que les risques sont absents.  Un toro qui sortirait au pas, “andando”, créerait  une situation catastrophique , très dangereuse pour le torero.

   

L’exécution de la suerte se fait en un éclair,  si tout va bien.  La distance entre le torero et le toril étant courte.  Dès que le bicho pointe à la porte du toril il est à une longueur du torero et du leurre.  EL PANA, qui a choisi dans ce cas de donner la sortie de son coté gauche, fixe l’ “embestida” et ouvre la cape quasiment dans un même geste en étendant et en levant son bras gauche sur le coté dans une attitude qui fait penser à celle du premier temps de la ROGERINA qui elle est donnée par le bas, et avec une ressemblance lointaine au “Galleo del Bù”.  En l’occurrence le bicho qui est sorti à toute vitesse honore le “toque” et effectue un cambio impressionnant pour suivre le vuelo, passant sous la cape qui s’est ouverte comme une aile dans le dos du torero.  La passe est maintenue à deux mains jusqu’à la fin.

  

 

(Images issues de la video de Saintower sur Youtube “Tlaxcala 1ero Noviembre 2010”)

La complexité et la pureté du geste sont le gage d’une assurance et d’un courage peu communs.  On est loin des cas où les toreros décident de plonger pour éviter le contact lors de “porta gayolas de rodillas”.  Ici, malgré le serré et la proximité millimétrique de la “suerte”, EL PANA offre le “pecho” et ne dévie pas d’un millimètre de l’harmonie du geste et ce jusqu’à sa fin.  Sous un autre angle on voit bien comment EL PANA conserve le buste droit sans sourciller alors que le toro donne la sensation qu’il est sur le point de l’emporter au passage.

(Image issue de la video de Poetauro – Video Arte Taurino sur Youtube “El Pana a lo grande”)

Certains y verront un signe de folie. En ce qui me concerne cette création et son exécution sont cohérents avec le personnage que j’ai découvert.  J’y vois l’imagination de créer, la “toreria” pour exécuter et le courage d’ “aguanter”,  en acceptant le risque du “fracaso” en échange de la grandeur.  C’est le Maestro Rodolfo Rodriguez EL PANA.

René Philippe Arneodau

À propos de Niño de San Rafael

Niño de San Rafael (Apodo de René Philippe Arneodau) est aficionado practico fréjussien avec une expérience tauromachique qui débute en 1970, allant de chroniqueur à apoderado, cultivant exigence et précision dans ses avis et ses opinions. Passionné de tauromachie depuis le plus jeune âge, il a trouvé dans la pratique du toreo le chemin de la compréhension de la technique et de l'art de torear, et développé une admiration et un respect pour ceux qui y excellent.
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