Ignacio Sánchez Mejías: matador de toros et plus que cela! (I)

L’alternative.

L’éphéméride taurine du jour est sans nul doute celle du centenaire de l’alternative d’Ignacio Sánchez Mejías. En effet, le 16 mars 1919 à Barcelone, José Gómez « Joselito El Gallo », en présence de Juan Belmonte, conférait le titre de matador de toros à Ignacio Sánchez Mejías en lui cédant les trastos pour la lidia d’un toro brave nommé “Buñolero”  des Héritiers de  Vicente Mártinez – de l’encaste Jijón de Colmenar Viejo.» Le rêve se réalisait : faire le paseo au côté de ces deux géants de la Edad de Oro del Toreo. Ce jour-là, Barcelone était paralysée par une grève générale qui durait depuis le 5 février, sans journaux, sans tramways et, malgré cela, la Monumental affichait complet. Le cartel le méritait car «Joselito» était au sommet de son art, son concurrent et néanmoins ami, Juan Belmonte révolutionnait le toreo et Ignacio Sánchez Mejías terminait une campagne de novillero, courte mais prometteuse après deux années passées aux côtés de « Joselito », en tant que banderillero de sa cuadrilla. Il faut aussi ajouter qu’un lien de parenté les lie, Ignacio a épousé, en 1915, Dolores «Lola»  Gómez la sœur cadette de Rafael «El Gallo» et de José surnommé à ses débuts « Gallito ».

José Ignacio coupe une oreille de «Buñolero». Après l’avoir accueilli à la cape à genoux pour ensuite dessiner des véroniques serrées, il plante trois paires de banderilles magistrales et c’est la cérémonie : « Joselito» est tout de noir vêtu car deux mois auparavant la señora Gabriela, la mère et épouse de toreros, la belle-mère de Ignacio, avait quitté ce monde. L’accolade et l’embrassade revêtent à cette occasion un autre sens. La faena de muleta est supérieure par naturelles et passes de poitrine, sous les continuelles ovations du public catalan, avant de cadrer l’animal et porter une estocade fulminante. La plaza est en effervescence. Une oreille est accordée et la vuelta triomphale. La faena au sixième est précédée d’un tercio de banderilles assuré par Ignacio et « Joselito », son idole, aussi grand rehiletero. Avec la muleta, les passes naturelles évidemment sont suivies de passes par le haut, d’adornos à genoux et, à la mort, un pinchazo suivi d’une estocade, courte et verticale qui nécessite le descabello. Les deux compères sont portés en triomphe. Le lendemain, la critique de Barcelone et celle de Madrid ne tarissent pas d’éloges sur le nouveau matador de presque 28 ans. En effet, il n’est plus le jeune garçon, âge auquel les novilleros prennent actuellement l’alternative. «Don Severo» dans sa chronique de la célèbre revue taurine La Lidia se réjouissait de l’alternative de Sánchez Mejías « le seul torero de l’actualité qui est arrivé à l’alternative comme on arrivait avant à l’investiture suprême du toreo.  Comme Fernando Gómez « El Gallo », Rafael Guerra « Guerrita », Antonio Fuentes…”

En effet, il avait débuté à Madrid le 7 septembre 1913 devant des novillos de Fernando Villalón, (le ganadero poète qui voulait élever des toros aux yeux verts…) et il impressionne principalement aux banderilles et surtout c’est son courage que l’on remarque. Sa carrière de novillero ne faisait que commencer mais depuis deux saisons il avait fait ses armes de banderillero dans la cuadrilla de Fermín Muñoz « Corchaíto » et à l’occasion de celles de « Cocherito de Bilbao » (1876-1928) et Rafael González «Machaquito» (1880-1955) après un aller et retour à Mexico toujours avec «Corchaíto». En 1914 il poursuit sa carrière de novillero et torée douze novilladas et c’est le 21 juin, à Séville, en portant l’estocade à un novillo de Carvajal,  qu’il subit une grave blessure, qui le laisse entre la vie et la mort, de laquelle il se remet rapidement pour reprendre l’épée un mois plus tard à Cordoue où il reviendra le 27 septembre pour sa dernière prestation de l’année. Entre-temps, le 9 août, le toro « Distinguido » de Félix Gómez blessait mortellement «Corchaíto» (1883-1914), torero modeste et digne, premier protecteur d’Ignacio. Fatigué et affaibli par la blessure de Séville, sa relation avec Lola formalisée, il décide de redevenir banderillero. Pendant la temporada de 1915, il est dans la cuadrilla de Rafael «El Gallo» et c’est au cours de 1916 qu’il entre définitivement dans celle de «Joselito» jusqu’à la mi-saison de 1918. Á la surprise générale, le 18 août, il fait le paseillo en tant que novillero – de nouveau – à la Maestranza de Séville et le succès de cette novillada l’amène à signer neuf contrats dont quatre suivis à Séville et à Écija, le 22 septembre, où un novillo de Darnaude interrompt pour quelques jours sa campagne avant ses deux dernières novilladas à Cordoue (13/10) et Puente Genil (01/11). La décision était prise. La prochaine étape sera l’alternative.

Pendant ces trois saisons de banderillero Ignacio Sánchez Mejías, principalement aux ordres de son idole et beau-frère «Joselito» avait acquis une réputation qui le consacrait le meilleur, le plus grand des subalternes de l’époque, dominant par sa vaillance et assurance la tercio de banderillas et il excelle aussi dans la brega. L’exemple de la lidia conduite par «Joselito» qui était aussi un grand rehiletero, fut pour Ignacio une source d’enseignement qu’il mettait à profit dans sa fonction de subalterne. Hormis son talent et courage téméraire reconnus de tous, il lui fallait aussi surmonter les campagnes de dénigrement à son encontre du fait qu’il aurait pu bénéficier du soutien et favoritisme de la part de son beau-frère. C’est dans le ruedo et face aux toros qu’il entendait faire taire ces médisances. Son caractère arrogant et supérieur ne l’aidait pas non plus pour attirer la sympathie du public. La personnalité d’Ignacio Sánchez Mejías ne laissait personne indifférent et il n’était alors qu’un membre de la cuadrilla, de celle de « Joselito El Gallo » ! Mais peu à peu, ces mouvements «anti-Ignacio» allaient en diminuant (ils reprendraient plus tard) car le public se rendait compte de la valeur, surtout du valor – de la vaillance –  souvent même de la témérité et vérité sans concession du toreo d’Ignacio Sánchez Mejías. Á l’époque où « Joselito », au sommet de sa carrière, faisait l’unanimité, en même temps son subalterne et beau-frère retenait l’attention de la critique taurine si bien que Gregorio Corrochano (correspondant de guerre, ensuite chroniqueur taurin et écrivain 1882-1961) plaçait Ignacio Sánchez Mejías tout au sommet de l’escalafón des toreros de plata. Après la Feria de Abril 1918, avant même que soit annoncé son passage au rang de novillero, le critique se laissait à penser quel matador de toros pourrait être Ignacio Sánchez Mejías en affichant de telles conditions et qualités. Le futur lui donnera raison puisque, après la disparition de “Joselito”,  Ignacio Sánchez Mejías, matador de toros, allait dominer la Edad de Plata del Toreo à partir de 1920.

Georges Marcillac

 

 

 

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