Madrid 28 mai – 21ème de Feria – Une oreille pour “Román » avec un très bon toro de Luis Algarra.

Un incident informatique ne nous a pas permis de mettre en ligne en temps voulu la chronique de la corrida du 28 mai. Néanmoins, nous l'incorporos aujord'hui avec plus d'un jour de retard. Nous vous prions de m'en excuser. GCM

La corrida de Luis Algarra réservait une surprise dès la sortie du premier toro pour « Román » qui jusqu’à ce jour pourrait être considéré le meilleur de la feria. Malheureusement les suivants n’exhibaient pas les mêmes qualités avec lesquelles durent se résigner de combattre les deux autres matadors de l’affiche : Gonzalo Caballero et David de Miranda. La présentation des toros était sensiblement différente de celle des mastodontes des jours précédents malgré leurs cinq ans passés et poids respectables qu’ils ne paraissaient pas porter. Ce toro de nom « Retozón » de 563 kg né en octobre 2016 de bonnes hechuras, acucharado de cornes, entrait dans la cape de « Román » allait au cheval d’une bonne charge. Sous le choc le picador Santiago Morales était sur le point d’être désarçonner mais finissait par être victime d’une chute monumentale, le cheval ayant été soulevé par le poitrail… À la rencontre suivante, la puya était bien pointée, un peu en arrière, mais le président, pressé, ordonnait le changement... Dommage. Ce toro n’était donc que peu piqué mais à la sortie du tercio de varas,  on devinait qu’il cherchait la bagarre par sa fijeza et son attention sur tout ce qui bougeait en particulier aux banderilles. Malgré quelque grattage de sol et velléité à s’échapper de la muleta en fin de faena, ce toro devrait être crédité d’une bonne note.

« Román » héritait donc de premier bon toro et le recevait par des véroniques en semi-génuflexion sans résultat qu’il compensait par une meilleure position au-delà des lignes profitant, dans ce terrain, d’une charge « templée », le toro  mettait bien la tête dans la cape. Román profitait de l’allure et du tranco du toro pour le « citer » de loin sur la droite en début de faena pour ensuite améliorer sa position et trajectoire du toro  lors de la deuxième série sur ce côté. Les naturelles et la passe de poitrine étaient de la même veine c’est-à-dire réalisées avec sincérité et bonne technique mais sans cette note artistique que l’on aurait pu attendre du torero avec un tel toro. Román terminait son trasteo en conservant « Retozón » dans la muleta lorsque celui-ci donnait des signes d’abandon de combat et par des bernadinas, serrées, le toro ayant conservé toute sa vivacité. Une estocade et un descabello mettaient un point final à la faena. L’oreille était sollicitée et…. accordée. Le 4ème lançait ses pattes en avant dans les premiers capotazos et ne montrait que peu d’intérêt dans son combat sous la pique, sans être vraiment piqué au deuxième contact. Il sortait en projetant sa tête en l’air et recevait deux belles paires banderilles de la part de José Chacón. Le brindis au public était accompagné d’une diana floreada, solo de trompette joué par l’ex-matador valencien Antonio Ruiz « El Soro » depuis sa place dans le public, sifflé… par les ignorants à l’occasion irrespectueux envers l’ancien matador. (Román et « El Soro » sont tous deux de Valencia, et parfois, pour signaler ou inviter l’imminence d’une bonne faena, ce solo de trompette est traditionnel. NDLR) C’est dans la muleta que ce toro se révélait très combattif, chargeant avec force et rapidité, désordonné, étant la cause d’un début de faena embrouillé. Il était difficile de tempérer cette charge mais Román faisait face. Essentiellement sur la droite la faena accélérée pouvait marquer les esprits par l’émotion que transmettait le genio de ce toro qui d’ailleurs accrochait de la corne droite le bas de la jambe de Román et lui infligeait une cornada que l’on remarquait seulement durant la vuelta qu’il effectuait après une estocade verticale, delantera qui roulait le toro. L’oreille avait été demandée par le public sans doute impressionné par ces deux circonstances.

                          

Gonzalo Caballero échappait miraculeusement, d’entrée, à un accident grave contre la barrière du Tendido 10 : le toro dès le premier capotazo se freinait et dans le suivant, ne lui donnait aucune chance d’échapper à une charge qui le déstabilisait, le soulevait et le coinçait au pied de la barrière ! Après cette effrayante péripétie, le toro livrait un combat brutal, le picador soutenait la charge et évitait la chute, la deuxième pique était poussée avec les reins. Après cela, de nouveau Fernando Sánchez se distinguait aux banderilles mais à la muleta, le toro « doutait », se réservait. Les passes, de plus en plus courtes, Gonzalo Caballero ne semblait pas à l’aise. A la mise à mort, la première épée sortait sur le flanc gauche, la deuxième entière suffisait… le matador s’était profilé fuera de cacho… Le 5ème, très armé, de 569 kg,  après un début hésitant dans la cape, donnait de la tête pans le peto et protestait sous la pique. Dans la muleta, il chargeait « humilié » avec qualité mais terminait en relevant la tête. Une bonne série de la droite était suivie d’une de la gauche, passes une à une… Le peu de sécurité du matador à la mise à mort se traduisait par beaucoup d’indécision pour la mise en suerte et les pinchazos qui suivaient.

David de Miranda est un torero qui a certes des qualités mais qui n’a pu les montrer que par intermittence, intervenant dans des quites à la cape, varié et élégant, par des véroniques « templées » au 3ème, par tafalleras et gaonera au 5ème, par chicuelinas au 6èm. À la muleta, il entrait en matière par des statuaires et « cites » lointains au 3ème, par un péndulo au 6ème mais son sens du temple, ne trouvait aucune réponse de la part de ses deux opposants, l’un plutôt sans force, l’autre d’une noblesse désespérante qui eut pour conséquence d’ennuyer le public, sans doute pressé d’assister à la finale de la Champions League…. A revoir avec d’autre matériel.

« Román » Collado : un avis et une oreille ; vuelta. Gonzalo Caballero : ovation ?; un avis et silence. David de Miranda: silence; un avis et silence. José Chacón, Fernando Sánchez et Raúl Ruiz se distinguaient aux banderilles. Fernando Sánchez remplaçait Jesús Arruga de la cuadrilla de David de Miranda, qui avait perdu pied au sortir d’une paire de banderilles et chutait près des barrières : possible fracture de l’épaule droite et lésion de la cuisse gauche. Gonzalo Caballero lui aussi, possible lésion du ménisque du genou droit. Román était opéré d’une cornada de 15 cm d’extension au mollet de la jambe droite.

Georges Marcillac

Photos d'après Mundotoro

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