HARO SUR LE TORO ET L’ANIMAL DE COMPAGNIE

Peinture de Miguel Acevedo

Peinture de Miguel Acevedo

Ma Tante A. a toujours possédé des animaux de compagnie avec qui elle clame partager un amour et une complicité inégalables.  Je me souviens, lorsque j’ai eu mes enfants, qu’elle m’expliquait ce que seraient mes expériences en puisant dans son vécu avec ses animaux.  Contrairement à ma Grand-Mère elle n’avait jamais eu d’expérience avec des animaux de ferme ou sauvages.  Je voyais bien que ces deux perceptions et compréhensions de l’animal étaient bien divergentes et que dans chacune d’elles la place que tenait l’animal était différente.

Je n’ai jamais pris au sérieux la comparaison entre les toutous ou les chatons de ma tante et mes enfants.  Je la laissais dire,  tout en étant convaincu qu’on ne peut comparer un enfant et un animal.  J’apprendrai que ce n’est pas si clair pour tout le monde et qu’une partie de notre humanité exerce cette  confusion sans retenue.

Avec Tante A. je ne parle pas ou très peu de tauromachie.  Nous nous voyons pour échanger sur tout et sur rien, surtout à propos de ses animaux de compagnie et pour que je puisse exprimer à son égard mon attachement et mon respect, fondé sur notre lien familial.  Elle sait qui je suis, ce que je fais, comment je me comporte, et je crois pouvoir dire qu’elle a beaucoup de raisons de voir en moi un être humain sain et bon qui s’est toujours comporté le mieux possible.  Je n’ai jamais reçu de critiques majeures de sa part, bien au contraire.  Sauf lorsque le sujet de la corrida est occasionnellement abordé et que, curieusement, son discours à mon égard change complètement.  Soudain ma tante parle comme si le sujet de la tauromachie prenait le dessus sur ce qu’elle sait de moi et qui je suis.  Ses affirmations deviennent péremptoires comme si le seul fait d’être aficionado faisait de moi un être vil, indigne de considération.  Une généralisation qui prend la forme d’une stigmatisation comme le font tous ceux qui par racisme ou homophobie stigmatisent des personnes de religion ou d’orientation sexuelle différentes de la leur, sans le moindre recul, sans le moindre doute ni la moindre réflexion.  Tante A.  ne m’a jamais posé de question, n’a jamais essayé de comprendre ni de connaître la tauromachie et surtout ne s’est jamais dit “je connais parfaitement cette personne et s’il est passionné par la corrida c’est qu’il y a quelque chose que je ne perçois pas et qui ne peut en aucun cas résulter de vils sentiments puisque tout ce que je sais de cette personne est sain et bon”.  Cette absence d’introspection est assimilable à une stigmatisation et à une discrimination.

Malheureusement cette description des échanges avec ma Tante est coutumière aujourd’hui avec bon nombre de gens qui n’hésitent pas à penser qu’un aficionado ne peut être qu’un déséquilibré ou un malade qui a besoin qu’on le mette dans le droit chemin “malgré lui”.  L’argument unique de cette pensée justicière et égocentrique est celui de la torture et de la mise à mort des Toros de Combat.  Peu importe si nous avons de nombreux arguments pour mettre à mal tant de convictions erronées.

Il convient toutefois de nuancer et de mettre en relief les différences entre les divers protagonistes de la croisade dont nous sommes victimes, nous les taurins.  En effet les acteurs ne sont en rien homogènes et les motivations de leurs actions ou de leurs pensées non plus.

Il faut avant toute chose noter qu’il existe une différence majeure entre les tenants des Droits des Animaux (Animal Rights Activists) et les défenseurs du Bien Être Animal (Animal Welfare Activists).  La nuance et les différences entre ces deux conceptions sont majeures et philosophiques.

Les défenseurs du Bien Être Animal acceptent l’utilisation des animaux dans les activités humaines telles que pour la distraction, les spectacles, l’industrie ou le sport.  Il n’y a pas confusion entre l’être humain et l’animal en ce qui concerne la place qu’ils tiennent dans nos sociétés, mais il y a une action tendant à améliorer les conditions dans lesquelles ces activités se déroulent.  (Animal Welfare CouncilThe Animal Welfare Council members support the use of animals in recreation, entertainment, industry and sports. We are dedicated to advancing the responsible and humane use of animals in these activities.)

