Le colloque du Sénat – L’homme et les animaux : vers un conflit de civilisation ?

 L’Observatoire National des Cultures Taurines et son Président André Viard avaient organisé le mardi 4 octobre, sous l’égide du Sénat et de son président Gérard Larcher, un colloque qui réunissait des représentants de tous les secteurs de notre société ayant un rapport avec les animaux et qui depuis quelque temps sont en butte aux attaques des sociétés protectrices des animaux et plus particulièrement de leurs activistes les plus radicaux. Cette situation est telle qu’il était impérieux d’apporter une réflexion aux actions des animalistes – certaines considérées éco-terroristes – et leurs conséquences pour notre coexistence avec les animaux et parfois sur la survie des animaux eux-mêmes. Tout au long de la journée, les brillants exposés des orateurs traitaient successivement les aspects légaux, philosophiques, humanistes, ludiques, économiques et pratiques des relations humaines avec les animaux.
En particulier, dans son intervention, le président du Sénat Gérard Larcher estimait qu’ “il y a bien conflit de civilisation entre les représentations de Lascaux, les cultures du livre et l’écologie profonde » et que « considérer l’animal comme une personne aurait pour conséquence de libérer des animaux des hommes, de fracturer la communauté de destin qui les unit, ou de réduire homme et animal à des identiques, ce qu’ils ne sont pas”. Enfin il était “temps de revenir à la raison!” Plus loin, il exprimait qu’ “au fond ce n’est pas de l’animal dont il s’agit, mais bien de la place de l’homme, c’est à dire de savoir si l’homme possède une spécificité différente par rapport à toutes les autres espèces” et ceci justifiait son engagement personnel et politique.
Les animaux sont la base de nombreuses activités et les représentants du monde taurin, du secteur agricole, de l’élevage et de leurs filières comme la distribution et la restauration, du monde de la chasse, ceux des loisirs – cirque et parcs zoologiques – et traditions culturelles, accompagnés de juristes évoquaient les obstacles à leur développement ou subsistance. Les règlementations des états et attaques des animalistes, leurs campagnes mettent en danger toutes ces activités. Le sénateur des Landes Jean Louis Carrère, en conclusion à son message présenté par la sénatrice Danielle Michel, appelait à la réaction des pouvoirs publics : “Je demanderai donc, avec de nombreux autres sénateurs, qu’une commission d’enquête parlementaire soit mise en place pour étudier la réalité de ce phénomène inquiétant dont les ramifications et le financement s’étendent dans le monde entier. Pays des Droits de l’Homme, la France ne doit pas permettre que ceux-ci soient plus longtemps bafoués”.

img671-1Le mercredi 5 octobre, toujours au Sénat, les maires, ou leurs représentants, des sept principales villes taurines de France : Arles, Nîmes, Béziers, Vic-Fezensac, Mont-de-Marsan, Dax et Bayonne, se réunissaient pour signer une Charte pour les Libertés et la Diversité des Cultures qui sera remise au Président du Sénat. Ces personnalités confirmaient que dans leur ville et région, leurs ferias respectives et les manifestations taurines autour de la corrida de toros, la course landaise et la course camarguaise rassemblent chaque année un total de plusieurs millions de personnes – aficionados ou non – et représentent une source de revenus très importante autant pour les municipalités que pour les commerces. Les populations soutiennent que leur fête locale doit être maintenue. Souvent la fête taurine en est la base. Chaque localité et région interprète, selon la tradition, sa fête qui doit être défendue. La Tauromachie en est sa principale essence.

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Texte intégral de la communication de Jean Louis Carrère, Sénateur des Landes :

