Madrid Las Ventas 4 juillet 2021 – Consécration absolue d’Emilio de Justo (3 oreilles) – Antonio Ferrera improductif.

La Corrida de la Culture a finalement répondu à l’annonce d’une corrida extraordinaire et le no-hay-billetes était affiché dès la veille pour un cartel attractif. Des toros de Victoriano del Río seraient combattus par Antonio Ferrera et Emilo de Justo en mano a mano. Les toros de Guadalix de la Sierra (Madrid) sont une valeur sure et la famille del Río avait rassemblé des exemplaires, qui auraient eu six ans les mois d’août et septembre prochains ; ils étaient d’une présentation exemplaire parfois même exagérée car certains étaient pourvus d’armures démesurées – cornivueltos certains – en opposition à leur trapío et corpulence irréprochables. Des toros dont le jeu varié permettaient à Emilio de Justo d’affirmer sa volonté de franchir les marches qui doivent le hisser au statut de figura. Quant à Antonio Ferrera, il ne pouvait déployer son art baroque et tendait même à ennuyer par des poses et atermoiements pour distiller des suertes à contre-sens. « Duende » le toro sorti en quatrième position, nº101, né en septembre 2015, de poids 551 kg, était primé de la vuelta al ruedo sans qu’elle fut amplement méritée car un comportement aux piques presque négatif était corrigé, ensuite et heureusement, par une vivacité et qualités de charge exemplaires à la muleta.

Emilio de Justo accueillait « Duende» par des véroniques qui ne le fixaient pas. Sous le cheval ce toro entrait en poussant par à-coups sans montrer une bravoure excessive. Sans défauts apparents, il mettait en déroute la cuadrilla aux banderilles – sept banderilles parsemèrent le sable de l’arène pour les quatre règlementaires finalement placées !! Selon le schéma classique de ses faenas – trois passes et la passe de poitrine – Emilio débutait par des doblones, plus longs sur la corne droite et retours plus courts sur la gauche, pour ensuite enchaîner avec des séries de derechazos, vibrants, liés, muleta baissée.  Les naturelles sont moins parfaites, terminées par un léger derrote à la sortie. La reprise sur le côté droit se révélait être le sommet de la faena  car en deux passes la charge du toro était ralentie, duende du torero face à « Duende » qui répondait à merveille aux cites (à la voix) aux naturelles de la droite (sans l’aide de l’épée), pieds joints terminés par la passe de poitrine. L’estocade décisive était portée avec décision, entrant droit en sautant. Les deux oreilles étaient concédées et sorti le mouchoir bleu pour le prix au toro. Le 2ème, ouvert de cornes et plus court sur pattes, passait dans la cape d’Emilio de Justo sans s’y fixer pour être stoppé dans sa course au centre du ruedo par des chicuelinas sèches. Ce toro ne se déplaçait pas aux banderilles, les banderilleros plantaient les garapullos sans course… A la muleta, le toro passait très décollé, à sa guise. Sur la gauche, les naturelles dessinées, cette fois avec mando et temple, élevaient le niveau mais la série suivante était moins compacte, le toro tirait un derrote en fin de passe. Le retour sur la corne droite permettait de terminer la faena  par une nouvelle série vibrante et l’estocade engagée, desprendida, valait l’oreille.

                             

Le dernier, un colorado, ojo de perdiz, affublé d’une immense encornure, n’augurait rien de bon et affichait sa mansedumbre, fuyait la cape, s’en allait au picador réserve et sortait suelto et finalement recevait une pique du picador titulaire, assortie de la carioca. On augurait rien de bon pour la faena, ceci sans compter sur la détermination d’Emilio de Justo qui, après les doblones de fixation, décidait de toréer sur la gauche et réussissait deux séries de naurelles extraordinaires acclamées par le public, debout, de même que pour une grande série de derechazos, du temple dans la muleta, du rythme dans la charge du toro qui finalement, réduit par le torero, faisait émerger un fond de classe propre à sa race. Une oreille, méritée, était perdue par une estocade un peu tombée assortie de quelques descabellos.

Antonio Ferrera  ouvrait cette corrida avec un Toro de Cortés (Idem victorianos-del-río) impressionnant à sa sortie, au pas, défiant de ses cornes portées haut. Il va au picador et sort seul d’un picotazo, l’opération se répète à la deuxième rencontre. A ce moment, Antonio Ferrera ordonnait à son picador de se placer au centre de la piste – sifflets, protestations des orthodoxes et autres… –  pour enfin recevoir une vraie charge du toro, parti des barrières, et piquer comme il se doit pour enfin être applaudi, à juste titre. Le quite qui suivait en frente por detras et  chicuelina  remettait le toro en position pour une nouvelle pique dont il sortait à nouveau suelto. La faena de muleta se déroulait avec des hauts et des bas mais avec maîtrise dans un style particulier, forçant le toro à répéter les charges, des deux côtés. Antonio Ferrera, comme est désormais son habitude, se plaçait à 15-20 mètres du toro pour une estocade al encuentro, portée au pas… l’épée atravesada ressortait sur le flanc ; une deuxième très basse, et sonnait un avis… Ainsi se terminait un exercice qui se voulait sinon original – il ne l’est plus – et qui dessert son auteur. Le 3ème, un burraco de belle prestance, entrait la tête basse dans le peto et le picador appuyait exagérément la puya (protestations). Le tercio de banderilles s’éternisait et Fernando Sánchez devait compenser les lacunes de Manuel Montoliú. La faena, elle aussi, finissait par ennuyer le public. La raison en était les attitudes doctes du maestro pour réaliser des passes lentes, «templées» mais inutiles à ce toro qui  chargeait désintéressé et qui terminait arrêté. Beaucoup de temps morts, d’essais et ennui général. La répétition de la mise à mort al encuentro avec 20 mètres d’élan exaspéraient l’assistance. L’épée tombait «bien» et le toro aussi à la première. La présence du 5ème était marquée par deux grandes paires de banderilles placées par Antonio Chacón, après la suerte de varas, le toro s’ «endormant» sous la pique, et avant une faena d’Antonio Ferrera qui ne se centrait pas face aux charges brusques et arrêta consécutifs du toro. Plusieurs pinchazos et une demi-estocade mettaient fin à une prestation décevante, somme toute, pas toujours servie par des toros de médiocres qualités.

Antonio Ferrera : un avis et applaudissements ; division d’opinion ; silence. Emilio de Justo : une oreille ; deux oreilles ; saluts. Ovation au picador Aitor Sánchez (au 1er) et Antonio Chacón aux banderilles (au 5ème), tous deux de la cuadrilla d’Antonio Ferrera. 6.800 spectateurs. Entrée à guichets fermés.

Georges Marcillac

Photos d’après cultoro.com

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