Les activistes des Droits des Animaux partent, quant à eux, du principe que les animaux ont des droits similaires à ceux des hommes et que les humains n’ont donc aucun droit de se servir d’eux de quelque manière que ce soit.  Leur position est intransigeante ce qui explique la violence de leurs actions et leur refus de toute discussion. (PETA : Animals are not ours)

En dehors de ces deux grandes catégories de défense du bien être animal ou des droits des animaux il y a nous, les Aficionados, et nos concitoyens qui ne le sont pas.  C’est auprès de ces derniers que les partisans des droits des animaux ont entamé la bataille il y a plus d’une décennie en s’évertuant avec succès à obtenir, à tout prix, l’appui complice des médias.   Le chemin le plus court pour imprégner les esprits les moins éclairés, et qui ont l’avantage d’être nombreux, c’est de les atteindre par les médias qui deviennent complices de tous les excès et mises en scène spectaculaires dont ils raffolent.

Alors comme avec Tante A.  les citoyens non avertis se mettent à penser sans nuance que leur voisin Aficionado qui a toujours été un bon voisin, ne peut être qu’un être malsain ou dangereux qu’il faut remettre dans le droit chemin.  Je me souviens dans ma jeunesse d’avoir entendu ce type de discours à propos des homosexuels qui, selon les biens pensants, étaient des êtres dévoyés dont il fallait juguler les travers. Et que dire des mouvements de masse qui ont permis à une minorité de convaincre un peuple entier qu’il fallait exterminer des êtres à cause de leur religion.  Ceux qui aujourd’hui stigmatisent les Taurins ne font rien d’autre  et les citoyens qui se laissent manipuler se rendent complices du même mécanisme décrié dans ces excès historiques.

En effet qu’on ne dise pas que la mort du toro de combat justifie de mobiliser une nation contre une partie de ses concitoyens.  Seul un mensonge et une manipulation des esprits peuvent permettre à de telles inconsistances  de prospérer.  Car, en dehors du fait que résumer la vie du toro à sa mort est une négation de ce qu’il est et une négation de l’admiration qui lui portent des millions d’aficionados, la mort du toro est sans aucune mesure avec le massacre journalier de millions d’animaux sur notre planète.  Tout se passe comme si l’humanité allait atteindre la rédemption par le seul fait de mettre fin à la tradition taurine qui pourtant prône l’osmose entre  un des animaux les plus braves de la planète, le toro de combat, et l’homme qui met sa vie en danger pour s’en approcher dans une alchimie qui métabolise la vie, la mort, l’art, l’extase, la passion, la nature, l’homme, tout dans un geste symbolique, une révélation qui pérennise ce qu’il y a de mieux dans la relation homme animal depuis la nuit des temps.  L’homme admire le toro, l’élève dans des conditions qui feraient l’unanimité si elles étaient appliquées à n’importe quel autre type d’élevage, sélectionne ses meilleurs éléments, les combats dans le respects de règles strictes de courage et de dignité et le tue dans un acte de foi et de renaissance.  Mais cette recherche de rédemption inconsciente, promise au peuple sur les cendres de la tauromachie  est impossible pour deux raisons.

D’abord elle est impossible car l’être humain tue chaque jours des millions d’êtres vivants, des insectes gazés aux animaux de boucherie, des poissons agonisants par milliers dans les filets ou sur les ponts de bateaux  aux animaux chassés dans leur habitat naturel, des animaux de laboratoires aux animaux sacrificiels des religions qui nous entourent, des animaux sauvages mourant dans les feux et les ouragans aux chenils où l’euthanasie des animaux de compagnie tue bien plus chaque année que les corridas en une décennie.  Sans compter la mort de millions d’animaux victimes de l’interaction naturelle entre les prédateurs et leurs proies.   Au terme de l’absurdité, si l’on attribue des droits aux animaux, il faudrait aussi leur reconnaître les mêmes devoir qu’aux hommes et les punir de s’entre tuer.

