La disparition de la revue taurine 6TOROS6

Les vents qui soufflent sur le monde taurin alliés à la pandémie du coronavirus ont fait une nouvelle victime. Hier on apprenait la fermeture, la disparition de la revue taurine espagnole 6TOROS6 dans son numéro 1355. La publication du premier numéro date d’avril 1991, donc presque après trente ans d’existence, ce magazine doit cesser son activité après une survie qui a duré trois mois, le temps de l’alerte sanitaire en Espagne où toute activité industrielle, donc celle de l’imprimerie, était paralysée. Pour pallier cet inconvénient et garder le contact avec les lecteurs, six numéros étaient offerts gratuitement en format pdf, les suivants, jusqu’à hier 16 juin, étaient disponibles par abonnement (mensuel, soit quatre numéros) à partir de l’application Kiosko y Más qui donne accès à un grand nombre de publications en version numérique. Malgré leur prix réduit, les abonnements ont été inférieurs à la prévision et ce résultat négatif a contraint la direction à abandonner cette publication, supposée provisoire, mais qui en fin de compte, était le coup de grâce à cette magnifique entreprise.

6TOROS6 se caractérisait par une impression soignée et photographies de grande qualité, d’articles de fond et d’actualité, chroniques et reseñas de corridas, interviews, présentation et historique d’élevages de toros de lidia, avec une attention particulière aux éphémérides, aux arts plastiques d’inspiration taurine, à l’analyse d’ouvrages taurins anciens ou de récente parution ainsi qu’à la publication de numéros extraordinaires, monographiques, consacrés aux grands noms de la tauromachie. On retrouvait dans ses pages, le calendrier des corridas et ferias, le classement des novilleros et matadors de toros et chaque numéro comportait une section qui rappelait le souvenir de toreros ou les faits marquants de l’histoire de la tauromachie toujours avec pléthores de documents et curiosités pour le grand plaisir et connaissance des aficionados érudits. En 2013, José Carlos Arévalo, journaliste et écrivain,  cédait son poste de directeur général à José Luis Ramón lui aussi auteur d’ouvrages taurins, docteur en sciences de l’information de l’Université Complutense de Madrid, qui donnait un élan nouveau à la revue avec la collaboration de signatures taurines comme Alfonso Santiago (directeur adjoint) et Federico Arnás, diecteur de Tendido Cero, Paco March, Marc Lavie ou François Zumbiehl, nos deux compatriotes collaborateurs assidus de la revista.

                  

En cette période de confinement sanitaire et d’arrêt complet de l’activité taurine, celle des corridas principalement, en cette année «Joselito», quatre numéros lui étaient consacrés suivis de deux autres dédiés à Juan Belmonte. D’ailleurs, c’est à l’occasion du dernier texte de José Luis Ramón «A modo de conclusión – El Legado de Belmonte» qu’était annoncée la fin de 6TOROS6- Ainsi, se terminait «une aventure journalistique et éditoriale inoubliable, qui a fait front à de nombreux avatars et vicissitudes, à des changements radicaux du toreo et des moyens de communication, une aventure que seule une maladie mondiale Invisible – la covid-19 – a vaincu»

Il est bien triste qu’une revue taurine comme 6TOROS6 disparaisse vaincue, il est vrai, par la pandémie et ses conséquences économiques et sociales mais c’est aussi un coup bas porté au patrimoine de la tauromachie. En effet, ajouté aux comptes rendus hebdomadaires de l’actualité taurine mondiale, 6TOROS6 rassemblait toute l’information culturelle que tout aficionado se devait de recevoir. Indirectement, c’est tout un pan de la connaissance et de l’histoire tauromachique qui s’écroule lorsqu’un journal taurin disparaît. C’est aussi une brèche dans laquelle les anti’s vont s’engouffrer et se réjouir sans qu’ils y soient pour quelque chose. Bien sûr, me direz-vous, les réseaux sociaux pourront se substituer à ces manques d’information mais sont-ils aussi fiables que l’information documentée et professionnelle d’un journal, d’un magazine taurin? Pour terminer, j’ai à cœur de regretter doublement la disparition de 6TOROS6 car, funeste coïncidence, elle fait suite au décès du sympathique et dévoué Matías Vegas, connu des habitués de Las Ventas, libraire sans librairie, emporté aussi par la covid-19, début avril, fournisseur de livres recherchés et dépositaire de 6TOROS6 et de Terres taurines. REP.

Georges Marcillac

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