Madrid – 12 octobre 2021 – Un tonitruant succès de Ginés Marín et le sceau de Morante, faits marquants de la dernière de la Feria d’automne

La corrida de clôture de la (courte) saison taurine de Las Ventas a réservé bien des surprises : une mansada de Alcurrucén et un grand triomphe de Ginés Marín, au 6ème, qui éclipsait le succès de Morante de la Puebla au 1er. En effet les toros de Alcurrucén, tant prisés à Madrid, étaient sur le point de gâcher cette après-midi de grande ambiance, l’hymne en ce jour de Fête Nationale, le beau temps et la présence de Morante de la Puebla, à Madrid, auréolé de tant d’exploits tout au long de cette atypique saison. L’accompagnaient Alberto López Simón et Ginés Marín, relégués au fond de l’escalafón et dont les mérites n’étaient pas ou plus  reconnus. La réduction du nombre de corridas programmées, seulement à partir de juillet, ne laissaient pas de place à ces deux matadors… Et pourtant…

Ginés Marín qui avait toréé avec intelligence un toro, le 3ème, pas trop facile et sans force, touchait le 6ème qui semblait une copie conforme des précédents : coureur, il se freinait dans les capes ou fuyait, chargeait le cheval et sortant, suelto, de chaque rencontre, ne facilitant en aucune manière le travail des banderilleros (une paire à la sauvette face au T4 !). Un manso. Et soudain, Ginés Marín décidait de sortir le toro au-delà des lignes face au T6 et l’entreprenait dans deux surprenantes séries de derechazos, longs et remate du pase del desprecio. De manso ce toro s’était transformé en un parfait collaborateur, qui répondait et répétait ses charges avec transmission, bien conduit dans une muleta dominatrice. Un grand toro si on oubliait son comportement du début. La suite, par différentes séries sur la gauche, se déroulait dans une symphonie de naturelles, liées, rythmées accompagnées des olés, ceux de Madrid que les matadors, auxquels ils sont dédiés, ne peuvent oublier. La dernière série de la droite avec un changement de main énorme, continu de presque 360 ˚ soulevait le public. Inspiré, Ginés Marín avait subjugué ce public, conquis, qui laissait exploser son enthousiasme après une grande estocade. Les deux oreilles étaient accordées sans discussion.

                        

Et Morante me direz-vous ? Sans atteindre les sommets, Juan Antonio Morante Camacho, de  La Puebla del Río (Séville) régalait ses partisans… et les autres, avec les premières véroniques et après des capotazos de tanteo, jambes fléchies, à un toro qui se déplaçait avec précaution, sans codicia. Le maestro se chargeait de mettre le toro en suerte pour les piques, se permettait le luxe d’une nouvelle série de véroniques et aussi, pour la deuxième, amener le toro par un galleo de  frente por detras ou tapatías marchées. Pure signature « morantiste ». Le toro se déplaçait bien au tercio de banderilles et la torería de Morante était patente pour le début de la faena de muleta par des passes aidées par le haut et deux passes par le bas, de la gauche, de châtiment. Ensuite, comme le toro n’avait a priori ni la qualité de charge, ni la bravoure suffisante, les séries de passes des deux côtés manquaient de continuité mais la position, le tracé, la torería du maître ravissaient : silence respectueux avant chaque série et les olés pour chaque passe. L’estocade entière avait l’efficacité nécessaire pour que l’ensemble fût récompensé d’une oreille. Morante essayait de faire passer le manso 4ème, dans la muleta, peine perdue. Deux pinchazos et un silence respectueux ponctuaient cette dernière prestation de Morante de la Puebla. On devra retenir la competencia de deux artistes à la cape: le quite de Morante au 3ème  par chicuelinas et une demi-véronique de rêve auquel Ginés Marín répondait aussi par chicuelinas et demi-véronique. Chacun son style, le tout grandement fêté par les aficionados.

                                

Le bilan de cette corrida réduisait Alberto López Simón, au rôle de comparse face aux succès de ses compagnons de cartel. Il recevait par des véroniques bien meilleures que ne le lui permettait le 2ème d’Alcurrucén, manso aussi, fuyant ensuite le picador titulaire mais recevant une pique du picador réserve. Le deuxième tiers confirmait la mauvaise condition du toro. Le brindis au public n’avait d’autre signification qu’une marque de reconnaissance envers le  public de Madrid car le toro n’en valait la peine. Au centre de la piste, ALS se plaçait pour une statuaire et le toro le cueillait de plein fouet et le secouait au sol. Plus de peur (du public) que de mal (le torero, seul peut le dire) et ALS  reprenait le combat pour des derechazos, côté  de la corne qui l’avait accroché. Le toro n’ « humiliait » pas, le torero se croisait, restait placé pour enchaîner les passes pour des charges pas très claires. Le toro finissait avisado de la corne gauche. La fin de faena n’avait pas beaucoup de sens. Heureusement, l’estocade était en bonne place. Les charges à la cape du 5ème ne présageaient rien de bon. L’alcurrucén ne s’employait pas sous la pique et négligeait les capes à la sortie de chaque rencontre. Deux séries de derechazos liés n’avaient aucun retentissement ni sur le public ni sur le toro qui finissait par s’arrêter. L’insistance à toréer impatientait le public… Estocade un peu tombée.

Morante de La Puebla : un oreille ; silence. Alberto López Simón : saluts ; silence. Ginés Marín : saluts ; deux oreilles et sortie a hombros. Des cuadrillas : José Chacón de celle d’Alberto López Simón était distingué à la brega et saluait après les banderilles au 5ème. La plupart des toros, cinqueños sauf le 2ème, étaient sifflés à l’arrastre.

Georges Marcillac

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