Madrid – 2 octobre 2015 – Nouvelle “Puerta Grande” pour Alberto López Simón et blessure. Georges Marcillac.

Hormis le nouveau triomphe de López Simon, il est à déplorer le lamentable comportement des toros de Puerto de San Lorenzo, sans trop de force, sans caste, qui ruinèrent les vains efforts de Diego Urdiales d’abord et poussèrent à l’extrême l’intrépidité du torero de Barajas qui ne pouvait laisser échapper, coûte que coûte, un nouveau succès à Madrid.

Des chiqueros sortait le deuxième du « Puerto » sous les protestations du public, vareado, d’apparence maigrichonne malgré le poids affiché de 527 kg. Difficile de fixer, suelto et manseando, il fléchissait des antérieurs sous la première pique et prenait la seconde sans pousser. Le début de faena confirmait cette attitude jusqu’à une bonne série au-delà des lignes face au Tendido 7. Après cela le toro fuyait et dans les passes suivantes survenait la cogida dans une charge décomposée il délaissant la muleta pour planter sa corne à la face postérieure de la cuisse gauche de López Simón. Visiblement touché, il poursuivait néanmoins sa faena par deux séries, une à droite, l’autre à gauche avant de porter un pinchazo et une estocade entière. Sous l’émotion, le public demandait l’oreille qu’Alberto recevait avant de passer à l’infirmerie. Il réapparaissait au 5ème ! Il parcourait à pas lent tout le diamètre de la piste jusqu’au burladero des cuadrillas et devait répondre à l’ovation. Cette attitude, empreinte de dramatisme et sens du spectacle, cet ensimismamiento (*) exagéré ne furent pas du goût de certains aficionados… Ce toro, lui aussi sans fixité, fuyant capes et cavalerie, était superbement toréé par Domingo Siro dans sa brega pour l’emmener enfin au cheval supplantant López Simón physiquement diminué. La faena courte fut le sommet de l’après-midi, le toro fixé par miracle. Trois séries de la droite, templées, extraordinaire la troisième, le torero hiératique et courant la main sans forcer la figure, déclenchaient d’énormes ovations. La fuite en avant du manso obligeait López Simón à terminer la faena dans le terrain du toril et porter une estocade entière al encuentro fulgurante. Les tendidos se couvraient de blanc- à Madrid on va aux arènes avec un mouchoir blanc… – l’oreille était accordée et la deuxième logiquement non concédée malgré l’insistance du public enthousiaste. La sortie en hombros était assurée mais il restait le sixième toro. Celui-ci, paraissait le meilleur du lot, il allait directement aux burladeros et donnait de la corne dans le bois. Hélas, avant même d’entrer dans la muleta de López Simón, il se brisait la patte avant droite au-dessus du sabot, il ne restait plus qu’à mettre fin à ce désagréable accident en portant le descabello.
Une dernière observation : Alberto López Simón est le torero révélation de la saison, il paye de sa personne – blessures à Madrid et Albacete et quelques volteretas – son toreo émouvant, différent de celui à la mode et pratiqué par les figures du moment, sans tricherie mais aussi sens du spectacle, attire un large public aficionado ou non. Il est d’une certaine façon un révulsif pour la fiesta, tombée ces temps-ci, dans la monotonie et le conformisme.
Un autre torero – et c’était tout l’intérêt de ce mano a mano – Diego Urdiales ne put exposer son toreo classique et lui aussi de grande valeur devant des toros qui ne lui laissèrent aucune chance. Il ne parut pas s’adapter à son premier, gêné par le vent il est vrai. Beaucoup d’accrochages de muleta en fins de passes, le toro sortant de la suerte ou s’arrêtant. Le 3ème ne valait guère mieux et les tentatives de le garder dans la muleta en templant la charge furent vaines. Le 4ème était renvoyé au corrales atteint d’une boiterie et faiblesse de l’arrière train et remplacé par un toro de Valdefresno, sans caste, sans force, lui aussi vacillant et envoyé « ad patres » par une bonne estocade.
Domingo Siro, déjà cité, et Vicente Osuna aux banderilles, les deux de la cuadrilla d’Alberto López Simón, recevaient de très fortes ovations.
(*) attitude d’être absorbé par des pensées. Plus trivialement « se regarder le nombril ». Pardon !
Diego Urdiales : silence ; applaudissements et sifflets ; silence. Alberto López Simon : une oreille ; une oreille ; silence.
Georges Marcillac

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