Madrid 21 mai 2017 – 11ème de Feria – Un grand Antonio Ferrera s’invente une faena magistrale.

Cette corrida dominicale, sous un ciel gris et une bonne entrée – un peu plus de 20.000 spectateurs - , présentait un cartel qui réunissait trois toreros bien différents quant à leur style mais tous trois banderilleros et aussi forgés aux corridas dures. Néanmoins, le dénominateur commun de ces toreros était que tous trois sont passés par les affres de terribles blessures et leur longue guérison – celle de Juan José Padilla à Saragosse en octobre 2011 et Manuel Escribano, l’an dernier à Alicante ; quant à  Antonio Ferrera, lui, était victime d’une malencontreuse fracture du radius du bras droit qui le laissait éloigné de la profession pendant presque deux ans. Ils devaient affronter une corrida de Las Ramblas avec trois toros marqués du guarismo 2,  donc de plus de 5 ans et les trois derniers de 4 ans et demi dont les poids s’échelonnaient de 505 à 572 kg. Un lot relativement homogène mais très disparate en ce qui concernait les hechuras. Seuls les 4ème et  5ème présentaient un physique mieux proportionné plus conforme à celui des "toros de Madrid"  mais l’ensemble n’avaient pas le comportement idéal pour assurer le succès des toreros. Ou bien par principe ou bien avec raison, le plus souvent, les toros de Las Ramblas étaient protestés par le même secteur du public dès leur sortie du toril et encore plus lors des faenas que les 1er, 3ème et 4ème qui accusaient autant faiblesse que manque de race. Avec les sifflets correspondants à l’arrastre. Pourtant. c’est le 4ème  qui recevait, le mieux, le châtiment règlementaire, poussant autant le toro sur le peto que le picador sur sa pique.

Le sommet de l’après-midi se situait au 5ème lorsque, d’entrée, Antonio Ferrera recevait par des véroniques un toro qui passait sans "humilier". Au sortir des piques, cet inconvénient subsistait. Au début de la faena, le toro était amené au centre du ruedo par une succession de passes suaves, par le haut, par le bas, et un remate très torero. Le toro, toujours sans "humilier", par sa façon de se déplacer, ne semblait pas gêner Antonio Ferrera qui, sûr de lui, le toréait avec douceur, avec rythme aussi, le faisait passer autour de sa ceinture, berçait même la charge en terminant les passes à l’arrière de la hanche avec naturel et goût. Et quelles passes de poitrine !! On oubliait même cette charge à mi-hauteur du toro tant les passes autant de la droite mais surtout les naturelles avaient la cadence que le toro n’avait pas naturellement au début. Du grand art que le public tardait à apprécier pour enfin être conquis dans la dernière partie de la faena, pleine de détails et adornos et fêter l’estocade entière qui culminait ce petit chef-d’œuvre. Le président se faisait prier pour accorder la première oreille – on ne sait pourquoi, si ce n’est pour se faire remarquer… - et refuser la seconde demandée avec force. Bronca méritée à ce président à la vue basse. À son premier Antonio Ferrera avait bien toréé à la véronique en gagnant du terrain, s’étirant dans le mouvement de la cape et de sa ceinture. Le toro ne durait qu’une série de la droite, sans trop "obliger" l’animal, la suivante mettait en évidence la réticence du toro à suivre la muleta et forçait le torero à corriger sa position pour l’enchaînement des passes. Estocade un peu tombée, pourtant bien portée, en basculant sur la corne droite.

Juan José Padilla se dépensait au capote : cinq largas cambiadas à genoux consécutives des planches jusqu’au centre du ruedo ;  aux banderilles dans tout son répertoire : sesgo for fuera, violín, poder a poder ; à la muleta, à genoux de nouveau, au début de sa deuxième faena. Mais, peine perdue, ses deux toros ne duraient pas, sans race le premier, rajado son deuxième.

                       

Manuel Escribano, après le succès d’Antonio Ferrera, allait recevoir à porta gayola le 6ème dernier et après les piques par un quite par caleserinas un peu brouillon. Un quiebro très risqué, le long des barrières du T5, après le cite assis sur l’estribo, donnait le ton de la faena qu’il entamait spectaculairement par un péndulo, doublé, suivit d’un remate par pase del desdén. Le toro allait a menos alors  que le torero de Gerena faisait l’effort de bien toréer, avec temple à toro "humilié", jusqu’à ce que le toro réduisît sa charge pour pratiquement ne plus avancer. Un dernier sursaut à droite et l’épée en metisaca rompait d’un coup le possible succès de Manuel Escribano. Il n’y eut pas de faena à son premier…

Les trois maestros s’échangeaient les banderilles à chacun de leur premier toro. On remarquait dans leurs œuvres, principalement Antonio Ferrera dans un sesgo por fuera en changeant la trajectoire du toro au dernier moment au fil des barrières, et Manuel Escribano dans un quiebro.

Juan José Padilla: silence ; saluts. Antonio Ferrera: silence; oreille. Manuel Escribano: silence; un avis et aplaudissements.

Georges Marcillac

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Une réponse à Madrid 21 mai 2017 – 11ème de Feria – Un grand Antonio Ferrera s’invente une faena magistrale.

  1. François BERNARD dit :

    Ola Georges
    Les quatre premiers de las Ramblas laissaient présager une soirée soporifique! Ce défilé de sosos, mansos et peu concernés quadrupèdes enlevait tout espoir d’intérêt. Puis sortit le cinquième, pas tellement meilleur que les autres, mais magistralement mis en valeur par un Ferrera qui ne cesse de m’étonner! Quelle sérénité, quelle précision, quelle vista! Disparu le torero pueblerino pour faire place à un maestro en pleine possession de son art! Un grand moment de tauromachie! Attention messieurs les vedettes il va falloir compter avec lui. Merci Maestro!
    Amicalement
    Paco

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