Mont-de-Marsan – 3ème de La Madeleine -– Emilio de Justo confirme et signe: trois oreilles. Bonne note pour les toros de La Quinta.

Après le succès de La Madeleine 2017 les toros de La Quinta – origine Buendía – Santa Coloma – étaient de nouveau à l’affiche et leur prestation ne faisait que confirmer les qualités de ces toros, pas des monstres chargés de kilos, ni armés outre mesure mais de la caste, bravoure, résistance aussi avec un comportement très honorable aux piques. « Juan Bautista » qui avait signé la faena historique du 21 juillet 2017 et qui en était à son deuxième paseo cette année à Plumaçon, était chef de cartel  accompagné du torero de Cáceres (Extremadura) Emilio de Justo et du local Thomas Dufau. La présence d’Emilio de Justo était justifiée car il est bon de le rappeler, après une traversée du désert de presque dix ans l’oasis français lui donnait sa chance pour ne plus la perdre car enfin il peut avoir des contrats aussi bien en France qu’en Espagne où il vient de triompher à Burgos et Pampelune.

Le premier de La Quinta était conduit par «Juan Bautista» au centre de la piste, à la cape, pour lui distiller quelques chicuelinas avec comme remate une serpentina qui donnaient le ton du comportement de ce toro qui répétait les charges, «mettait» la tête, allait tête basse sans trop de vivacité. Bien mis en suerte, le toro bataillait sous la pique soutenue et précise d’Alberto Sandoval en deux rencontres fêtées par le public ravi. La faena se déroulait au centre du ruedo et les passes liées à droite étaient «protestées» en fin de trajectoire. « Juan Bautista » devait «perdre» quelques pas pour se replacer et enchaîner les passes de la droite. Le toro réduisait sa charge et se retournait rapidement mais ne mettait pas en difficulté le torero d’Arles qui résolvait ce problème présentant la muleta sans perdre de terrain. Aurait-il fallu une troisième pique pour tempérer cette charge ?  Sur le côté gauche, le coup de tête de fin de passe n’était pas aussi brusque. Au terme de la faena, «Juan Bautista» devait se bagarrer, dominant la lidia, avec ce toro qui vendait cher son sort avant la mise à mort. La demi-estocade arrière et de descabello porté au centre de la piste n’incitaient pas le public, ingrat, à demander l’oreille et Jean-Baptiste, fâché, refusait de saluer. Le 4ème, un toro léger, avait une charge courte dans la cape de JB  et à la pique, sans trop pousser, il sortait suelto, en trois rencontres, le picador bougeant le cheval pour prolonger le contact. Ce toro n’ayant pas la fixité idéale, Juan Bautista lui administrait des passes de tanteo suaves pour l’habituer à la muleta, sans le brusquer. Une série de la droite était parachevée par un changement de main en redondo. La charge courte sur la gauche obligeait le torero à se replacer. À droite, la charge accélérée du toro revigoré ne permettait aucune pause dans le trasteo où l’on remarquait un changement de main et un redondo à gauche de quasi 360º. Faena bougée, certes, mais sans perdre le terrain que le buendía encasté aurait gagné sans le métier et l’expertise de Juan Bautista qui portait une estocade a recibir, entrant au ralenti, arrière, avec pour remate un descabello, le tout exécuté au centre de la piste sans l’aide de la cuadrilla. Cette fois, l’ oreille était accordée.

Emilio de Justo recevait un toro à la robe claire – cárdeno claro – par des véroniques, genou fléchi et ensuite debout, qui montraient dès le début la qualité d’ «humiliation» de cet exemplaire santa-coloma. Le picador de service ne brillait pas et recevait les sifflets du public car, aux deux rencontres, il ratait la cible et rectifiait la puya en arrière du garrot. « Morenito de Arles » par contre se distinguait à la brega. Le toro réagissait avec allant aux cites pour les banderilles et mettait en difficulté les banderilleros.

                

La faena, au centre de la piste, allait être une succession de séries des deux mains à un toro qui mettait à la perfection la tête dans la muleta et dont la course régulière s’accordait parfaitement au «temple» qu’imprimait le torero dans ses derechazos et naturelles. Toreo classique, fluide, cadencé et rythmé aux charges lentes du la-quinta de nom « Peluquero » nº 96 né en 12/2013. Des naturelles de trois-quarts et pieds joints ensuite, Emilio de Justo montrait son savoir-faire face à ce toro dont la charge s’apparentait à celle des toros mexicains cousins éloignés de même sang. L’estocade poussée à fond méritait les deux oreilles évidemment accordées pendant que la dépouille du toro recevait une énorme ovation. Le 5ème, un toro noir, haut sur patte, dont le physique jurait avec celui des précédents, ne montrait pas non plus les qualités de ses congénères ni le comportement face au cheval, sortant criblé d’impacts de piques… mauvais aussi le picador. Il sortait la tête en l’air de la muleta aussi bien à droite qu’à gauche, distrait. Emilio de Justo, armé d’une muleta XXL, parvenait à lier les passes, à distance, sans grande émotion ni transmission. La faena se déroulait pratiquement face à la porte du toril… L’estocade placée un peu horizontale était malgré tout efficace et l’oreille demandée, concédée.

Thomas Dufau touchait un toro léger, le 3ème, qui laissait traîner sa corne gauche dans la cape mais qui par la suite paraissait avoir perdu ce port de tête gênant. Placé au centre de l’arène il doutait avant de charger pour deux assauts, courtes les deux piques et une troisième pour tester l’animal, celle-ci juste signalée. Ce toro distrait chargeait néanmoins avec vigueur. Cette façon était la constante durant la faena de muleta avec des cites lointains et réponse vive du toro. Thomas Dufau ne pouvait lier les passes sans rectifier sa position tant la répétition de la charge «pesait» avec l’inconvénient d’avoir les cornes au niveau des chevilles… Ce toro se réservait sur le côté droit. Un avis sonnait après deux pinchazos et une épée arrière verticale. Le dernier, toro haut sur pattes, ne baissait pas la tête dans la cape mais cela changeait après le tercio de piques (pas très brillant) et celui de banderilles (compliqué pour Manolo de los Rios) car, à la muleta, il mettait bien la tête et surtout il répétait ses charges et demandait un traitement différent de celui apporté par le montois. Celui-ci voyait son terrain envahi par ce toro insatiable, virant rapidement en fin de passes. La tâche était au-dessus des forces et recours du torero qui devait en finir. Il plaçait avec bonheur une épée arrière efficace. Le toro mourrait la bouche fermée comme d’ailleurs tous ses congénères l’avaient fait…

«Juan Bautista» : applaudissements ; une oreille. Emilio de Justo : Deux oreilles ; une oreille, Sortie a hombros. Thomas Dufau : un avis et silence ; ovation à la sortie.

Georges Marcillac

Photos de aplausos.es et André Viard pour mundotoro.com

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