Madrid 2 mai 2019 – Corrida goyesque. Francisco José Espada coupe une oreille…

La traditionnelle corrida goyesca du 2 mai affichait cette année un cartel de toreros de Madrid par leur naissance mais pas selon l’acception habituelle propre aux matadors adoptés par le public aficionado madrilène,  pour leur style et exploits passés. Les trois matadors Cristian Escribano, Francisco José Espada et Ángel Sánchez et  les toros de l’élevage de José Luis Pereda (d’origine Carlos Nuñez) n’avaient attiré que 8.400 personnes soit un tiers d’arène en ce jour de la fête de la Communauté de Madrid. Ces toros étaient à la mesure de ceux de Las Ventas, en dimensions et poids, par le sérieux d’un lot de cinqueños. Ils se caractérisaient par une absence d’intérêt dans les capes dès leur sortie du toril et de continuité dans leurs comportements à la muleta. Ils ne recevaient pas de châtiments exemplaires aux piques bien que les 3ème et 6ème poussaient fort les chevaux jusqu’aux barrières, plusieurs sortaient sueltos de leur rencontre avec la cavalerie, le 4ème allait même prendre sa ration avec le picador de réserve et le 1er, dans une charge vive passait sous le cheval et provoquait une chute monumentale… et il n’était pas piqué.

La première faena de Cristian Escribano était une succession de passes sans la collaboration du toro qui passait dans la muleta et en ressortait arrêté, la tête en l’air, sans vraiment se livrer. L’estocade tombait basse. Le 4ème sortait au pas du toril, ne permettait rien à la cape et ne s’employait pas à la première rencontre et prenait une deuxième, plus appuyée, du picador au diamètre opposé de la piste. Ce toro se déplaçait enfin d’un bon tranco dont profitait Cristian Escribano pour le «citer» de loin et de profiter de l’inertie pour des derechazos longs, repris aussitôt pour lier les passes sans trop de succès dû à l’irrégularité les charges. Sur la gauche, «cité» à moindre distance, ce toro se retournait court et le torero devait corriger sa position. Les deux dernières séries étaient mieux réunies, courts les derechazos. Les manoletinas précédaient une grande estocade, portée avec décision, mais perdant la muleta. Le toro tardait à tomber. La vuelta était forcée et discutée à la fois.

Francisco José Espada recevait un toro dont la présence spectaculaire – cornes bien plantées, imposantes – provoquait un frémissement du public… et la débandade des préposés aux banderilles. Quant au jeune matador, il ne paraissait pas impressionné car il entreprenait, dès le début la faena, impavide, deux statuaires, une passe dans le dos, une autre par le bas et une bonne passe de poitrine. Cette introduction était suivie de séries qui montraient la fermeté et vaillance du jeune Francisco José face aux charges erratiques du toro avant son arrêt presque complet. Des manoletinas, pour la galerie, mais il fallait les faire… avant une estocade desprendida, tendida. L’oreille est demandée et concédée, sans aucun critère ou sens comun, par un président ignare. Au joli 5ème, Francisco José Espada n’aura d’autre ressource que de confirmer sa résolution face à un toro peu coopératif, inconstant dans la muleta, avec des arrêts à mi-passe. Les pieds rivés au sol, il le fera passer alternativement devant son corps mais le toro n’en veut plus. Un avis sonnait avant une estocade basse.

Ángel Sánchez n’était pas le mieux servi au sorteo. Son premier, ankylosé du train arrière, ne poussait au cheval que de l’avant et aurait pu montrer une meilleure charge sans ce problème, Quant au 6ème, quasiment arrêté et topón, rien n’était possible à la muleta. Toutefois avec ce matériel, Ángel Sánchez était celui qui pratiquait  le meilleur toreo de cape et de muleta où on relevait par intermittence le temple de quelques passes de la droite et naturelles. Désastre total à l’épée au dernier.

Les meilleurs moments de l’après-midi correspondent à la prestation d’une superbe cuadrilla, celle d’Ángel Sánchez composée de Raúl Ruiz et Iván García – à la brega et aux banderilles – et de Fernando Sánchez dans son style particulier. Raúl Cervantes, de celle de Cristian Escribano, saluait après deux paires de banderilles au 1er, énormes par le risque pris sur la corne gauche.

Cristian Escribano: silence ; un avis et vuelta. Francisco José Espada: une oreille; un avis et saluts. Ángel Sánchez: saluts ; silence.

Georges Marcillac

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