Madrid: un duel sans éclat

Mano a mano302

La mode des mano a mano ne pouvait échapper à Las Ventas en ce dimanche de Pâques – de Resurección comme on dit en Espagne – et Taurodelta, empresa de Madrid,  présentait une affiche attractive avec deux toreros qui devaient entamer une nouvelle saison en faisant oublier les déconvenues de la saison passée.  Jesús Martínez « Morenito de Aranda », triomphateur de la corrida du 2 mai 2015, n’avait pas récolté les contrats qu’il aurait dû obtenir en récompense et Iván Fandiño devait se racheter et partir d’un bon pied après l’echec de son encerrona du 29 mars et de sa baisse de cote le reste de l’année. Ils étaient opposés à des toros de deux fers d’un même propriétaire, Martín-Lorca et Escribano-Martín (2ème et 6ème), élevages formés à partir d’une macédoine de produits d’origine Juan Pedro Domecq. Ces toros conditionnaient le déroulement et le résultat de cette corrida en présence d’une demi-arène d’un public frigorifié sur la fin. De bonne présentation, armures sérieuses pour la plupart d’entre eux, ces toros montraient des pointes de mansedumbre et des faiblesses physiques, de caste aussi, de telle sorte que la suerte de piques était quasiment escamotée et leurs charges retenues ou erratiques empêchaient les banderilleros de briller. Tous les toros étaient sifflés à l’arrastre.

« Morenito de Aranda » aurait pu, malgré tout, couper une oreille à son premier, le meilleur toro du lot, s’il n’avait allongé sa faena de deux séries superflues où le toro, avisé, l’avait mis finalement en difficulté.  A la muleta, après les passes de châtiment genou en terre, venaient deux séries de la droite, cite de loin,  profitant de l’inertie de la première charge, de passes liées avec le remate de la passe de poitrine ou par le bas, le tout avec empaque et joli style. Les naturelles étaient allongées. Un pinchazo, sonnait un avis, et un volapié correct concluaient cette faena  et « Morenito » recevait une ovation. Sa deuxième faena, dédiée au public, était faite en deux temps car le toro entrait dans la muleta violemment et avec genio, tête basse pour ensuite s’arrêter, n’accepter les passes qu’une à une et raccourcir sa charge. De fait la faena perdait d’intensité et d’intérêt. Dans le premier temps, le torero d’Aranda de Duero avait conduit, muleta basse,    avec détermination la fouge du toro, qui finalement lâchait prise et rendait compliquée la fin de faena. A la mort, un pinchazo et une estocade basse. Il n’y eut rien à faire au 5ème, un animal de charge descompuesta par manque de force, sans caste. Rien.

Ivan Fandiño, très concentré, c’est en tout cas l’impression qu’il donnait, se lançait dans un quite par saltilleras au premier toro de « Morenito », un coup de vent lui ramenait la cape sur le corps et le toro le prenait violemment pour le secouer au sol et ensuite le soulever. Sa présence à cette corrida aurait pu s’arrêter là, heureusement, il se relevait un peu sonné mais sans coup de corne. À ses deux premiers toros, Iván Fandiño ne put montrer que sa volonté de toréer, se croisant devant le 2ème, tardo, qui se « défendait » dans la muleta ou s’arrêtait à moitié passe, sans force ou sans jus. Le 4ème, aurait dû être renvoyé aux corrales car il tenait tout juste debout. Fandiño l’avait entrepris pour un cambio por la espalda, sans effet tant sa charge n’avait même pas permis l’enchaînement habituel des passes au centre de la piste. Le 6ème n’était guère mieux et le président sortait le mouchoir vert avant que le scandale arrive. Le sobrero de José Luis Pereda de 509 kg.  recevait d’entrée les protestations du public pour des hechuras impropres au « standing » de Madrid. Malgré cela, Iván Fandiño allait au centre du ruedo pour le brindis au public divisé. Il débutait la faena, les pieds rivés au sol dans des passes alternées par le haut pour ensuite dessiner des séries de la droite, liées, serrées à un toro qui répétait ses charges. Les naturelles n’étaient pas aussi liées, la charge maintenant irrégulière – descompuesta. La reprise à droite obligeait le torero à perdre des pas pour se décider à prendre l’épée et lier avant une bonne série de bernadinas. C’est alors qu’à la mise à mort, Ivan Fandiño, se jettait sur le toro, sans même basculer sur la corne selon les canons de la suerte de matar, et se laissait prendre pour réaliser un soleil au-dessus des cornes du toro qui recevait en même temps un coup d’épée long à faire effet. Ce geste téméraire et inutile impressionnait une partie du public qui demandait une oreille qui ne fut pas justement accordée.

« Morenito de Aranda » : un avis et salut après pétition d’oreille ; silence aux deux suivants. Iván Fandiño : silence; silence ; ovation après pétition d’oreille.

Georges Marcillac

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