Mont-de-Marsan – 2ème de Feria de La Madeleine – Adieux honorables de Juan José Padilla à Plumaçon. Andrés Roca Rey coupe une oreille au 6ème.

Le torero de Jérez Juan José Padilla, dorénavant “El Pirata” pour l’histoire, faisait ses adieux à Plumaçon devant des toros de Jandilla accompagné d’Alejandro Talavante et du jeune Péruvien Andrés Roca Rey. Une fois de plus les espoirs mis dans ce cartel prometteur se sont en partie évanouis à cause du comportement des toros, sans trop de forces, ni de race pour permettre des faenas selon les styles différents des trois diestros. De même, la suerte de varas tellement défendue en France n’était plus qu’une caricature et les toros ne furent piqués que parce qu’il y a des picadors en piste sinon on en viendrait à se dire que l’on pourrait s’en passer. Même les picotazos et la pique aussitôt relevée valaient aux piqueros des applaudissements! Le seul aspect positif au sujet bétail était la présentation, des hechuras convenables et des cornes imposantes comme celles des 3ème et 4ème,  ce dernier un cinqueño cornivuelto. Le 5ème se blessait  – pattes avant et corne – mais acceptait le combat…

Juan José Padilla recevait la médaille de la ville des mains du maire et entamait son avant dernière prestation à la cape, genou fléchi et ensuite debout par des véroniques bien reçues par le jandilla qui allait au cheval, pas encore placé, pour une première rencontre, la seconde légère restant dans le peto sans pousser. Le tercio de banderilles qui suivait allait être sans doute le meilleur du «Pirate», la première paire clouée bien face du berceau des cornes, la seconde gagnant du terrain sur la course vive du toro marquant bien les temps et la troisième al violín. Après le brindis au public,  la faena de muleta débutait près des planches par des passes hautes avec des derrotes qui allaient gêner JJP de telle sorte que le toro pas fixé l’obligeait à rompre la continuité des passes. Exclusivement droitière, la faena passait par des hauts et des bas et le vieux guerrier Padilla tombait dans les excès et astuces qui, se collant au train arrière du toro,  effectuait ainsi plusieurs rotations et s’en sortait par un martinete. Longs applaudissements. L’effet rapide d’une épée légèrement desprendida valait au «Pirate» une oreille généreuse. JJP ne pouvait rééditer un succès facile au 4ème car celui-ci se dégonflait rapidement après les piques?, ne chargeait pratiquement plus pour les banderilles, restait court dans la muleta pour finalement s’arrêter.  Les desplantes devant un toro presque moribond étaient déplacés. L’estocade arrière et les deux descabellos, l’avis qui sonnait, n’empêchaient pas le public de fêter une vuelta que s’offrait le Pirate arborant le drapeau de la flibuste. Le thème de « Pirates des Caraïbes » avait été aussi interprété par l’Orchestre Montois en l’honneur de Juan José Padilla.

                        

Andrés Roca Rey recevait le 3ème par un jeu de cape qui, tantôt par véroniques basses tantôt par delantales, visaient à le fixer. On décelait chez l’animal une course qui annonçait une faiblesse confirmée tout au long de la lidia… Le toro n’était pas piqué malgré le sang visible sur sa robe de colorado. Une puya bien tranchante?? Distrait durant le tercio de banderilles, ce toro fléchissait en maintes occasions durant la faena de muleta abrégée par le matador qui avec fermeté tentait de faire passer correctement l’invalide. Estocade entière, arrière et tombée… Le Péruvien devait se racheter avec le 6ème, un toro de poids, qui était accueilli par une larga cambiada à genoux, qui se serrait près des planches et mettait en difficulté sinon en danger le torero coincé contre la barrière. Des chicuelinas en nombre superflu précédaient une mise en suerte pour la pique par rogerinas. Justement ce tercio de piques était un simulacre et le toro sortait «cru» selon la volonté de son matador. Le tercio de banderilles était expédié avec métier et sobriété par la cuadrilla. La faena de muleta montrait combien le talent du jeune Andrés est grand car il sut allier le toreo fondamental, de profil il est vrai, et les adornos. Ses naturelles étaient longues pour en prolonger le tracé avec «temple» mais avec la scorie d’une contorsion pas très esthétique. Andrés Roca Rey dominait la situation, la dernière série de natuelle était paraphée d’un kikiriki et passes de poitrines. Les bernadinas, pour conclure, apportaient une note de vaillance mais aussi de sang froid, changeant « le voyage » au dernier moment pour passer le toro à gauche et à droite. Un pinchazo et une demi-estocade horizontale limitaient l’octroi du trophée à une oreille…

Alejandro Talavante héritait de deux toros qui, soit par manque de caste (le 2ème) soit par faiblesse (le 5ème), soit les deux… réduisaient à néant les efforts du matador pour se mettre à l’unisson des deux «lions» que sont Padilla et Roca Rey. La faena à son premier débutait par des statuaires, passes dans le dos et passe du mépris – del desprecio. Avec facilité, il menait des séries de la droite – un derechazo d’une extrême douceur – et de la gauche mais sur ce côté le toro doutait pour terminer en «protestant» en fins de passes, muleta accrochée. Un pinchazo et une estocade arrière concluaient une faena méritoire mais peu brillante. On devinait les forces limitées du 5ème sans doute après ses efforts sous la pique. Malgré cela, Alejandro Talavante dédiait ce toro au public et entamait la faena par des passes qui accompagnaient la charge avec douceur, un traitement homéopathique qui était poursuivi par des naturelles qui tendaient à maintenir sur pattes l’animal débile. Plus rien n’était ainsi possible. L’estocade était concluante et le toro sifflé à l’arrastre.

Juan José Padilla : une oreille ; un avis et vuelta avec ovations prolongées… Alejandro Talavante : appaudissements ; silence. Andrés Roca Rey : silence ; une oreille.

Georges Marcillac

Photos de aplausos.es  André Viard pour mundotoro.com

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