Feria de Olivenza 2017 (I)

OLIVENZA, au sud de Badajoz, petite ville d’Extrémadure à cinq lieues de Portugal, est le siège (le mot n’est pas trop fort, pour l’affluence de public) de la première feria taurine espagnole qui réunit la plupart des figuras qui retrouvent le public péninsulaire après leur campagne aux Amériques. Cette feria rassemble un public varié et international, anxieux de reprendre le chemin des arènes et le contact avec les toros – par toreros interposés évidemment –  et les retrouvailles des aficionados invétérés et voyageurs. Olivenza est une place de 3ème catégorie et, pour cela, le public est bon enfant et indulgent, les toros bien choisis et les décisions du palco présidentiel ne sont pas toujours les plus pertinentes… Tous les novillos et toros recevaient la sacro-sainte mono-pique, certains une simple égratignure. Cela n’est pas nouveau, hélas, mais c’est un vrai problème au-delà de la mansuétude ponctuelle des présidents et du conformisme généralisé des publics surtout si ce phénomène s’étend aux places des catégories supérieures comme c’est à craindre.

3 mars – 1ère novillada – C’est par un froid hivernal  que se déroulait la novillada de El Parralejo (origine Fuente Ymbro et Jandilla) qui n’a pas répondu aux espoirs des aficionados principalement par sa faiblesse et manque de race qui limitaient les intentions des novilleros, eux aussi anxieux de commencer de bon pied la temporada et confirmer leurs aptitudes de novilleros faits tels Pablo Aguado et le mexicain Leo Valadez. Le premier montrait néanmoins qu’il est le plus expérimenté et affrontait brillamment le novillo sorti 4ème, le seul brave du lot qu’il fallait soumettre et dont il fallait endiguer les charges, pour couper une oreille après une faena variée et artistique. Leo Valadez ne rencontrait aucun novillo pour développer son toreo à la cape –joli quite par zapopinas – aux banderilles et à la muleta devant des novillos éteints. De plus il était malheureux à l’épée.  Antonio Catalán « Toñete » était brutalement soulevé en accueillant son premier novillo par des statuaires et chutait dangereusement (traumatisme cervical). Malgré cela il réalisait une faena reposée profitant au maximum du peu de charge de ses opposants, bien placé et maniant avec douceur la muleta.

Pablo Aguado : ovation ; une oreille. Leo Valadez : un avis et saluts ; silence. « Toñete » : une oreille et applaudissements.

4 mars – 2ème novillada – Les novillos de Fernando Peña, venaient avec de bonnes références de la saison passée, remplissaient en partie leur contrat – applaudis à l’arrastre les 2ème et 3ème –  et ils permettaient aux novilleros de s’exprimer chacun selon son concept du toreo et expérience. En cette novillada matinale, notre compatriote Andy Younes faisait figure de vedette de ce cartel international complété par le Portuguais João Silva « Juanito » et Antonio Medina, de Zafra, tous deux élèves de l’Ecole taurine de Badajoz. Après le désormais classique cambio por la espalda , doublé, suivi de la passe de poitrine comme remate, Andy Younes, parfois gêné par le vent, toréait son premier novillo en bon technicien, courant la main, allongeant ainsi les passes des deux côtés et les ajustant lorsque le novillo avait réduit sa charge. Il portait une estocade entière avec décision et coupait une oreille. Au 4ème, le début de faena, à genoux toréant en redondos, était du meilleur effet.  Ce novillo était quelque peu derrengado – il ne poussait pas ses charges de l’arrière train –  ce qui obligeait Andy Younes à appliquer un toreo suave, de tracé court mais toujours convainquant à ce toro noble, néanmoins. La faena était bien construite, le corps vertical, la main basse et bien terminée par une bonne estocade. Le président n’accordait pas l’oreille sollicitée… Varié à la cape,  quite par saltilleras et brionesa au premier, véroniques « templées » à son second, et dominant son sujet à la muleta, Andy Younes aurait mérité accompagner ses compagnons de cartel par la Puerta Grande. João Silva « Juanito » plaisait par sa fraîcheur, gracile dans ses mouvements et surtout intelligent à l’heure de corriger la charge descompuesta sur la droite de son premier novillo, changer de main, lui donner des naturelles basses pour une meilleure charge de ce côté et revenir à droite, le « défaut » ayant disparu. « Juanito » toréait à plaisir, liant les passes, bien placé, terminant ses faenas respectivement par des manoletinas et bernadinas du meilleur effet, changeant au dernier moment le « voyage » du novillo. De bons coups d’épée et la mort spectaculaire de chacun de ses novillos valaient au jeune Portuguais un succès mérité. Le local Antonio Medina, dont c’était la présentation en novillada piquée, était accompagné d’un grand nombre de supporters qui ne manquaient pas de faire grand bruit et forçaient le président à accorder une oreille à la suite des faenas du jeune torero qui se démenait – à genoux, à la cape et à la muleta – et n’était pas à la hauteur de la qualité de son premier novillo et qui s’évertuait à donner des passes au 6ème quasiment arrêté. Il recevait un avis au terme de faenas trop prolongées. On accordera toutefois un jugement indulgent à ce novillero, basto, sans grâce, volontaire, en ce jour important pour lui.

