Bilbao 23 août 2022 – 4ème de Aste Nagusia – De la médiocrité des toros de Garcigrande, il y avait peu de chose à tirer - Ginés Marín coupe une oreille au 5ème.

La famille héritière de Domingo Hernández se répartira en deux jours le gâteau réservé aux élevages à la mode à Bilbao puisque, aujourd’hui, c’étaient les toros de Garcigrande (Justo Hernández, leur représentant) qui étaient à l’affiche et demain ce seront, avec le fer de Domingo Hernández (Dª Concha Hernández leur actuelle propriétaire) des toros de même origine et élevés dans la même finca Garcigrande de Alaraz (Salamanque). La corrida de ce jour faillait à la réputation de cet élevage dont les produits sont habituellement appréciés des toreros vedettes. On se demande d’ailleurs pourquoi un tel élevage, dont la production est si abondante, possédait encore des exemplaires de presque six ans et de plus «réservés» pour Bilbao, une place de première catégorie.  N’auraient-ils pas été vendus à prix de soldes faute d’avoir été retenus auparavant et de moindre garantie en raison de leurs familles ou reatas? Seuls les toros sortis en première et troisième positions étaient âgés de quatre ans ! De présentations normales  - moyenne de poids 576 kg - et souvent bien et même très armés, ils faisaient illusion à la sortie du toril pour ensuite montrer des caractères peu propices aux succès des trois matadors á l’affiche : le presque vétéran Miguel Ángel Perera, la vedette montante Ginés Marín et Ángel Téllez, torero révélation de la temporada pour son triomphe à Madrid. Seul le deuxième confirmait son talent par deux faenas  volontaires, intelligentes même, et couronnées par de belles estocades.

Ginés Marín coupait une oreille du 5ème, un mastodonte de 638 kg, veleto, qui recevait un modeste châtiment sous les deux piques règlementaires, mal placée la première et rectifiée, au même endroit la deuxième, le tout bien dosé car le « bicho » montrait des signes de faiblesse et avait des charges limitées. Pourtant il permettait à Antonio Manuel Punta de briller aux banderilles pour ensuite s’écrouler sur le sable rougeâtre du botxo… Le torero, issu de l’école taurine de Badajoz, devait résoudre le problème suivant : s’il baissait la muleta le toro fléchissait des pattes avant, s’il la levait, la passe terminait par un hachazo. Il toréait avec suavité au début, sans trop « obliger » la charge pour ensuite s’imposer malgré des passages du toro à la limite de la perte d’équilibre. Après une série approximative de la gauche venait le meilleur : une série de derechazos, longs, « templés » qui déclenchait la musique muette jusqu’alors. Une autre série était magnifiquement terminée par un changement de main et, en remate, une naturelle « évanouie » la muleta frôlant le sable avec douceur. Le sommet de la faena. D’autres derechazos pieds joints et compas ouvert avant de tomber dans des passes totalement inutiles, deux circulaires inversées et quelques passes chiffonnées avant de cadrer le toro et porter une belle estocade, parfaite d’exécution malgré la perte de la muleta. Une oreille. Le 2ème, cornivuelto – indice de son « grand » âge – n’était pas fixé dans la cape de Ginés Marín et perdait l’équilibre à la sortie  d’un quite d’Ángel Téllez par chicuelinas. La faena s’avérait insipide par faute du toro qui se déplaçait sans entrain dans la muleta persuasive de Ginés Marín. Des passages forcés, liés certes, sans classe, avant que ne soit portée avec décision une bonne estocade et un descabello foudroyant.

Miguel Ángel Perera affrontait d’entrée un toro hondo qui répétait dans la cape sans grande vigueur ni codicia, qui semblait aussi tendre vers les barrières. MAP l’en sortait sans brio pour ensuite le placer pour les piques, la première bien placée, la seconde surprenant le picador  sans planter la puya. Ce toro assez statique au deuxième tiers permettait toutefois, dans un élan sur la gauche, à Curro Javier de clouer une superbe paire de banderilles. Ovation et saluts. La faena était toute à l’avantage de MAP qui, comme se jouant du toro, dessinait un grand nombre de passes, muleta convaincante pour un toro de très grande noblesse (autrefois qualifié de babosa – esp : limasse), La faena trop prolongée ennuyait le public…  et le pinchazo final suivi d’une estocade verticale desprendida valaient tout juste une ovation et… le toro était applaudi à l’arrastre. Le 4ème, basto de hechuras mais très armé, réduisait ses chatges dans la cape de Miguel Ángel Perera.  Aux piques, l’une en arrière, l’autre écourtée, sans fixité l’animal. Le brindis au public, surprenant en raison des qualités ?  du toro qui, durant la faena, confirmait  son manque de classe, des accrochages de muleta sans «  humilier », beaucoup de passes pour rien. Un bajonazo en prenant la tangente…

Ángel Téllez ne pouvait rien faire avec le 3ème, veleto de la corne gauche, suelto pour enfin déclarer sa mansedumbre intégrale, qui fuyait tout ce qui bougeait mais, en deux reprises, il chargeait dangereusement en serrant de près sur la corne droite le subalterne Jesús Aguado qui échappait à la cogida. Ángel s’evertuait à le faire passer sur la corne gauche, le poursuivant pour l’engager à entrer dans muleta. Difficile à cadrer, grattant le sol, il fallait passer la corne droite… Estocade trasera, tendida.  Le 6ème, un joli toro melocotón, chorreado en verdugo,  bociclaro, calcetero, ojo de perdiz: tout un tableau, répétait dans la cape d’Ángel Téllez. Á la pique, sans pousser, sans s’appuyer le picador, le toro ne  montrait rien de négatif et se déplaçait aux banderilles et la cuadrilla remplissait correctement son rôle. Avec la muleta, le Tolédan s’appliquait dans des doblones, jambe fléchie et donnait de la distance pour les premières passes de la droite. La charge irrégulière du toro, cabeceo, une menace de rajarse, ne décourageant pas Ángel qui de la gauche dessinait des naturelles, certaines de belle facture sans enganchones, mais le toro se lassait. Une série de la droire élevait le niveau de la faena, muleta basse, « templant », une autre avec changement de main pour tirer en deux temps une naturelle. Quelques passes de trop et le toro tendait à abandonner le combat. Estocade entière, desprendida. En conclusion de cette dernière faena ; des efforts, une attitude responsable d’Ángel Téllez pour sa présentation à Bilbao.

                                

Miguel Ángel Perera : saluts ; silence. Ginés Marín : vuelta al ruedo après pétition d’oreille; oreille. Ángel Téllez : silence ; saluts. Curro Javier de la cuadrilla de Miguel Ángel Perera répondait à l’ovation au 1er . Manuel Antonio Punta de la cuadrilla de Ginés Marín en faisait de même au 5ème.  Des sifflets à l’arrastre de la plupart des toros, sauf pour le premier applaudi. Beau temps et chaleur 30˚C. 1/3 d’arène !!

Georges Marcillac

 Photos BMF

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