“À l’occasion de ce colloque, des choses fondamentales ont été dites que nous pourrions brièvement résumer ainsi.??Depuis un demi-siècle, une idéologie nouvelle connue comme l’écologie profonde et qui a donné naissance au mouvement végan, a entrepris de modifier le rapport de l’Homme aux animaux, tel que les religions, l’humanisme et le droit l’avaient établi depuis les débuts de notre histoire.
Sous la pression des mouvements animalistes, le Code civil a été amendé le 28 janvier 2015 pour y introduire les animaux en tant qu’« êtres vivants doués de sensibilité ». Le danger est réel, car malgré son apparence laconique et anodine, l’amendement soulève de nombreuses interrogations, sur sa portée juridique réelle et ses possibles conséquences, sur les méthodes et les objectifs des mouvements animalistes, sur la perception et les réactions des milieux concernés, agricoles notamment, ainsi – et là n’est pas le moindre motif d’inquiétude – que sur le devenir de l’idéal humaniste. L’Animal est à la mode, et à l’Animal-objet, l’animalisme contemporain oppose l’Animal-personne.
Les causes de cette vogue sont bien connues : sentiment de culpabilité face à certaines conditions d’élevage et d’abattage de certains animaux de boucherie, exigées par le productivisme contemporain ; urbanisation et perte de tout contact avec les bêtes sauvages ou domestiques ; oubli de la lutte ancestrale contre les espèces nuisibles ; disparition quasi-totale de toutes les formes de travail animal mais aussi de rites, de jeux, ou de relations symboliques avec les animaux, etc.
Il en découle une nouvelle figure éthico-politique, l’Animal, nouvelle incarnation du Prolétaire, et une nouvelle utopie, l’animalisme, selon laquelle rien ne différencie moralement les hommes des autres animaux.
Mais l’Animal n’existe pas. C’est une invention de l’animalisme. Ce qui existe ce sont des millions d’espèces vivantes avec qui nous avons des relations différenciées.
La vision humaniste distingue, comme le veut la sagesse du Droit français, les obligations que nous avons vis-à-vis des animaux de compagnie (ne pas rompre le contrat affectif qui nous lie à eux), celles que nous avons vis-à-vis des animaux de rente (leur assurer des conditions de vie et de mort conformes aux exigences de leur espèce), et celles que nous avons vis-à-vis des espèces sauvages (assurer l’équilibre des espèces et défendre la biodiversité). Et elle est respectueuse de toutes ces histoires millénaires entrelacées des hommes et des animaux.
À l’opposé, le phénomène de globalisation qui tend à l’uniformisation des cultures favorise le développement de la « pensée unique » dont l’animalisme est aujourd’hui le syndrome le plus inquiétant.
Comment s’étonner dès lors qu’émergent en contrepartie de fortes résistances émanant de « minorités culturelles » engendrées par les phénomènes migratoires, le brassage ethnique et l’éclatement de la cohésion sociale (milieu urbain versus milieu rural), lesquelles réclament, comme il a été dit ici, le droit naturel et inaliénable de perpétuer leurs cultures et de les transmettre à leurs enfants.
Déjà, au début du siècle dernier, des sociologues nord-américains ont analysé ces situations de ruptures sociétales en développant le concept de «conflits de cultures», largement repris par la suite dans la littérature criminologique en vue d’expliquer les infractions dites « culturelles » commises par les populations étrangères.
Il incombait au droit de contribuer à la régulation de ces conflits en instituant des dispositions destinées à assurer la protection des « minorités culturelles », gage de cohésion sociale. C’est dans ce but que se sont multipliées, dans l’ordre interne et international, les dispositions normatives ayant pour objet de lutter contre les discriminations de toutes sortes, notamment culturelles.
Ainsi s’est constitué, au fil du temps un corpus juridique, largement développé dans le cadre européen tendant à préserver une « communauté de culture », à la fois respectueuse du principe d’égalité et soucieuse de préserver la diversité.
La protection juridique des « minorités culturelles » constitue ainsi un instrument au service du « vivre ensemble », contre les tentatives de domination idéologique, génératrices de tant d’oppressions.
C’est ce danger de rupture entre des populations attachées aux valeurs de l’humanisme et celles qui prétendent lui substituer l’idéologie animaliste, que les intervenants de ce colloque sont venus dire ici.
La liberté d’expression étant un droit constitutionnel indiscutable, on ne saurait contester à quiconque celui de proposer une évolution de la législation sur la question animale, à partir de l’adoption en 2015 de l’amendement Glavany. En revanche, une humanisation excessive de l’animal qui aurait pour effet de porter atteinte à d’autres libertés fondamentales appelle une réponse de la part de l’immense majorité des citoyens qui place les droits universels de l’homme au-dessus de ceux que certains sont tentés de concéder aux animaux.
Et pour éviter ce conflit de civilisation extrêmement clivant qui accentuerait l’éloignement de la société urbaine de ses racines rurales, entraînerait des dommages incalculables pour l’économie et la diversité culturelle, favoriserait l’appauvrissement de la biodiversité et bouleverserait le quotidien de tous les citoyens français, la seule option de bon sens consiste à conforter la culture dans son rôle de variable d’ajustement, tel que le prévoient les lois républicaines et les traités européens.
Il est désormais évident, au regard de ce colloque, que l’État ne peut plus fermer les yeux sur la montée en puissance d’une idéologie qui bat en brèche les valeurs humanistes et menace les fondements de notre société.
Je demanderai donc, avec de nombreux autres sénateurs, qu’une commission d’enquête parlementaire soit mise en place pour étudier la réalité de ce phénomène inquiétant dont les ramifications et le financement s’étendent dans le monde entier.
Pays des Droits de l’Homme, la France ne doit pas permettre que ceux-ci soient plus longtemps bafoués.”

Georges Marcillac

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