Madrid 18 juin 2017 – Un nouveau succès du Vénézuélien Jesús Enrique Colombo qui coupe une oreille

 

La novillada dominicale accolée aux deux dernières corridas extras, de prestige, de la dernière San Isidro – la Beneficienca et celle de la Culture – était empreinte de la tristesse et  douleur pour la mort annoncée la veille d’Iván Fandiño à Aire-sur-l’Adour sous la corne de « Provechito », toro des Héritietrs de Baltasar Ibán (Madrid). Le paseillo se déroulait sans la musique habituelle et une minute de silence pesante et  recueillie était observée à la mémoire du torero tombée. Une longue salve d’applaudissements saluait symboliquement la dernière faena du torero basque. Une banderole, préparée à la hâte, lui rendait un modeste hommage.  Par la suite, les trois novilleros, au centre l’arène, adressaient un brindis spécial al cielo à leur aîné valeureux et malchanceux.

La novillada était de José Luis Marca, d’origine JP Domecq via Jandilla, pour les quatre premiers novillos et complétée par deux exemplaires de « El Cortijillo » (5ème et 6ème) d’origine Nuñez. Ángel Jiménez qui coupait une oreille le 7 mai dernier, le jour de sa présentation, et Ángel Sánchez qui, lui, avait fortement impressionné face à des novillos de La Quinta, le 27 avril, accompagnaient Jesús Enrique Colombo, troisième larron de ce cartel prometteur, qui ratifiait ses qualités et sa fougue de novillero dans tous les compartiments de la lidia comme il l’avait montré au cours du cycle de la San Isidro, le  22 mai, jour de sa présentation aussi, à Las Ventas. C’est précisément au dernier novillo, qui se révélait excellent à la muleta -  comme c’est souvent le cas pour des produits de l’encaste nuñez - ... alors qu’il avait montré des signes de mansedumbre évidente,  que Jesús Enrique Colombo étalait tout son savoir-faire et surtout son désir de triompher, se comporter, en un mot, en novillero. Après son habituelle exhibition aux banderilles, variant les suertes et clouant les rehiletes  avec vérité, il allait chercher le novillo à sa querencia pour l’amener vers le centre du ruedo après des doblones de fixation. Un cite lointain pour enchaîner des derechazos, transformés en redondos, le novillo était définitivement capté dans la muleta.

                            

Les séries se succédaient, par des passes bien dessinées, la dernière, à droite, terminée par un changement de main, donc une naturelle impromptue, « templée » liée, sans corriger sa position, à un molinete et la passe de poitrine. Parfois le novillo s’arrêtait mais il était repris, tiré, pour finir engagé dans la muleta précise et convaincante. Du métier, du sitio, pour un aussi jeune torero. L’estocade entière roulait le novillo et l’oreille demandée, accordée. A son premier, un joli negro salpicado, sérieux de hechuras, le jeune vénézuélien déployait tout son répertoire à la cape et aux banderilles, mais à la muleta le novillo « mettait le frein à main », ne bougeait plus et recevait une estocade très basse.

Ángel Jiménez est un torero fin mais qui abuse trop d’un toreo facile et distancé. Cet euphémisme signifie qu’il a tendance à aliviarse imprimant à ses passes un parcours long comme le 4ème novillo le permettait mais sans l’émotion perçue lorsque torero et toro se livrent à un combat et non plus à un jeu  (toutes proportions gardées, évidemment). Cette appréciation sévère ne doit pas cacher l’impression produite par un novillero conscient de ses capacités, de technique trop élaborée. Donc, de bonnes séries, tant sur la corne droite comme sur la gauche, d’un bon novillo qui n’avait rien donné de positif aux deux premiers tiers. Le trasteo propre n’éveillait que les encouragements de ses partisans. Au 1er, il travaillait sa faena, avec facilité et intelligence, mais la prolongeait trop, bien conclue malgré tout par des ayudados par le haut et pase de pecho de remate. Un avis précédait une estocade trois-quarts de lame.

Ángel Sánchez touchait deux novillos différents en hechuras (protesté le 2ème) et comportement, l’un brave et l’autre manso. Aux deux, Ángel Sánchez montrait une aptitude, sans doute un don, exhibé en autres occasions : celui du temple. Malheureusement cette qualité ne peut que rarement transparaître sinon l’espace d’une véronique, d’une série de naturelles. Ce fut le cas à ses deux novillos car le premier était vif dans ses charges pour finalement baisser sur la fin, et le manso 5ème qui avait tendance à s’arrêter.  En restant dans le sitio, les passes pouvaient être liées et « templées ». Pour terminer les faenas, des manoletinas et des doblones toreros et des estocades, une demie et une entière respectivement.

Ángel Jiménez : un avis et saluts aux deux. Ángel Sánchez : applaudissements ; saluts. Jesús Enrique Colombo : silence ; une oreille.

Georges Marcillac

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