Loi Caron pour l’abolition de la corrida. La mobilisation de l’afición s’impose.

Le 20 septembre dernier le député Aymeric Caron (LFI-NUPES) déposait sur le bureau de l’Assemblée Nationale une proposition de loi  (PL) visant à l’abolition de la corrida de toros en France. Quatre-vingts seize députés ont apporté leur signature au texte de cette proposition de loi : 75 de LFI (NUPES)/75, 20 Ecologistes (NUPES)/23, 1 de l’Union Démocrates Indépendants.

 Cette PL se réfère à un alinéa de l’article 521-1 du Code Pénal qui traite en général des délits de maltraitance sur les animaux et leurs sanctions, article dont elle prétend éliminer l’alinéa en question qui déclare que   « Les dispositions du présent article ne sont pas applicables aux courses de taureaux lorsqu'une tradition locale ininterrompue peut être invoquée. Cette dernière précision relève de la loi 51-461 du 24 avril 1951 proposée par les députés de la Gironde Jules Ramanory et Jean Sourbet qui par leur action amendaient la fameuse Loi Grammont du 2 juillet 1850 par laquelle "Seront punis d’une amende de cinq à quinze francs, et pourront l’être d’un à cinq jours de prison, ceux qui auront exercé publiquement et abusivement de mauvais traitements envers les animaux domestiques. La peine de la prison sera toujours appliquée en cas de récidive." Cette loi du général et député Jacques Delmas de Grammont (1796-1862) était le corollaire de l’existence de la Société Protectrice des Animaux (SPA), créée en France en 1845 et qui allait être la base et origine de toutes les batailles pour entraver les activités taurines pendant un siècle.  Les nombreuses actions en justice promues par la SPA et autres organismes anti-corrida jusqu’à nos jours se sont terminées aussi par les nombreux déboutements qui s’ensuivaient.

L’exposé des motifs présente en exergue quelques lignes de « La corrida » chanson de Francis Gabrel de 1994 considérée comme une œuvre d’art (sic) en opposition à l’art tauromachique décrit comme un acte sanglant et de torture d’animaux en public, spectacle barbare et immoral. Cette torture infligée en l’occurrence aux toros durant la corrida devrait être considérée comme un des sévices graves ou actes de cruauté envers un animal domestique, ou apprivoisé, ou tenu en captivité, s’ils entraînent la mort de l’animal d’après l’article 521-1 du Code Pénal. Bien évidemment, cette assimilation des éléments de la lidia à la torture est un contre-sens total car il n’est pas question d’obtenir du toro un quelconque aveu ou renseignement comme tel est le but de cette méthode – bien détestable et réprobable – appliquée à une personne humaine tel que l’en définit juridiquement la Convention des Nations Unies contre la torture dans le droit relatif aux droits de l’homme. Le sempiternel slogan « la torture n’est pas culture » est illustré dans la PL par la description inexacte des différents tercios de la corrida et des conséquences des blessures infligées par piques et banderilles, de la douleur et la souffrance que provoquent ces « sévices ». Dans l’exposé des motifs de la loi,  en prenant la référence d’une lettre du président de  l’Ordre National des Vétérinaires au COVAC (Collectif de Vétérinaires Anti Corrida) en 2016, il est affirmé d’une manière péremptoire, qu’« en vertu de l’article 521-1 du Code Pénal, la corrida est interdite dans notre pays. Cette interdiction ne s’applique pas aux départements pour lesquels la tradition taurine est reconnue et dans la justification de la proposition de la dite loi  est souligné que dans ces régions l’acte de cruauté sur les taureaux n’est pas nié, il n’est simplement pas condamné.

L’exposé des motifs de la PL se termine en insistant sur l’anomalie qui consiste à autoriser les départements « taurins » au nom d’une « tradition locale ininterrompue » une barbarie répréhensible dans la Sarthe ou dans les Vosges. A ce propos il est affirmé que la corrida n’est en rien une tradition française sinon importée d’Espagne au milieu du XIX  pour faire plaisir à Eugénie de Montijo, l’épouse andalouse de Napoléon III. Il est aussi ajouté que cette corrida espagnole ne peut se prévaloir d’appartenir au patrimoine culturel immatériel de la France, ce qu’a confirmé le Conseil d’État en 2016. L’instigateur et agitateur de la PL,  le député Caron, devrait être plus sérieux et honnête et ne pas manipuler l’opinion – et ses confrères de la Chambre des Députés – car il est notoire que des pratiques tauromachiques avaient cours en France déjà au Moyen-Âge et que naturellement la « mode » espagnole s’est implantée progressivement dans nos traditions. Quant à l’inscription de la tauromachie au patrimoine culturel immatériel de la France, au contraire de ce qui est déclaré dans la PL, celle-ci n’a absolument pas été rayée ou annulée par le Conseil d’État (voir décision des 9ème et 10ème chambres réunies le 27 juillet 2016 - nº 392277). D’autre part, l’assertion selon laquelle ce « spectacle » bénéficie de fonds européens, par le biais de la Politique Agricole Commune (PAC), et de subventions locales, soulève l’opposition et l’indignation d’une majorité de Français, est plus que discutable. En effet, le cheptel des animaux « de combat » est conforme aux principes de la PAC : assurer une sécurité sanitaire (viande de consommation) et respecter l’environnement et le développement rural. Les toros de combat et leur élevage extensif ne respectent-ils pas ces objectifs ? Quelle activité culturelle française n’est-elle pas subventionnée à l’échelle nationale – cinéma, théâtre, expositions d’art, etc. -  ou localement par les municipalités qui doivent organiser leurs fêtes et ferias et assurer les retombées économiques qu’elles produisent?

