L’ART TAUROMACHIQUE PAR SES MAÎTRES

ILLUMBE 2016A quelques heures de l’affrontement El JULI et José TOMAS à San Sebastian et suite à l’accrochage par presse interposée entre Enrique PONCE et José TOMAS, il n’est pas inutile de tenter une mise en perspective des tauromachies de ces Maîtres.

D’abord une précision sur l’accrochage précité.  Il y a quelques jours Aplausos s’est fait l’écho du fait qu’ Enrique PONCE ne pourrait toréer à Valladolid parce que la date qui était initialement prévue pour lui a été préemptée par José TOMAS sans option de rechange. L’empresa voulant à tout prix José TOMAS sur les cartels a laissé partir PONCE qui explique qu’ayant une temporada chargée il n’a pas la possibilité de venir un autre jour alors que José TOMAS lui aurait pu.  Il s’étonne que TOMAS n’exige de préempter pas sa date de Bilbao.

De fait José TOMAS est protagoniste dans l’actualité à la fois pour la corrida d’Illumbe et pour ses démêles avec PONCE.  Mais au bout du compte la seule chose qui compte c’est ce que ces Maestros font dans le ruedo.

L’erreur serait de penser que ce que réalise l’un élimine ce que fait l’autre, que l’un exprimerait un art meilleur que celui de l’autre.  Les comparaisons factuelles nous disent que PONCE et JULI toréent plus que José TOMAS et que des trois Maestros, PONCE est celui qui est le moins capricieux quand aux conditions de cachet et de cartels.

Dans l’Arène ces trois toreros sont des Maîtres qui expriment chacun un Art  personnel et abouti.  El JULI est une machine surpuissante qui a développé une technique efficace. Il l’impose au plus grand nombre de toros y compris aux plus compliqués, du moins à ceux dont il croise le chemin puisque sa sélection de ganaderias est  minutieuse et répétitive, comme ses deux confrères d’ailleurs.  Sa technique est comme celle de PONCE fondée sur une recherche exacerbée de l’efficacité globale en contrôlant et en optimisant le niveau de risque.  JULI et PONCE construisent des faenas complètes, sans insister sur l’offrande et la catharsis de chaque muletazo ce qui est le fondement du toreo de José TOMAS.  Ce dernier torée dans l’instant en pleine offrande.  Les techniques de JULI et PONCE éloignent souvent le toro du corps, au moins jusqu’à l’embroque, alors que TOMAS nous donne la sensation qu’il se l’envoie dessus, ce qui n’est pas le cas  car sa technique, plus simple, est néanmoins assurée et efficace.  PONCE exprime dans son art une élégance unique et inégalée, alors que JULI flirte avec une “rustrerie” combative, pleine de gestes parasites.  Entre les deux TOMAS élimine tout geste  inutile et superflu, en s’exprimant dans la verticalité,  la proximité et  l’offrande. Techniquement les faenas de TOMAS perdent en limpidité ce qu’elles gagnent  en intensité. TOMAS n’aura pas les recours ni du JULI,  ni de PONCE face à des toros complexes. L’élégance de PONCE n’est à la portée ni du Juli ni de TOMAS quoique pour ce dernier l’immobilité tend vers une élégance froide.   Les trajectoires des toros autour des corps des trois Maestros sont très différentes et l’intensité des émotions qui en résulte aussi.  Les trois rentreront dans l’histoire de la tauromachie comme des Maîtres au sommet de leur art.

A San Sebastian il n’y aura ni vainqueur, ni perdant et peu importe que PONCE torée à Valladolid ou pas pour asseoir sa réputation.  Son élégance et sa classe le suivent partout où il va, y compris dans la rue, ce dont ne peuvent se targuer les deux autres Maestros.  Il serait merveilleux de pouvoir assister à une corrida avec ces trois monstres au même cartel,  dans une arène importante, avant qu’ils ne se retirent, rencontre qui ne s’est plus produite depuis le 13/09/2001, paradoxalement à Valladolid.

 

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