Séville- 24 Septembre 2021-Une oreille pour Juan Ortega face à une décevante corrida de Juan Pedro Domecq.

Juan Ortega Photo Maestranza – Pagés

La corrida du jour été conduite en mano a mano entre Morante de la Puebla  et Juan Ortega suite à la blessure au genou et chirurgie de Pablo Aguado.  Le lot de Juan Pedro Domecq juste de présentation a manqué de fond et durabilité malgré des qualités indéniables au premier tiers pour les second, troisième et sixième exemplaires.

Le public de Séville accueille les deux matadors avec une grande ovation.  Les toreros sévillans saluent après une poignée de main très torera.

Le premier JPD, harmonieux et distrait, va et vient dans la cape de Morante de la Puebla.  L’animal tire des derrotes dans le leurre.  Les signes de faiblesse se confirment sous la pique en deux passages où le toro nous montre ses limites.  Fernando Sánchez passant premier pour la brega (au lieu de troisième habituellement) salue avec son compagnon Jose Sánchez Araújo, après avoir brillé surtout lors de sa seconde pose de palitroques.  Le calamocheo du toro marque le début de faena. Changement de terrains et mains alternées dévoilent un Morante désireux face à une charge limitée en profondeur.  Evaluant l’état de l’opposant,  Morante opte pour une faena courte. 3/4 de lame tombée, atravesada, tendida à bout de bras.  Silence.

Juan Ortega affronte un premier adversaire au trapío fin frisant un physique terciado. À la cape le maestro surpasse l’oeuvre réalisée lors de sa présentation il y a quelques jours.  Les véroniques flirtent avec le sublime.  La demi-véronique enroulée en chicuelina arrête le temps. La mise en suerte par chicuelinas marchées ravissent la Maestranza.  Le quite de Morante, après deux piques anodines, est de grande qualité par véroniques, sans atteindre cependant le niveau de son compagnon de cartelBrindis personnel.  Les ayudados et les remates par le bas de début de faena sont somptueux et mettent l’eau à la bouche.  Le toro baisse ensuite d’intensité, subissant la profondeur des muletazos droitiers. Il s’éteint peu à peu.  À gauche, la première charge promet mais la faiblesse du toro ne lui permet pas de soutenir sa charge. La faena de Juan Ortega a parcouru une demi-arène au son de la musique, signe d’un manque de domination sur l’opposant. Plusieurs pinchazos et demi-lame.  Applaudissements et salut.

Le second adversaire de Morante le fait trébucher en accrochant la cape.  Le toreo de cape se borne à la mise en suerte au cheval.  Le toro pousse avec le train arrière lors des deux rencontres, sous des piques bien portées.  Fernando Sánchez et Araujo répètent en banderilles.  Morante se passe le toro au fil de la ceinture dans les premieres passes de tanteo.  Les derechazos dessinés sans compromission pèsent sur le toro qui supporte mal l’épreuve. Il en va de même sur la corne gauche. En envahissant l’espace du toro, Morante réussit à imposer une série droitière et quelques naturelles au prix d’une grande exposition.  Demi- lame habile et tendida.  Silence.

Le quatrième juan-pedro, cornalón, acucharado, est bas sur pattes et fin. Sa charge nonchalante ne permet pas à Juan Ortega de le toréer de cape. Le toro s’emploie sous la première pique et s’agenouille sous la seconde.  Les doblones et trincheras de début de trasteo embarquent avec douceur le JPD.  Suivent des naturelles accrochées et sans continuité.  La tentative droitière est avortée pendant que le public proteste la condition du toro.  3/4 d’épée arrière. Trois descabellos.  Silence. Sifflets au toro.

Morante décide de recevoir son troisième JPD au niveau du burladero du 6.  Les charges sont brusques et le toro abanto.  Sa faiblesse justifie son changement.  Le sobrero du même fer donne du fil à retordre à Morante avec la cape.  Seule une demi-véronique « en se faisant plaisir » donne la touche artistique au travail de réception.   Le bicho soulève le cheval lors de la première pique, puis s’emploi brièvement lors de la seconde.  Les pases ayudados de début de faena agrémentés de pases del desprecio sont exécutés avec détermination et profondeur.  La suite à gauche sont des naturelles dessinées une par une en se croisant et en obligeant le toro qui ne resiste pas à  l’effort.  À droite le toro a déjà rendu les armes. Lame habile et défectueuse.  Bronca au toro.  Applausissements pour Morante.

Avec le dernier JPD de la corrida Juan Ortega réitère une excellente prestation en véroniques et la demie.  Le toro pousse brièvement sous la première pique.  Quite de Juan Ortega sensiblement moins réussi que les capotazos d’entrée en matière.  Les chicuelinas et demi-véronique de Morante, après la seconde pique, obligent Juan Ortega à proposer sa version de chicuelinas ajustées avec la demi-véronique.  Le toro conserve un bon tranco au second tiers avec néanmoins quelques hésitations de comportement.  Le matador débute son trasteo en alternant muletazos par le haut et par le bas avec molinete et passe de poitrine.  Les derechazos profonds et rythmés déclenchent ovation et musique.  La suite à gauche entremêle le bon et le désordre.  C’est à droite que le matador retrouve le tempo face à un opposant éteint.  Estocade entière, arrière et desprendida.

La recherche du Toro Parfait entreprise depuis des décennies par la famille Juan Pedro Domecq est à un point mort.  Qu’ils le veuillent ou non la solution viendra par la réintroduction dans la lignée d’une dose de bravoure en contrepartie d’une perte de noblesse.

René Philippe Arnéodau

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