Madrid -10 Octobre 2021- Daniel Luque coupe l’oreille du courage et de l’engagement.

Quelques heures avant le paseillo de las Ventas a eu lieu un évènement sportif planétaire, le championnat du monde  de boxe des poids lourds entre Tyson Fury et Deontay Wilder. De l'avis de tous les spécialistes, le combat fut un des meilleurs de l'histoire de la boxe compte tenu de l'engagement des combattants.  C'est exactement ce qu'il manque actuellement à la tauromachie où les intervenants calculent tout, pour éviter d'avoir à faire un pari pour triompher.  Le seul à avoir compris ce mécanisme est José Tomas. Les figuras du jour ont choisi un autre chemin qui préfère assurer la marge de sécurité par l'application d'une technique conservatrice.  Cette marge de sécurité vient, entre autre, du choix du ganado.  Ce jour, ce dernier fut le fruit d'un "baile" de corrales avec un lot de Salvador Domecq complété par deux de La Ventana del Puerto.  L' ensemble résultant inégal de présentation et certains exemplaires étant indignes de Las Ventas. Seul Daniel Luque a démontré sa capacité de sortir de la zone de confort.

Le premier de Santiago Domecq lourd, au joli trapío pour Madrid, montre des signes précoces de faiblesse.  Le travail de cape de Julián López "El Juli" se limite à le déplacer sans le brusquer.  Piqué en arrière, l’animal subit plus qu’il ne combat, en deux rencontres avec la cavalerie.  Le tanteo de "El Juli" conduit la charge en évitant les recortes sur jambe fléchie.  La charge est courte avec des gestes parasites de la tête. "El Juli" essaye d’allonger le bras sur les deux cornes sans pouvoir éviter les accrochages de muleta.  Il abrège. Deux pinchazos et 3/4 de lame très en arrière qui précèdent deux descabellos. Silence.

"El Juli" passe avec plus de décision que de réussite son second adversaire de La Ventana del Puerto dont la charge apparaît de qualité.  L’animal pousse longuement et avec vivacité lors de la première pique.  La seconde se réduit, à peine, à un passage face à la monture d’où les protestations lors du changement de tiers. Brindis TV.  "El Juli" amène le toro au centre où il exécute des derechazos irréguliers, certains étant accrochés.  Sur la corne gauche, la tentative est entrecoupée par les derrotes du toro.  C’est enfin à droite que "El Juli" impose sa technique face à une charge compliquée.  Il revient à gauche pour tenter la même chose avec un peu moins de réussite.  La fin de faena à droite est décousue.  Le pinchazo en "julipie" accentue une division d'opinion déjà existante sur les tendidos.  L’épée basse confirme les protestations.  Quelques applaudissements.

Le second de La Ventana del Puerto charge en passant à l’extérieur de la cape de Miguel Ángel Perera ce qui lui permet de dessiner quelques véroniques lentes et rythmées.  Le toro proteste sous une mauvaise première pique.  Il sort rapidement de la seconde.  Grande prestation de Curro Javier qui salue avec son collègue Vicente Herrera.  La brega de Javier Ambel mérite aussi les éloges.  Brindis au public.  Au centre, Perera cite pour un double péndulo dont l’intensité est limitée compte tenu du manque de force du toro.  De loin le Matador "cite" à droite. La charge somptueuse manque de vivacité. Ce sera le ton de la suite sur les deux cornes avec une charge allant inexorablement a menos.  Le public est divisé quant à l’avis qu’il convient de donner au trasteo.  Ce qui se voit sont quelques muletazos de qualité mais d'aucune intensité.  Quasi estocade entière caída et perpendiculaire.  Applaudissements, salut et division.

Le cinquième de Santiago Domecq, très terciado, est protesté à juste titre.  MAP ne s’accouple pas avec la charge.  Mal exécuté, le tiers de piques met en évidence les limites physiques du bichoQuite de Daniel Luque par véroniques et larga. Curro Javier à la brega, Javier Ambel et Herrera sont applaudis au second tiers.  Début de trasteo par estatuarios, changement de main dans le dos et pase del desprecio.  La première série de derechazos crée des trajectoires en ligne ou por fuera.  Les séries sont entrecoupées ou courtes.  À gauche, le matador passe le toro près des jambes pour le ramener derrière la hanche.  Le "petit" animal ne transmet rien, encore moins lorsqu’il fléchit.  La faena s’éteint dans l’indifférence de la majorité du public.  Estocade presque entière, trasera, d’effet rapide. Division et salut.

Le premier de Daniel Luque de Santiago Domecq  charge avec vivacité dans les véroniques "templées" du matador.  Le bicho s’emploie lors d’un tercio de varas, mal conduit et mal exécuté. Le toro développe sentido.  Luque est ferme dans le tanteo.  Alors que le toro doute, Luque est ferme dans les toques et le positionnement.  Le toro le met à l’épreuve.  Sur la corne gauche l’intensité est palpable et le matador afronte l’épreuve.  La dernière série droitière est une série de torero macho, courageux, qui s’impose face à l’adversité.  Un estoconazo très légèrement contraire porté avec une décision inébranlable malgré le danger.  Une oreille est tardivement accordée car demandée plus avec la voix qu’avec les mouchoirs.

Le dernier de la corrida est reçu par Daniel Luque avec aisance en véroniques et demi-véronique.  La mise en suerte au cheval  est applaudie pour le remate en changement de main et recorte . Le quite qui suit de nouveau par véroniques et la demi-véronique est fort réussi et applaudi.  Le toro accuse l’effort des deux piques.  Au second tiers le comportement de l’animal se montre distrait, avec une tendance à appuyer vers les tablas.  La cuadrilla salue de nouveau au second tiers.  Brindis au public.  Le tanteo  limité, annonce les passes  droitière à mi-hauteur parce que le bicho est en limite de rupture.  À gauche, les hachazos ne font pas fuir Luque qui insiste, passe par passe. La suite droitière est compliquée car la charge est irrégulière et courte.  Les muletazos sont arrachés, un par un. Le public reconnaît l’effort par une forte ovation.   La faena se termine par tentative de mondeñinas décousues. Entière  un peu arrière en couvrant la tête avec la muleta.   Avis. Descabello. Applaudissements et salut.

René Philippe Arneodau                      

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