Ne manquent pas les références aux divers sondages qui tendent à faire prévaloir le rejet et l’abolition de la corrida en France qui citent, les 87% d’opinions contraires à la corrida – IFOP 2022 (Fondation BB), (autour de 80% selon d’autres sondages IFOP selon le commanditaire - NDLR). Est oublié le résultat d’un autre sondage récent IFOP-Fiducial pour  Sud-Radio  qui demandait aux habitants des villes taurines françaises si la corrida faisait partie intégrante de la culture des villes de tradition taurine et dont le résultat fut : Oui 78% Non 22% avec pour question subsidiaire celle de s’assurer si les personnes consultées avaient assisté à une corrida (une grande majorité > 80 à 90% y ayant assisté). Cette question primordiale n’avait pas été posée lors des sondages commandés par les anti-taurins, d’où les résultats tendancieux ou incomplets qui en découlent !

Pour tous les motifs exposés et contre-vérités de cette proposition de loi, nos représentants députés devront s’opposer, le 24 novembre prochain en séance plénière de l’Assemblée Nationale, à la loi Caron d’abolition de la corrida en France. Au nom de la liberté d’expression, au nom du respect des traditions, au nom du respect des minorités culturelles. L’Observatoire National de Cultures Taurines (ONCT), l’Union des Villes taurines de France (UVTF), la Fédération des Sociétés Taurines de France (FSTF) et bien d’autres associations et clubs taurins ont émis des communiqués et dressé des argumentaires pour mobiliser leurs adhérents et les inviter à contacter leurs élus locaux pour leur exposer les raisons pour lesquelles la corrida doit être défendue.

A ce propos, il convient de rappeler qui est Aymeric Caron pour avoir promu la proposition de loi d’abolition de la corrida et de, pour cela, demander la modification du titre II du livre V du Code Pénal et supprimer de la loi antérieure la mention : « exception faite aux courses de taureaux lorsqu’une tradition locale ininterrompue peut être invoquée ». Bien connu des téléspectateurs, Aymeric Caron est journaliste, fut grand reporter et sur le plan politique se déclare « anti-libéralécologiste et antispéciste ». Cette dernière étiquette nous ramène à son hostilité et aversion  envers la corrida car il est un défenseur de la cause animale et du véganisme.  Par ses écrits et ses actions,  il  milite contre l’exploitation animale (associé aux campagnes violentes de L214) et prône l’interdiction progressive de la consommation de viande. De fait, son engagement politique et rattachement à La France Insoumise (LFI-NUPES) le conduit à se présenter à la députation  pour la 18ème circonscription de Paris. Il est élu avec  51,6 des suffrages depuis juin 2022. Il va sans dire que cette élection et promotion de la loi qui nous occupe va bien au-delà de l’abolition de la corrida qui constitue  comme chacun le sait un sujet-phare, visible et sensible. La question est la diffusion de l’idéologie antispéciste qui met à égalité en droits les humains et animaux « non humains ». Notre civilisation jusqu’à maintenant spéciste, centrée sur la prévalence de l’homme sur la nature, animaux compris, pourrait être mise à mal et se verrait dégradée si ce mouvement antispéciste, antihumaniste se développait. Notre relation avec les espèces animales serait totalement modifiée et nos vies d’humains, la nature qui nous entoure, seraient alors soumises à la dictature de ceux qui rabaisseraient le genre humain à celui des animaux dont les droits réduiraient les nôtres. Les végans, dont se réclame Aymeric Caron, représentent selon des estimations récentes tout juste 2% de la population française et méditerranéenne. Ils représentent une minorité qui a le droit d’exister bien évidemment. Pourquoi les aficionados à la course de taureaux qui représentent aussi une minorité en France devraient être privés de leur culture sous le fallacieux prétexte d’une « culture barbare » ? Devrait-on attaquer les végans qui veulent obliger nos enfants à ne plus manger ni viande ni poisson dans les cantines des écoles (exemple de Grenoble) et ne les nourrir que de protéines végétales ? Autant de questions qui découlent de cette loi abolitionniste et culturicide ? Notre obligation est de lutter, de militer pour que cette proposition de loi liberticide soit repoussée.

Georges Marcillac

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