Nouvelles de Madrid (VIII)

Table ronde des présidents de Plazas de Toros de 1ère Catégorie

Dans le cadre du VIIIème Congrès de l’Association Nationale des Présidents de Plazas de Toros d’Espagne (ANPTE) avait lieu, salle Antonio Bienvenida de Las Ventas, ce samedi 28 octobre, une table ronde qui réunissait quatre présidents des arènes de 1ère catégorie, tels D. Jesús María Gómez de Las Ventas, D. José Luque de la Maestranza de Séville, D. Matías González de Vista Alegre de Bilbao et D. Antonio Miguel Palomo de La Misericordia de Saragosse. David Casas de Movistar Toros dirigeait le débat avec pour thème « le rôle de la présidence vue sous différents angles »

Il faut tout de suite dire que les présidents, descendus à l’occasion de leur palco, montraient, d’une façon amène, sincèrité et un visage plus «humain» et ils confessaient combien leur tâche est complexe. Ils exprimaient avant tout leur sensibilité d’aficionado avec toutefois l’obligation de défendre les intérêts du public et des toreros sans perdre de vue l’intégrité du toro et de son combat. Le débat était lancé sur la question, pour le président, de savoir comment gérer la rigueur du déroulement de la corrida de toros face au triomphalisme omniprésent du public moderne.

Mouchoir vert de Matias Gonzalez, (2013)

Matías González faisait remarquer que chaque plaza de toros a sa personnalité et le président doit obligatoirement connaître les différences du public, par exemple à Bilbao, d’un jour à l’autre de la semaine de feria de Bilbao, des toreros et des toros à l’affiche aussi pour apprécier les réactions des uns et des autres et prendre les décisions en conséquence sans se départir de la rigueur qu’exige sa position. Jesús María Gómez regrettait la disparité des règlements taurins d’une province à l’autre et des critères de jugement qui en découlaient aussi bien du public que celui du président. Bien souvent ces critères révèlent l’antagonisme qui existe entre ceux de l’aficionado expérimenté, le président (on le suppose), et ceux du public moins versé aux détails formels et techniques de la lidia du toro. Naturellement était soulevé le problème de l’attribution de la première oreille qui répond à la demande d’une majorité du public, comment apprécier cette majorité. Matías González estime qu’il n’y a jamais de majorité (sic) et Antonio Miguel Palomo se décante pour que cette majorité soit au moins de 75%. Quant à la deuxième oreille, qui est de la compétence du président, elle est concédée en fonction de la propre sensibilité de l'occupant du palco, de l’insistance du public et parfois… pour éviter un désordre public (n’oublions pas que dans bien des cas, pour les places de 1ère catégorie, le président est aussi commissaire de police. NDLR).

Le rôle de président ne se limite pas à occuper le palco des arènes. Il commence par la visite des élevages, se poursuit par les deux reconocimientos, l’apartado et le sorteo, et après la corrida par l’examen post mortem des toros. Les présidents sont d’accord pour reconnaître la difficulté de la sélection des animaux à l’élevage, bien avant des dates qui précédent la corrida et soulignent à ce propos l’importance de l’équipe des vétérinaires assesseurs du président pour le choix final des toros, de leurs hechuras en fonction de la plaza où ils seront combattus. Exemple est donné de la Maestranza de Séville et celui de Las Ventas: leur idiosyncrasie est telle qu’un lot de toros est acceptable pour l’une et pas pour l’autre et vice versa. Pour Bilbao, le choix se situerait entre les deux et pour Saragosse les animaux sont pour la plupart des cinqueños, la Feria del Pilar se déroulant en octobre… Par ailleurs, l’examen post mortem n’est pas toujours possible dans toutes les plazas, celle de Las Ventas n’échappant pas à cette anomalie, dixit Jesús María Gómez. Dans les plazas du nord de l'Espagne, cette opération est le résultat d’un tirage au sort comme l’explique Matías González. La rigueur et le triomphalisme sous-jacent s’opposent aussi au moment du premier choix des toros, sous-entendu des pressions que les présidents doivent gérer, celles du veedor ou du ganadero,

        

De gauche a droite: Mouchoir bleu discuté de Jesús María Gómez (San Isidro 2017) - Mouchoir orange de José Luque (Indulto de "Cobradiezmos" Sevilla 2016)  

Le cas de la suerte de varas était aussi abordé: la discussion s’installe avec le public de la salle avec, pour avis général, que cette suerte est mal exécutée, que les piques sont souvent assassines ou bien escamotées principalement dans les places de 2ème et 3ème catégories sous la pression du public ou l’indigence des toros. A Madrid, la sévérité du public sur ce sujet est telle que le tercio de piques se déroule tant bien que mal. Matías González insiste que les bonnes intentions des picadors de réaliser cette suerte avec mesure et selon les canons «disparaissent dès qu’ils sont montés sur leur cheval» (sic). De moins en moins sont appliquées les sanctions que stipulent les règlements taurins pour les «négligences» des subalternes. Néanmoins il est reconnu qu’une nouvelle génération de picadors s’applique à réaliser leur travail avec conscience et professionnalisme. Jesús María Gómez insiste sur la nécessité de fomenter la pédagogie de la suerte de varas. José Luque révèle qu’un groupe de travail, en Andalousie, étudie par quels moyens doivent être réduits les temps durant la course, celui des faenas et en particulier celui de la mise à mort. Les autres présidents rétorquent que c’est en pratique impossible étant donné les impondérables de la lidia et la notion ou incapacité qu’ont les toreros de "mesurer" leurs faenas.

Le président de l’ANPTE, D. Marcelino Moronta, lui-même ex-président de Las Ventas, mettait fin à la table ronde en remerciant les quatre usías présents et les invitait avec les autres confrères des villes taurines, dans le cadre des travaux du congrès, à apporter les solutions et conclusions relatives à leur fonction et l’évolution de la Fiesta de los Toros.

Georges Marcillac

 

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