Madrid – Las Ventas – 1er avril 2018 – Jour de gloire pour Álvaro Lorenzo : 3 oreilles et sortie a hombros

Le jour de Pâques est le lancement de la temporada de Las Ventas bien que les regards des aficionados étaient tournés vers la Maestranza de Sevilla en prélude à sa fameuse Feria. Mais aujourd’hui il fallait être à Madrid et assister à une corrida qui marquera sans doute la carrière du jeune torero de Tolède : Álvaro Lorenzo. Celui-ci signait deux faenas qui furent respectivement récompensées par une et deux oreilles et par la sortie par la Grande Porte de la calle Alcalà. Le cartel était composé de David Mora, Daniel Luque et Álvaro Lorenzo pour des Toros de El Torero d’origine Juan Pedro Domecq Diez, Salvador Domecq recevant un tiers de l’élevage familial en 1968. Les toros d’aujourd’hui avaient tous plus de 5 ans, formant un lot de poids moyen de 548 kg, de bonne présentation et belles armures, de trapío les 3ème et 5ème, un manso le 4ème, le reste honorable en bravoure avec peut-être un manque de caste pour que l’ensemble reçoive néanmoins une note au-dessus de la moyenne. Prontos, tenant le coup jusqu’à la fin des faenas, ils permettaient surtout à Álvaro Lorenzo de briller surtout avec le 6ème qui était gratifié de la vuelta al ruedo, sans doute exagérée pour un comportement incomplet aux piques.

Alvaro Lorenzo composait ses faenas par des doblones initiaux, au 3ème, et des statuaires au 6ème, montrant dans les deux cas ses intentions, mesurant bien les temps et terminant respectivement par des bernadinas serrées et des doblones des deux mains (sans l’épée montée) magnifiques de rythme et temple. Entre ses débuts et fins de faenas, les passes classiques se succédaient avec des cites lointains auxquels répondaient ses deux toros. On notait une belle série de naturelles à son premier bien que parfois ce toro, juste de force, ne supportait pas toujours les remates par le bas. Justement un remate en guise de naturelle couronnait une série en un trasteo classique et appliqué.

               

Au dernier, la faena était plus dense, pour des passes de la droite enchaînées dont un derechazo de grande maîtrise et temple, après un cite lointain; des naturelles et un remate « évanoui » (desmayado) et passes de poitrine longues et « templées », le tout dans le même terrain démontrant l’emprise sur l’animal et le sens de la lidia du jeune torero. Pour conclure: deux estocades entières et d’effet rapide, un peu tombées et perdant la muleta. Álvaro Lorenzo avait toréé à la cape avec facilité bien que ses toros n’accompagnaient pas complètement le dessin des véroniques du début. On pourrait regretter toutefois que son toreo de profil enlevait à ses passes la profondeur et la perfection que permettaient ses toros dans leurs charges franches et continues. Malgré cela, il ne faut pas trop mal juger ce jeune torero dont les qualités et  technique devraient s’affirmer dans le futur.

David Mora affrontait un toro qui par moment fléchissait des antérieurs en fins de passes par le bas mais permettait une faena sans trop d’éclat à ce toro noble, de charges faiblardes et sans transmission. Le torero de Borox était bousculé à l’estocade, recevait un coup à la poitrine et échappait à la cogida. Le toro amorcillado tardait à tomber et sonnait un avis. Le 4ème, un imposant colorado ojo de perdiz (bien que le plus léger du lot : 520 kg.) se déclarait manso aux piques et sortait de chaque capotazo ou muletazo pour chercher un terrain désert ou les barrières. Au cours d’une de ses fuites il rencontrait le picador de réserve et là, devant le Tendido 2, recevait une bonne ration en livrant un combat… de manso. David Mora, décidé, le poursuivait pour lui voler avec élégance et astuce des passes de la gauche, vertical et défiant le bicho, ou bien des derechazos liés en redondo pour le garder dans la muleta. Donc des passes isolées, pratiquement collé à la barrière du Tendido 7, David Mora réussissait à tempérer ce toro couard et par surprise lui logeait l’épée jusqu’à la garde. L’oreille était demandé et non concédée mais ce trasteo de ce torero presque vétéran était justement fêté par le public reconnaissant.

Daniel Luque tombait sur les deux toros du lot de moindre qualité mais, lui non plus, ne parvenait à apporter des détails qui auraient pu rehausser une prestation par ailleurs terne, faite de beaucoup de passes mécaniques. Si le 2ème entrait bien dans la muleta il en sortait sans aller au bout de la passe. Quant au 5ème, tantôt arrêté, tantôt chargeant sans « humilier», sans fijeza bien que jusqu’à la fin il avait du ressort, d’où la difficulté de gérer ces irrégularités. Daniel Luque n’était pas non plus très heureux à l’épée.

Dans les cuadrillas, on notait la brega et la pose des banderilles de Sergio Aguilar, reconverti cette saison torero de plata, auquel est promis une belle nouvelle carrière. Ángel Otero saluait aux banderilles au premier. Le toro sorti 3ème était applaudi à l’arrastre et le mouchoir bleu primait le 6ème de la vuelta al ruedo (contestable)

David Mora : un avis et silence ; tour de piste. Daniel Luque : silence aux deux. Álvaro Lorenzo : un oreille et deux oreilles, sortie a hombros.

Georges Marcillac

Photos: Javier Arroyo – aplausos.com

 

Ce contenu a été publié dans Général, Georges Marcillac Escritos, Madrid. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.