Madrid 21 avril 2019 – Ce n’est pas la faute du vent…

En effet, le vent aurait pu anéantir tous les espoirs mis dans cette corrida de Pâques au vu du cartel annoncé en ce jour de référence dans la saison madrilène. Mais le froid assorti au vent et ciel couvert n’avait amené à Las Ventas que les mordus et les supporters de Juan Ortega récompensé de sa prestation du 15 août l’an dernier. David Galván et Pablo Aguado auxquels la empresa se devait de leur donner une chance après leurs promesses de la saison passée. Le résultat maussade – en plus du temps – de cette corrida est à mettre au compte des Toros de El Torero qui, eux, visiblement ne participaient pas à la fête espérée et compliquaient la tâche des trois vedettes montantes. De physiques et poids variés, deux seuls toros, le 2ème et 6ème eurent le caractère en accord avec leurs belles hechuras. Le dernier demandait à être toréé, « lidié » car son tempérament était tel que ses charges brusques ne furent pas canalisées pour une faena qui finalement tournait court. Ces deux toros avaient un bon comportement aux piques sans subir un châtiment exagéré bien que le celui échu à Juan Ortega se vidait sous le cheval. Quatre toros du lot avaient les cinq ans bien sonnés car nés entre octobre et novembre 2013. Le plus «jeune» des cuatreños  pesait 650 kg.! Le 4ème aurait dû être renvoyé aux corrales pour sa faiblesse – mauvais point à un nouveau président – et le 5ème, lui, repartait avec les cabestros , remplacé par un sobrero de Lagunajanda cinqueño de 586 kg qui devait les faire à son arrivée à Las Ventas mais ne paraissait plus les avoir en piste.

David Galván, de San Fernando (Cadix), face à un toro sans transmission, égrenait des passes parfois de bonne facture mais les pertes d’équilibre répétées du toro ne permettait aucune série bien terminée et lorsque la muleta à mi-hauteur le maintenait sur pattes, tantôt il s’arrêtait à moitié passe, tantôt il s’arrêtait complètement. Deux pinchazos et une estocade expédiaient ce toro dont le poids excessif avait réduit un déplacement sans histoire. Le 4ème que le président n’avait pas voulu changer après des chutes répétées avant et après les piques, avait toutefois un comportement qui montrait une certaine qualité de charge dans une ultime série de naturelles… Un pinchazo et une estocade un peu tombée légèrement croisée en terminaient avec cette faena frustrée par l’incompétence présidentielle.

Juan Ortega, un cordouan d’adoption soutenu par une claque qui avait fait le déplacement depuis la cité des Califes, nous régalait d’un quite par de belles véroniques, au ralenti , à son  toro de El Torero et sa faena était une suite de passes de bonne qualité, des doblones « templés » d’abord pour continuer par des derechazos courts, des naturelles une à une, malheureusement sans ligazón car le toro, juste de  force, ne le permettait pas. Le style était classique, sans à-coups, le placement dans le terrain du toro, les ovations fusaient des gradins qui en voulaient plus mais ce n’était pas possible. Une estocade lente mais basse, assortie de l’avis, ne méritait pas l’excès de demande de l’oreille, le public obtenant malgré tout la vuelta al ruedo. Au sobrero, Juan Ortega, ne pouvait rien faire, car après l’illusion d’une charge répétée à la cape, ce toro se désunissait après les banderilles et, à la muleta, il avait des retours courts en fin ou bien des arrêts à moitié de passes. La mise à mort était laborieuse.

                    

Pablo Aguado, de Séville, touchait en premier un toro jabonero, au physique ingrat, cornes large ouvertes qui, sans être trop piqué, gardait sa vivacité et un perpétuel mouvement qui rendait difficile le contrôle de ses charges, la tête à mi-hauteur. D’ailleurs, à l’amorce une passe de poitrine, le toro n’obéissait pas au leurre et envoyait le torero en l’air – un magnifique soleil – sans coup de corne heureusement. Beaucoup de passes mais rien de notable avec ce matériel malcommode, dont mobilité cachait sans doute une pointe de mansedumbre. Le dernier, un joli exemplaire de 576 kg. de nom «Republicano», mettait les reins pour pousser sous le fer des deux piques après un bel élan. Son excès de bravoure se transformait en brusquerie – bronquedad –  en charges violentes que ne sut pas tempérer Pablo Aguado qui devait se replacer pour refaire passer le toro dans la muleta. Il concluait avec une estocade entière, un peu basse, portée avec décision.

David Galván : légers applaudissements ; silence. Juan Ortega : un avis et vuelta ; deux avis et silence. Pablo Aguado : silence ; un avis et silence. Un tiers d’arène. Vent persistant et froid: 12ºC.

Georges Marcillac

Ce contenu a été publié dans Général, Georges Marcillac Escritos, Madrid. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.