Séville – 3 Octobre 2021 – Face aux toros de Miura: deux oreilles pour Manuel Escribano et l’essence de Morante.

La corrida de Miura a de toute évidence été triée sur le volet.  Seul le premier était dans le style maison, les suivants terciados, lavados de cara par rapport à ce que l’on attend des miuras dans des arènes de première catégorie.  Si Manuel Escribano a obtenu les deux trophées de son premier adversaire, il est juste de remarquer que les deux prestations de Morante de la Puebla ont atteint, par moments, un haut niveau  avec une entrega totale.  Pour les vieux aficionados voir combattre son premier Miura en toreo puro a été une expérience plus que satisfaisante.

Le premier Miura, le plus lourd du lot, « Salinero », est distrait et abanto.  De toutes les tentatives de Morante de la Puebla à la cape ne ressortent qu’un capotazo artistique sur le voyage et trois de tanteo sur jambe pliée.  Il mène le Miura au cheval par chicuelinas marchées accompagnées de ¡olés!. Après une pique prise tête haute, Morante exécute une demi-véronique superbe qui met en suerte le toro pour la seconde pique prise sans beaucoup d’énergie.  Le quite suivant du maestro, par véroniques et la demie, est dessiné sans hésitation avec « temple » et art.  La Maestranza est debout.  Sans brindis, Morante entre en matière par ayudados par le haut et par le bas très relâchés.  Il poursuit à gauche avec aplomb, tranquilité, en toreo pur.  L’animal se décompose dans les dernières naturelles ce qui se confirme ensuite à droite.  Morante en tire cependant des trincheras artistiques.  Voulant toréer de nouveau à gauche sans bouger, il est désarmé.  Macheteo final très toreroPinchazo profond en prenant la tangente.  Plusieurs descabellos.  Applaudissements et salut.

Le second de Morante est terciado pour un Miura.  Le public proteste la présentation et la faiblesse.  Mouchoir vert.  Le sobrero  de Virgen Maria doute et ne permet pas à Morante de s’exprimer à la cape.  Le tercio de varas confirme que le toro évite, quand il le peut, l’épreuve du fer.  Morante reçoit les premières charges avec détermination, art et empaque. La première série gauchère est accrochée et interrompue.  C’est à droite que Morante retrouve le « temple », liant derechazos et passe de poitrine en deux séries dont la première est supérieure, accompagnée de la musique.  Près des barrières, une série, un chapeau de spectateur ramassé et tenu à la hanche, repousse avec le corps la charge du toro.  Enfin, il revient à gauche pour une série moins réussie mais terminée avec élegance et décision,  toujours en se passant le toro au fil de la ceinture.  Estocade al encuentro, caída.  Pétition d’oreille alors que Morante fait des gestes pour dire qu’il n’en veut pas.  Ovation et salut.

Manuel Escribano va a puerta gayola pour une larga cambiada à genoux, réussie, suivie de véroniques et la demie.  Le Miura est lavado de cara, anovillado malgré sa charpente imposante.  Il pousse longuement sous la première pique et subit la seconde.  Bref quite de Pepe Moral par delantales et demi-vçeronique.  Le second tiers, à charge du matador est mené avec aisance, al cuarteo par deux fois et une fois par violin et al quiebro. Brindis personnel.  La faena débute au centre par un longue attente avant deux péndulos et passe de poitrine. Les derechazos sont interrompus par un fléchissement du bicho, puis repris avec muleta à mi-hauteur.  La série suivante est complète avec main basse et rythmée.  Musique.  La suite est exécutée en total relâchement y compris dans le pase del desprecio.  Le Miura charge profond et avec noblesse.  À gauche, le matador gêné par le vent n’arrive pas à lier la série.  Il revient donc à droite pour une série avant de prendre l’épée. Alors qu’il tente des naturelles de face, pieds joints, survient une forte voltereta qui influe sur la réaction postérieure du public.  Estoconazo d’effet immédiat.  Deux oreilles fortement réclamées par les tendidos.

Le cinquième est reçu à puerta gayola par Manuel Escribano par larga cambiada de rodillas suivie de véroniques.  Le Miura est terciado. Il pousse sous le premier puyazo.  Placé loin,il charge à nouveau, mais cette fois ne s’emploie pas comme lors de la première pique.  Le tiers de banderilles, à charge du matador, est mené en athlète lors des deux premières poses, la troisième manquée en partant assis de sur le marchepied des barrières par deux fois et la dernière en quiebro Brindis  personnel.  Des ayudados servent à mener le toro au centre dans un style brouillon.  À gauche, la charge tête relevée empêche quelque effet brillant.  Sur la droite, le bicho avertit le matador.  À ce stade, la charge est molle et calculatrice.  Escribano insiste sans résoudre l’équation.  Pinchazo puis un long passage sans pouvoir cadrer le toro.  Enfin trois-quarts de lame al encuentro en partant de loin.  Avis.  Descabello.  Applaudissements et salut.

Le troisième Miura est reçu par larga cambiada à genoux de Pepe Moral et véroniques dans lesquelles le toro charge sur l’extérieur de la cape.  Le Miura est actif lors de la première pique.  Le quite par véroniques et la demie de Pepe Moral est efficace,  le toro charge de loin pour la seconde pique.  Brindis au public.  Le début de faena est réalisé par tanteo sur jambe pliée.  Le toro a une charge courte et n’ »humilie » pas dans les derechazos.  Moral prend ses distances afin de profiter de l’inertie de la charge ce qui fonctionne sur quelques passes droitières. À gauche, le Miura exhibe les mêmes défauts.  En attaquant son adversaire, le matador arrive à lier une série complète avant que le trasteo ne se décompose.  Pinchazo et estocade entière desprendida. Applaudissements et salut.

La feria de San Miguel se termine avec le dernier Miura qui désarme Pepe Moral lors de la réception.  Le toro pousse tête haute lors de la première rencontre, puis sort seul et rapidement de la seconde.  Quite incomplet par chicuelinas de Pepe Moral.  La faena débute par tanteo jusqu’au centre.  Les derechazos en ligne voient le bicho relever la tête à mi-charge en coupant son effort.  Tête toujours relevée, le Miura oblige le matador à abandonner la tentative sur la corne gauche.  Le torero insiste sur les deux cornes dans un trasteo, d’un en un, pour se justifier.  Plusieurs pinchazos  et demi-lame tendida.  Silence.

René Philippe Arnéodau

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