Madrid 26 mai 2016 – 20ème de San Isidro – Beaucoup trop de poids dans la balance.

Parladé2325La corrida de Parladé, deuxième fer de la maison Juan Pedro Domecq, affichait une moyenne de poids de 608 kg avec deux toros de 570 kg qui faisaient baisser cette moyenne. Il n’est pas habituel de trouver des animaux de cet élevage avec de tels poids et volumes, trois d’entr’eux avaient les 5 ans bien sonnés, les trois derniers exactement. Ce furent sans doute les éléments qui influèrent sur le déroulement de cette corrida. La difficulté pour les toreros fut d’interpréter leur toreo, de faire passer des toros complètement dans la muleta et devant leur corps, surtout lorsque ceux-ci n’ont pas une charge longue exempte de l’inertie qui fait prolonger la trajectoire et, évidemment, la passe à chaque passage.

Juan José Padilla, pour sa seule prestation à Las Ventas de cette San Isidro, avec la vergüenza torera qui le caractérise, allait d’entrée à la porte de chiqueros accueillir à porta gayola son premier toro. Celui-ci sortait au pas, la larga précédait des véroniques bougées, le toro jetant ses pattes avant dans la cape et «humiliant» sur la fin. foto2Le jerezano échappait par miracle à une cogida au moment de clouer la première paire de banderilles, pris dans le berceau des cornes, sortant littéralement encunado à la manière du pegador le premier forcado, torero de la tauromachie portugaise. Au sol, il recevait un coup de sabot qui ensanglantait le cuir chevelu. Un peu étourdi, il clouait néanmoins deux autres paires avec vérité, une al sesgo por fuera et la dernière al violín. La faena de muleta était l’œuvre d’un torero plus assagi que d’habitude, prenant son temps pour appliquer des passes des deux mains à un toro de charge courte qui virait rapidement sur lui-même. Une bonne série de naturelles avec pour finition un farol lié à la passe de poitrine. Á la mise à mort une estocade très, très basse…  Au 4ème, le plus homogène de hechuras des parladés, après être passé par l’infirmerie, Juan José Padilla brillant aux banderilles, débutait à genoux au fil des barrières et sur la droite dessinait des passes à mi-hauteur, le toro se déplaçant au ralenti, fade, sans transmission. Sur la corne gauche ce toro s’arrêtait et les passes, unes à unes, ne « disaient » rien. L’estocade entière de rapide effet incitait le public à demander l’oreille, on se demande bien pourquoi. Néanmoins, Juan José Padilla était à créditer d’une prestation très sérieuse à Las Ventas sans les extravagances habituelles.

Iván Fandiño ne pouvait rien et ne faisait rien de notable au 2ème, un toro tardo, qui, aussi se retournait,  arrollando même, l’obligeant à « rompre » à la deuxième ou troisième passe. On passera sous silence l’exécution et résultat de la mise à mort. Le 5ème était sans doute le meilleur toro de l’après midi, qui malgré ses 649 kg. se déplaçait avec vivacité après un tercio de piques honorables, prises après un élan décidé et continu. Deux séries de la droite citées de loin auxquelles le toro répondait  mais s’ «ouvrant» suffisamment pour l’enchaînement des passes, mettant bien la tête. Le torero dans un style propre (le sien) n’était pas à la hauteur du toro. De plus, on ne le saura jamais pourqoi, Iván Fandiño se déplaçait du centre de la piste vers les lignes pour des naturelles que le toro ne prenait pas, ou bien asphyxié ou bien « étouffé » par la distance courte des cites. Ce changement de terrain était crucial, de ce fait la faena perdait d’intensité. L’estocade résultait très légèrement tombée.

José Garrido, après son passage en demi-teinte lors de sa confirmation d’alternative, se démenait avec plus ou moins de bonheur dans ses quites à la cape, variant les suertes, avec l’envie de satisfaire et démontrer ses qualités de torero classique, émergeant de surcroît. Il n’y parvenait pas complètement, faute d’un toro peu collaborateur, sans codicia, le 3ème , qu’il fallait forcer à charger « consentir ». La faena était longue, méritoire pour l’effort mais sans résultat positif pour le torero;foto4 au 6ème «monté haut» qui se déplaçait allègre après un bon tercio de piques , après d’excellents doblones, genou en terre, José Garrido le citait de loin pour les premiers accents de la faena, le toro répondait au galop, un peu rebrincado et permettait un lié des passes pas trop bien terminées, même bousculées, à cause de son volume serrant le corps du torero.  À gauche le toro s’arrêtait. Un changement de terrain pouvait aussi être l’explication de cette baisse de régime. Des manoletinas inutiles (sans l’épée ?) concluaient cette faena autant décevante pour le public que pour le torero lui-même. Le toro s’affaissait après deux pinchazos !

Les cuadrillas ne brillaient pas particulièrement aujourd’hui, seuls les deux derniers picadors avaient exécuté la suerte de varas correctement et furent applaudis.

Juan José Padilla: un avis et saluts ; saluts. Iván Fandiño: un avis et silence ; division d’opinion. José Garrido: un avis et silence aux deux.

Georges Marcillac

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