Madrid – 8 mai 2016 – 3ème de San Isidro – Un oreille pour Juan Bautista.

MontealtoA cause de la pluie qui n’avait cessé toute la matinée sur Madrid, le paseillo était retardé d’une demi-heure après les conciliabules des cuadrillas pour décider, enfin, que l’arène du ruedo était praticable.

Le défi pour l’éleveur de Montealto, Agustín Montés, était de rééditer le magnifique succès de ses toros le 2 mai de l’année dernière. Évidemment rien n’est moins sûr pour prédire le comportement des toros après tant de temps après la sélection et surtout après le visa des autorités pour que ces toros soient acceptés selon les canons et normes de la première place du monde. Ce préambule seulement pour dire que la responsabilité du ganadero est grande lorsque ses produits sont annoncés à Las Ventas. La corrida de Montealto répondait à l’attente par sa présentation irréprochable, hechuras et trapío de Madrid avec des toros de poids respectables de 565 kg de moyenne pour les trois premiers et  623 kg pour les suivants. Malheureusement la corrida allait a menos après un début prometteur.

Venturoso II

Venturoso II

Le premier « Venturoso II », enmorrillado, bien armé – acucharado – ,
bas de agujas, recevait les applaudissements dès la sortie du toril. « Juan Bautista », chef de cartel, allait montrer ses qualités de torero sérieux et technique lors d’une faena extrêmement soignée. Dès les premières véroniques, le toro se déplaçait avec temple, la cape accompagnant parfaitement la course, il allait au cheval pour une belle première pique, la corne gauche dans le peto et « mettant les reins », la deuxième un peu moins appuyée. Commencée par des naturelles, les meilleurs moments de la faena étaient deux séries de la droite, courtes, liées et bien dessinées, le toro s’ouvrant juste pour la passe suivante, entrant avec promptitude, noblesse et classe. Les naturelles de face et quelques adornos préparaient parfaitement le toro pour la mise à mort. Profitant d’une ultime charge Jean-Baptiste portait une estocade a recibir concluante et l’oreille était accordée. Le toro recevait les applaudissements mérités à l’arrastre. La faena au 4ème était, une fois de plus empreinte du métier de notre compatriote: il  poussait le toro à charger alors que la charge était courte et la tête cherchait les chevilles sur le retour. Malgré cela, il tirait des passes de bonne facture et terminait mal en plaçant deux pinchazos allongeant le bras et une estocade verticale. Le picador Paco María se distinguait en deux piques bien portées et soutenues, le cheval soulevé.

foto3

« Morenito de Aranda » allait chercher son premier à la sortie du toril a porta gayola, un toro colorado de belle prestance. Il lui donnait en suivant des véroniques un peu bougées mais au centre du ruedo, une nouvelle série, plus posée et artistique, confirmait le bon maniement de la cape du torero d’Aranda. Le toro se déplaçait sans discontinuer, suelto, mais revenant à la charge dès que la cape ou la muleta lui était présentée. Cette course avait d’ailleurs provoqué quelques difficultés aux banderilleros après deux piques quelconques. La faena de muleta confirmait cette particularité, le toro apportait de l’émotion à chaque charge et « Morenito » en profitait agréablement dans des séries des deux mains. Il n’était pas facile de rester ferme et présenter la muleta au bon moment pour attirer le ce montealto, distrait mais  noble, et le conduire avec temple. La cogida survenait au début d’une naturelle citée court. Par chance, le torero se relevait avec des dégâts vestimentaires et une frayeur car il avait été repris et secoué au sol. En final de faena, les quelques passes par le bas ne suffisaient pas pour fixer le toro qui recevait une estocade légèrement desprendida, sonnait un avis, et il fallait monter l´épée une nouvelle fois. Le torero recevait une ovation alors que le toro était applaudi à l’arrastre avec quelques sifflets, aussi…

Le 5ème, un toro de grand trapío, n’était pas, lui, très mobile. Il poussait fort au cheval et provoquait une chute monumentale à la deuxième pique, le picador au sol à découvert. « Morenito de Aranda » ne semblait pas trouver la distance adéquate pour compenser le peu de codicia et la demi-charge du toro. Des naturelles mais rien de bien brillant et les efforts du torero restaient vains. Une mise à mort en trois temps, pinchazo, 1/4 de lame et une entière, tel était l’aboutissement d’une après-midi qui avait montré la disposition de « Morenito » sans l’accompagnement souhaité de ses opposants.

José Manuel Mas, torero de Madrid, revenait à Las Ventas après une traversée du désert et cela se remarquait tout au long de sa prestation. Son premier, qui avait été piqué par le picador de réserve et reçu la deuxième en sortant suelto, entrait « humilié » dans la muleta d’une charge noble et longue mais il s’arrêtait aussitôt. La brusquerie du 6ème qui s’était animé aux banderilles, le torero qui ne se livrait pas vraiment, les temps morts entre chaque passe – toro tardo à la faena de muleta –  malgré une charge longue dans la muleta. Tout ceci faisait que José Manuel Mas ne parvenait pas à combler son manque de pratique qui se confirmait malheureusement à la mort puisque une infinité de pinchazos le conduisait à recevoir les trois avis et voir son toro accompagné au corral par les cabestros. Triste.

« Juan Bautista » Une oreille ; silence. « Morenito de Aranda » deux avis et ovation ; applaudissements. José Manuel Mas :silence ; trois avis !

Georges Marcillac

Ce contenu a été publié dans Georges Marcillac Escritos, Madrid. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.