Séville 22 Avril 2018 – Pepe Moral coupe deux fois une oreille face aux Miuras en mutation.

Photo: Álvaro Pastor Torres

En ce dernier jour de Feria une minute de silence a été respectée pour le torero Sévillan José Rodríguez “El Pío”

La Maestranza est presque pleine pour le mano a mano entre Manuel Escribano et Pepe Moral faces aux Miuras.  Ces derniers ont déçus d’abord par leur morphologie qui malgré les poids annoncés,  donnait l’impression de ne pas venir du même moule que les Miuras d’antan.

Photo: Álvaro Pastor Torres

De surcroit les comportements, en plus d’être peu propices au toreo enchaîné, ils ne transmettaient que peu d’émotion.  Seules quelques frayeurs isolées faisaient réagir les tendidos.  Dans ce spectacle entre deux eaux, au sens propre et figuré,  seul Pepe Moral a su, à base d’entrega, tirer son épingle du jeu.  Manuel Escribano  n’a pas connu son meilleur jour.

Photo: Álvaro Pastor Torres

Le premier Miura passe en ligne, et distrait, dans la cape de Manuel Escribano puis, lorsqu’il se fixe, met en difficulté et désarme le Sévillan (de Gerena).  Le toro pousse sous une pique mesurée.  Il retourne au cheval promptement avant que Pepe Moral ne donne un quite par chicuelinas sèches et revolera.  Le second tiers est à charge du matador pour deux paires al cuarteo, décentrées, et bras tendus, car le torero est pris de vitesse.   La paire de dentro por fuera donne le même résultat.  Brindis au public.  Au centre du ruedo Manuel  Escribano attend la charge vive pour un péndulo après lequel il est débordé et désarmé.  Les charges sont brusques.  Dès la mi-passe le toro cabecea.  Escribano fait front et échappe à plusieurs avertissements sur les deux cornes.  Peu à peu le toro se désintéresse du combat.  Entière habile et défectueuse par nécessité.  Descabellos.  Palmas et salut.  

Photo: Álvaro Pastor Torres

Le second Miura, le plus léger du lot, est reçu par larga cambiada à genoux par Pepe Moral suivi de véroniques en gagnant du terrain et une demie.  Le bicho fait un bref et rapide passage au cheval, dans le désordre, avant une deuxième ration plus conséquente.  Chicuelinas et revolera appliquées d’Escribano. Brindis au public.  Pepe Moral avance vers le centre avec le Miura qui tire droit sans compléter les voyages indiqués par la muleta.  À mi-passe, il lève la tête au dessus du palillo et freine.  À gauche, l’embestida est moins brusque mais toujours incomplète.  Pepe Moral s’en accommode à son avantage avant d’emporter l’adhésion du public malgré une charge peu brillante dans les dernières séries sur les deux cornes.  Entière desprendida.  Oreille.

Le troisième Miura est reçu à genoux à puerta gayola par Manuel Escribano, répétée deux fois le long des planches, suivies de véroniques templées.  Le toro met les reins sous le fer comme peu de toros l’ont fait durant cette feria.  Il retourne sans se faire prier pour s’y employer cette fois a menos.  Quite exclusivement sur la corne droite de Pepe Moral en véroniques et demi-véronique.  Les banderilles du matador sont disparates.  Une bonne paire, la première, une seconde où il est prit de vitesse de dentro por fuera et une troisième, un violín al quiebro le long des tablas, réussie.  Le toro est pronto.  Sa charge est claire sans humilier complètement.  Escribano en profite mieux à droite qu’à gauche où il n’arrive pas à canaliser un certain cabeceo.  À l’occasion d’un changement de terrain, le bicho perd de sa fougue et la faena, son rythme.  Manoletinas et estocade entière en bonne place. Descabellos.  Palmas et salut.

Photo: Álvaro Pastor Torres

Puerta gayola de rodillas de Pepe Moral pour accueillir le quatrième Miura, répétée le long des tablas avant véroniques compas ouvert, puis pieds joints et demie enroulée, le tout enjoué.  Le toro a une charpente imitation Miura et un comportement mou.  Le combat au cheval est marqué par la faiblesse du toro qu’Escribano passe en quite par succession de medio farol et caleserina.  Brindis personnel.  Le toreo par le bas, puis par le haut, en allant au centre, révèle une charge obéissante et humiliée.  Pepe Moral en profite à droite dans des derechazos donnés en se croisant entre les passes, les séries perdant de ce fait du lié.  À gauche, les naturelles sont données une par une en se replaçant à distance entre les passes pour profiter de l’inertie de la charge. La noblesse du toro est notable mais la faena se termine légèrement a menos, la dernière série gauchère étant interrompue pour donner des pases de pechos enchaînés.  Entière desprendida portée au ralenti.  Oreille.

Puerta gayola à genoux d’Escribano pour recevoir le cinquième qui met à mal le matador.  L’animal démontrant une faiblaisse notable est renvoyé au corral.  Vaillant le matador retourne à la porte des toriles (aussi appelée des sustos, de la peur) pour recevoir le sobrero qui, pesant 615 Kg, “humilie” dans les véroniques du torero de Gerena.  Le Miura s’emploi face à la cavalerie tête relevée, puis en donnant des coups de tête à la seconde rencontre.  Aux banderilles Manuel Escribano se contente d’attendre les courses véloces du Miura. La dernière paire, “citée” depuis l’estribo pour le  quiebro, est réussie avec l’aide de la charge en ligne du toro.  Brindis au public.  Au centre, le torero cite à droite pour recevoir la charge vive et décomposée du Miura.  Il tente de baisser la main mais la muleta est touchée continuellement.  À gauche, le matador insiste longuement sous la pluie.  Demi-lame tendida et trasera à bout de bras.  Descabellos.  Ovation et salut.  

Le sixième Miura sautille de faiblesse dans la cape de Pepe Moral qui le conduit au centre.  Le bicho va au cheval en lui sautant au cou par deux fois, dunnant des coups de tête en l’air.   José Chacón et Manuel Pérez Valcarce brillent aux banderilles et saluent.  Le tanteo de début de faena de Pepe Moral est indicatif de sa volonté.  Cependant, dans les derechazos, le toro coupe le terrain avec un cabeceo notoire.  À gauche, la charge est courte et Pepe Moral insiste longuement en aidant la muleta avec l’épée. Alors que la pluie fait fuir le public des tendidos, le coup d’épée devient une délivrance. Silence.

René-Philippe Arnéodau

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