La rédemption est également impossible car, comme j’en ai informé Tante A., elle et tous les amoureux des animaux de compagnie sont des criminels en puissance sur la liste à éradiquer des Activistes des Droits des Animaux.  Il suffit, pour s’en rendre compte, de lire leurs déclarations.  Une compilation de celles-ci ,  réalisée par l’association de bien être animal N.A.I.A , est édifiante.

“We should take good care of the domestic animals we have brought into existence until they die. We should stop bringing more domestic animals into existence.” Gary Francione, Interview on Columbia University Press blog, June 18, 2008. “Nous devrions donner de bons soins aux animaux domestiques que nous avons fait naitre jusqu’à leur mort.  Nous devrions cesser d’en élever de nouveaux.”

“Pet ownership is an absolutely abysmal situation brought about by human manipulation.” Ingrid Newkirk, national director, People for the Ethical Treatment of Animals (PeTA), Just Like Us? Harper’s, August 1988, p. 50.  “La propriété d’animaux domestiques est une situation épouvantable créée par manipulation humaine”.

Demandez aux propriétaires d’animaux de compagnie outre atlantique.   Ils savent parfaitement où vont les extrémistes, comme la “Responsible Pet Owners Alliance Inc.”  qui dans un article sans détour annonce la couleur “Animal “Rights” is about abolition, not animal cruelty” .  Les extrémistes veulent éradiquer les animaux de compagnie.  Pourtant leurs propriétaires se laissent convaincre par milliers qu’il est indispensable de donner leur argent et leur soutient à ces extrémistes sous prétexte de combattre la Tauromachie, alors que la solution finale sera celle de l’éradication de leurs compagnons par leurs propres alliés de circonstance actuels.  Ceci se fera avec leur argent que les extrémistes amassent en avançant masqués.

Tout comme les Aficionados ne sont pas écoutés lorsqu’ils tentent d’expliquer à quel point l’élevage du toro de combat est respectueux de la nature et de l’espèce, à quel point la corrida est porteuse de valeurs universelles et que la mort y est sublimée par la bravoure du toro et le courage du torero, de la même manière, le moment venu, Tante A. et ses amis propriétaires d’animaux domestiques seront stigmatisés et leurs arguments balayés.  C’est pour cela que je t’explique aujourd’hui, Tante A., que nous sommes en réalité alliés.  La bataille des aficionados pour la conservation de leurs traditions est la même que vous mènerez pour justifier le bien fondé de votre relation avec vos animaux de compagnie lorsque les extrémistes vous stigmatiseront comme ils ont commencé à le faire outre atlantique.  Notre bataille est en réalité la même Tante A.  Elle est contre le mensonge, la manipulation, le terrorisme intellectuel et moral, méfaits dont ont été reconnus les activistes extrémistes des droits des Animaux à maintes reprises.  Outre atlantique les législateurs ont créés des lois pour punir ces agissements (Animal Enterprise Terrorism Act).

Tante A. si tu ne défends pas le toro de combat à nos cotés aujourd’hui dans peu de temps tu seras en première ligne pour défendre ton droit à avoir tes chiens et tes chats auprès de toi.

Quand à toi ami Aficionado, nous devons faire valoir la différence entre les défenseurs du bien être Animal avec qui nous partageons des principes de bon sens et avec qui il est probablement possible de communiquer, et les extrémistes des droits des animaux qui avancent masqués, sans scrupule, et qui se créent, à l’aide de leurs mensonges, des alliés objectifs qui deviendront demain leurs cibles de prédilection.  Le millier de toros qui meurent chaque année dans les arènes de France ne sont qu’un alibi pour eux pour recueillir des fonds,  avant de s’attaquer bientôt au gros du morceau que sera l’animal de compagnie.  Haro sur les toros et bientôt sur l’animal de compagnie.

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1 réponse à HARO SUR LE TORO ET L’ANIMAL DE COMPAGNIE

  1. Bruno L dit :

    excellent

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