Séville 4 Mai 2019 – Oreille pour Antonio Ferrera, toreo pur d’Emilio de Justo et corrida notable de Victorino Martín

Après le fiasco de Madrid, Victorino jouait une carte importante ce jour.  Il a envoyé un lot inégal de présentation qui  contribuera à maintenir la réputation de la ganadería.  Toute la course a eu, avec des nuances, des moments d’intérêt avec plusieurs exemplaires propices au toreo ou agissant en braves. Antonio Ferrera et surtout Emilio de Justo ont su briller à l’unisson avec le public.  La prestation de Manuel Escribano est restée en demi-teinte.

Le premier Albaserrada est applaudi dès sa sortie.  Il a pourtant un trapío normal. Antonio Ferrera le mène au centre avec douceur et élégance mettant en évidence l'”humiliation” du toro.  Ce dernier pousse sous une bonne pique d’Antonio Prieto. Le matador remet en suerte par chicuelinas et demi-véronique et le toro s’élance de loin pour une seconde puya moins réussie.  Fernando Sánchez et Javier Valdeoro saluent pour leur prestation au second tiers. Brindis au public. L’animal a mis José Manuel Montoliu sur la défensive lors de la lidia. On voit que dans la muleta il avance pensif, puis tend à accélérer en deuxième partie de muletazo et à se retourner rapidement.  Ferrera, ayant opté d’abord pour rester al hilo, se fait mettre en difficulté. Ensuite il se croise entre chaque derechazo avec plus de réussite. À gauche l’animal avance au pas et pensif. Ferrera tient bon et tire, non sans difficulté, des naturelles une par une. Il réitère à droite, sans l’aide de l’épée, avec lié.  Pinchazo puis entière trasera et caída. Palmas au toro. Antonio Ferrera est applaudi et salue.

Le second adversaire de Ferrera se retourne à peine le leurre atteint.  Il est conduit au centre avec difficulté. Le bicho est brave sous le fer où il est longuement piqué par deux fois.  Brindis à l’Infante Doña Elena. Le toreo de châtiment de début de faena est fort bien exécuté par le bas , alternant recortes et sorties longues.  La série droitière, main base, qui suit est intense grâce à la charge vive et profonde du toro, contrastant avec son comportement initial.  La seconde série droitière est supérieure et déclenche la musique. Le toro charge avec force et transmission. Ferrera ne répète pas le bon passage précédent,  gêné de surcroît par le vent. Suivent des passages inégaux y compris à gauche où la charge est du même acabit. Finalement le matador arrive à lier une série gauchère complète.  Un final en demi-teinte précède une entière tombée. Oreille et palmas pour “Petrolero”, un bon victorino.

Le second victorino est accueilli par Manuel Escribano a puerta gayola.  Placé loin de la porte, il voit le toro se figer avant d’attaquer et le désarmer.  Les véroniques postérieures sont “templées”, Peu châtié, le victorino a toutefois montré son envie de combattre sous le fer.  Escribano se charge du second tiers en démarrant par un quiebro spectaculaire “cité” au centre du ruedo. La seconde paire est un poder a poder avec une réunion passée. En troisième lieu, il opte pour un par al violin en quiebro le long des planches. Brindis a Curro Romero. Le tanteo indique que la bonne corne est la gauche. C’est de ce côté que démarre Escribano peut-être avec des toques un peu trop marqués.  A droite, le victorino ne termine pas ses charges. De retour à gauche, le torero de Gerena est désarmé, puis il dessine une série complète à la limite de la rupture. Dans la série suivante la rupture advient sous forme de voltereta. Postérieurement, rien ne va plus malgré l’insistance du matador qui est mis en fuite à chaque tentative.  Demi-lame atravesada et caída. Avis. Deux descabellos. Palmas et salut.

A puerta gayola, de nouveau, Manuel Escribano attend longuement pour une larga cambiada compromise suivie de véroniques volontaires.  Le toro attaque et pousse en brave au cheval, en deux rencontres. Les banderilles à charge du matador sont “citées” depuis le centre, les deux premières paires avec plus d’intention que de résultat. La troisième, le torero assis sur l’estribo pour un quiebro avorté, est transformée en un sesgo por fuera dans lequel le toro charge avec force et vitesse, annonçant une faena de feu. Brindis à Doña Elena. Les premiers muletazos confirment l’agressivité du toro et montrent la maîtrise du torero.  Un desarme inopportun entrave la première série droitière. La suivante est liée mais le toro a perdu de l’allant. Des séries sur les deux cornes, sans relief, se succèdent, muleta à mi-hauteur, le toro chargeant avec le museau. Entière tombée. Palmas au toro.  Sifflets pour le torero.

Emilio de Justo, qui fait sa présentation à la Maestranza, affronte un animal qui cherche la sortie et qu’il est obligé de mener au centre compte tenu des coups de tête qu’il donne dans la cape.  Au cheval, sa mansedumbre confirme celle exhibée à la sortie du toril. De fait, une pique est prise au cheval de réserve et l’autre en terrains habituels sans grande distinction. Quite brillant d’Antonio Ferrera. Brindis à l’Infante. Début de faena de De Justo par doblones esthétiques et dominateurs.  Deux derechazos au mileux de la bagarre font rugir la Maestranza. Dans la série suivante, le matador prend magistralement le dessus à base de courage et d’un engagement irréprochables. Il lie des derechazos purs, somptueux et dominateurs. La suite va a menos ce qui l’incite à passer à gauche où il distille des naturelles aux toques subtils et en courant la main lentement et avec justesse.  Fin de faena par naturelles de face pour parachever un effort notable. Deux pinchazos et une entière de côté lui font perdre un trophée amplement mérité par ailleurs. Avis. Palmas et salut.

                               

Le dernier de Victorino Martín met la tête avec classe dans le bon toreo de cape d’Emilio de Justo, applaudi par le public. Le toro pousse longuement lors des deux piques.  Le début de faena droitier est d’abord technique pour prendre la mesure du toro. De Justo cherche le positionnement idoine sans arriver à lier. Dans le second passage l’animal touche la muleta dans chaque muletazo.  À gauche, deux naturelles sortent du lot pour prouver la classe l’embestida. De Justo insiste et obtient les olés des tendidos sur quelques passages de séries incomplètes. Entière tendida et desprendida portée avec conviction. Avis. Ovation et salut.

René Philippe Arneodau.

Photos Arjona pour aplausos.es

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