Andy Younes : Une oreille ; une vuelta. « Juanito » : une oreille aux deux. Antonio Medina : un avis et une oreille aux deux !

4 mars – 1ère corrida – L’évènement  de la journée était le retour d’Antonio Ferrera après presque deux ans d’inactivité forcée par une malencontreuse fracture du bras droit et du report répété de sa réapparition l’année dernière. Il recevait une forte ovation à l’issue du paseillo et le brindis de ses compagnons de cartel : Julián López « El Juli » et Alejandro Talavante. Les toros étaient de l’élevage salmantin de Garcigrande complétés d’un de Domingo Hernández – le 6ème– toros favoris des figuras qui apprécient ces produits dont les comportements, à de rares exceptions près, ne leur compliquent pas trop leur tâche, marquée de leur expérience et savoir-faire que nous leur reconnaissons, néanmoins. Disparates de présentation  les garcigrande n’offraient pas de difficultés particulières aux toreros. Ceux d’Antonio Ferrera  lui permettaient des trasteos complets tant à la cape comme à la muleta.  Aux banderilles, à son premier, il risquait un sesgo por dentro au fil des planches  et au 4ème un quiebro avec cite à genoux  l’obligeant une échappée au-dessus de la barrière… La faena se déroulait au centre du ruedo, par naturelles courtes, circulaires et remate en changement de main.  Sur la fin, des passes basses genou fléchi, avant une estocade d’effet fulminant, le tout à un toro qui avait et qui recevait les applaudissements à l’arrastre. Oreille. Au début de la faena, au 4ème, Antonio Ferrera dans un cite original au centre de la piste, enveloppé de la muleta, recevait le garcigrande pour des séries des deux mains, bien conduites mais par deux fois le toro s’affalait sur le sable !   Une dernière série de la droite pour remonter le courant et, après une estocade légèrement tombée, l’oreille était concédée. Le public réclamait fortement la deuxième… Julián López « El Juli » inspiré, presque artiste, varié et technique à la fois, entamait sa première faena en conduisant, au pas, le toro de la barrière au centre du ruedo. A la fin de la faena, quatre circulaires à l’envers, la dernière assortie d’un changement de main confirmaient la torería de « El Juli » en après-midi ensoleillée. Après un pinchazo suivi d’un léger julipié, mais entrant droit, « El Juli » était gratifié d’une oreille. Au 5ème, on retrouvait le torero technique et appliqué, dans un trasteo artisanal qui, par la multiplication des passes, allongeant la charge d’un toro obligé de suivre le leurre sans discontinuité, laissait le public sans émotion et réaction peut-être blasé de tant de maestría. Un autre julipié s’engageant à fond et droit et le prix était de deux oreilles. Alejandro Talavante recevait le toro sorti 3ème par la passe imposible ou de « El Imposible » mais ici à genoux, une nouvelle originalité, ô combien risquée, de ce torero qui renouvelle sans cesse son répertoire. Par la suite, on relevait une bonne série de naturelles sans que le reste de la faena atteignît le sommet du début, faena toutefois empreinte de tranquillité, facilité, sans un geste de trop qui méritait une oreille après l’estocade, citée de loin, précédée d’un pinchazo, après qu’eût sonné un avis. Le 6ème, marqué du fer de Domingo Hernández, n’offrait aucune option à Alejandro Talavante qui abrégeait et de surcroît tuait mal.

Antonio Ferrera : un avis et une oreille ;  une oreille. « El Juli » : une oreille et deux oreilles. Alejandro Talavante : un avis et une oreille ; silence. Sortie a hombros de Ferrera et « El Juli »

Georges Marcillac

 

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