Madrid 25 mai 2018 – 18ème de Feria – Pluie d’orage et d’oreilles à Las Ventas. La Puerta Grande pour Alejandro Talavante et Alberto López Simón.

Pour la troisième fois cette semaine les éléments climatologiques sont venus perturber la corrida du jour qui annonçait un des cartels des plus attrayants de la San Isidro par l’incorporation d’Alejandro Talavante en substitution de Paco Ureña, blessé, obligé à déclarer forfait; «Juan Bautista» et Alberto López Simón et des toros de Nuñez del Cuvillo, pour la deuxième fois de la feria, complétaient l’affiche qui avait attiré 22.636 spectateurs, selon Plaza 1. La pluie faisait son apparition dès la sortie du premier toro, s’arrêtait, et reprenait de plus belle jusqu’à la fin de la course à partir du quatrième. La piste se trouvait copieusement inondée sous les trombes d’eau et la course fut sur le point d’être arrêtée. Donc, grand mérite aux trois matadors. Par ailleurs, on peut estimer que ces conditions climatologiques marquaient non seulement le déroulement des faenas des toreros, Juan Bautista en étant la première victime, mais aussi l’humeur du public et son influence sur les décisions du président. Sans doute, en d’autres occasions, autant d’oreilles n’auraient pas été coupées…

Les toros de Nuñez del Cuvillo étaient inégalement présentés et de comportements nobles pour la plupart, le 1er de 620 kg se traînait sans jus et le 6ème de 594 kg tenait bon, le 3ème devait être remplacé par un sobrero de Conde de Mayalde dont «Tito» Sandoval soutenait la charge et les secousses contre le peto lors de la première rencontre. En général, le tercio de piques se déroulait sans problème et surtout sans trop forcer sur les toros qui dans l’ensemble donnaient suffisamment de jeu à la muleta.

Le premier de Nuñez del Cuvillo, de 620 kg, poids exagéré pour un toro de cet élevage, traînait sa carcasse sans passer dans la cape de Juan Bautista et se déplaçait mollement dans la muleta de telle sorte que le public, plus attentif à ouvrir son parapluie ou enfiler son poncho ne s’intéressait en aucune manière au labeur froid et appliqué de notre compatriote qui, en désespoir de cause, plaçait une épée un peu verticale, efficace. Sous un déluge continu se déroulait la deuxième faena durant laquelle Juan Bautista profitait de la mobilité du toro dont il prenait la mesure et améliorait la charge pour dessiner les meilleures séries, avec temple et élégance, sur la fin. Le toro n’ «humiliait pas», mais la dernière tanda de naturelles couronnait une faena qui méritait un prix… Hélas, la tentative de mise à mort a recibir échouait en un pinchazo. Le deuxième essai fut le bon et la pétition d’oreille était insuffisante, beaucoup de spectateurs ayant d’ailleurs abandonné leurs places.

Alejandro Talavante sans passer son premier toro à la cape débutait sa faena en le citant de loin pour lui appliquer un trio de doblones, genou en terre, pour ensuite, debout, lier un changement de main, donc à gauche, et une première passe de poitrine. Cette entame surprenait car le toro n’avait montré jusqu’alors ni la course ni la fixité mises en évidence dans ce premier contact avec la muleta,  maniée avec facilité, temple. D’autres naturelles pieds joints et un molinete invertido en remate, un changement de main éternel, en redondo, et souveraine passe du mépris, tels étaient les éléments d’une faena, pausée, limpide avec ses détails d’adornos. L’estocade en deux temps, pour bien en assurer l’efficacité, déclenchait une demande majoritaire d’oreille, prolongée par l’attribution de la segonde.

             

Dans la piste embourbée et l’averse continue, le 5ème Cuvillo ne passait pas à la cape. Après un tercio de varas sans complication et celui de banderilles à la sauvette compte tenu de l’état de la piste, Alejandro Talavante sans préparation réalisait une première série de derechazos. Le meilleur venait sur la gauche, des naturelles incroyables dans leur tracé – pourtant combien devait peser la muleta trempée et chargée de boue – un molinete et passe de poitrine liés! Sur la droite, le toro semblait accuser son effort, s’arrêtait à moitié passe mais le maestro maintenait sa position – aguante – et d’un nouveau toque complétait la passe. L’oreille était perdue par une mise à mort défectueuse par demi-estocade, un pinchazo et enfin une entière tendida. La sortie a hombros était néanmoins gagnée.

Alberto López Simón, avec le sobrero de Conde de Mayalde, un cinqueño, haut sur pattes de 600 kg,  allait reconquérir l’afición madrilène après sa baisse de régime de l’an passé. La sortie de ce toro n’était pas encourageante: peu intéressé par les capes, il se tenait au centre du ruedo ou bien tirait vers le toril. ALS débutait sa faena, au tercio, pieds joints par des passes hautes, le toro sortant de la suerte comme il allait le faire lorsqu’il avait en point de mire la porte des chiqueros… ou bien pliait les pattes avant… Cela n’empêchait pas Alberto de lui donner des passes suaves, sans trop le forcer, pour ensuite le garder plus sûrement dans la muleta. Au cours d’un changement de main, le toro le cueillait étant secoué et piétiné au sol. Il reprenait la série interrompue et se profilait pour la mise à mort. Se jetant sur le garrot, sans esquiver la corne, il était soulevé et gratifié d’un soleil et atterrissage sur les reins. L’épée était enfoncée et le toro après quelques pas tombait. La demande d’oreille, unanime et accordée, récompensait sinon l’œuvre accomplie au moins le courage du torero après ses deux cogidas. Après un passage à l’infirmerie, ALS décidait de reprendre sa place et tenter l’impossible : sortir par la Grande Porte. Pour cela, il lui fallait affronter un toro jabonero sucio, volumineux, cornes large ouvertes qui par bonheur était mobile et baissait la tête dans la muleta. Au début court dans sa charge dans les doblones, il permettait par la suite des séries des deux mains dont une de la main gauche, naturelles donc, avec molinete en remate et la passe de poitrine le tout parfaitement lié. Les passes étaient exécutées sans accrochages de muleta, le toro idéalement conduit pour la répétition. L’estocade  entière était portée avec lenteur et d’effet radical. La pétition d’oreille du public clairsemé, mouillé, mais heureux était accordée. Le pari tenu était exaucé.

« Juan Bautista » : silence ; ovation et saluts. Alejandro talavante : deux oreilles ; saluts. Alberto López Simón : une oreille ; une oreille.

Georges Marcillac

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