Madrid Vistalegre – 20 mai 2021 – 8ème de feria – Miguel Ángel Perera et Paco Ureña coupent une oreille d’une corrida sans trop d’histoire.

L’affiche prévue de cette huitième corrida de San Isidro à Carabanchel était largement modifiée due à l’absence d’Antonio Ferrera pour désaccord économique avec la empresa Matilla et celle d’Emilio de Justo, qui devait remplacer le premier, mais qui se ressentait de sa cogida de Leganés. Daniel Luque entrait donc naturellement après son succès d’avant-hier et complétait le cartel annoncé avec Miguel Ángel Perera et Paco Ureña pour des toros de la famille García Jiménez (Olga, la mère et Hnos García Jiménez, les enfants) connue comme Casa Matilla, d’encaste d’origine Juan Pedro Domecq y Diez. Ces toros purent tromper et satisfaire certains spectateurs par leur physique – sauf le premier, maigrichon mais bien armé, cornivuelto – ou leurs cornes – sauf les 2ème et 5ème – ou leur comportement en piste, toujours en mouvement, jusqu’à la fin des faenas hormis le 6ème , manso. A quelques différences près, les toros permettaient des faenas, sans grand relief, dont les charges irrégulières face aux capes étaient corrigées à la muleta par des toreros aguerris, certains révélant un fond de noblesse sans classe. Pour ajouter à ces caractéristiques, un ajoutera que les cinq premiers recevaient un châtiment?? très dosé – c’est un euphémisme – (protestations) sauf le manso qui prenait deux piques, courtes, certes, chargeant par surprise le picador à son entrée en piste. Certains, malgré cela, montraient quelques faiblesses de pattes tout en ayant en général des charges «humiliées»  pour le grand bonheur des éleveurs et des toreros. Les six avaient les cinq ans bien sonnés sauf le 3ème, le plus jeune, né en mars 2015.

Miguel Ángel Perera est trop bien expérimenté pour laisser passer des toros qu’il réduisait facilement à la muleta, dans un style presque mécanique, souvent de profil et la muleta basse.  Le premier n’entrait pas très bien dans le leurre, avec un retour en virant sur les pattes avant, et cabeceo. Ce défaut était corrigé, la faena ne durait pas longtemps mais suffisamment pour voir, sur la fin, charger le toro correctement. MAP en profitait pour tirer des passes, mandando, jusqu’à une estocade qui roulait le toro sans puntilla. L’oreille était fortement demandée et accordée. Le 4ème, un joli burraco, chargeait les pattes en avant dans la cape de MAP, se «serrait» dans la cape de Curro Javier à la brega, mais ensuite cet inconvénient disparaissait pour faire place à des charges violentes au tanteo. Cette violence se maintenait durant la première moitié de faena, cela obligeait MAP à «perdre» des pas pour répéter les passes, terminées par un coup de tête final qui, à la longue ne trouvait plus son objectif. La deuxième moitié voyait enfin des séries liées, sans corriger la position, infatigable le toro. Le défaut de tête en fins de passes, des deux côtés, réapparaissait. La faena durait de telle sorte qu’aussitôt portée une estocade très en arrière sonnait un avis.

Paco Ureña se montrait décidé au cours de ses deux prestations et semblait très différent sinon d’humeur au moins de capacité pour toréer ses deux opposants. Le début à la cape au 2ème est varié mais classique, de bonnes véroniques avant que le toro ne s’échappe. Un quite bien enlevé par delantales après la pique. Le galop saccadé et continu du toro disparaissait après le deuxième tiers. La statuaire au centre la piste, suivie d’une passe par le bas étaient censées intéresser le toro et calmer son mouvement perpétuel… Paco Ureña se livrait dans un toreo spectaculaire, toro «humilié» aidant, il terminait les séries par des passes de poitrine ou de la firma en regardant les tendidos. La fin de faena, par doblones et un excellent natural, la muleta « morte », précédait une estocade desprendida. La première oreille était concédée et la deuxième fortement demandée sans résultat ce qui valait au président une bronca.

                      

Le 5ème, fléchissait souvent avant et après la pique, courte, mais bien exécutée par Pedro Itturalde. Curieusement, ce toro faible, trouvait des ressources, on ne sait comment, chargeait sans trop de continuité mais en « faisant l’avion » et répondait ainsi au trasteo exigeant de Paco Ureña. De ce fait, il s’autorisait à réaliser des naturelles fort estimables avec les remates déjà cités pour la galerie. L’estocade très tombée refroidissait l’atmosphère très favorable au matador.

Daniel Luque ne pouvait reproduire son succès du 18 mai car ses deux toros de caractères très différents ne lui permettaient pas de montrer ni son autorité ni les facettes artistiques de son toreo. Le 3ème, fléchissait des pattes antérieures, ne paraissait pas pousser du train arrière ce qui justifiait ses sorties de passes par un léger derrote. Sans continuité dans ses charges, il avait une qualité extraordinaire en contradiction avec ce qui précède : il « humiliait » tellement, le museau dans le sable, sans transmission. Ainsi, de nombreuses passes étaient données sans retentissement sur le publc. Le placement de l’épée, précis roulait le toro. Le 6ème, de course incessante et désordonnée, laissait deviner une mansedumbre qui se confirmait au tercio de piques et dans la muleta de Daniel Luque qui s’évertuait à poursuivre le toro pour lui servir quelque passe que ce dernier refusait. Enfin, ce toro curieusement appelé « Filosofo » il se dirigeait ostensiblement vers les barrières, appliquant une philosophie de non-violence… L’habileté du matador, mettait fin à la course poursuite de ce toro, couard et fuyard.

Miguel Ángel Perera : une oreille ; un avis et ovation. Paco Ureña : un oreille et forte pétition pour la seconde ; saluts. Daniel Luque : ovation ; silence. Curro Javier et Javier Ambel, tous deux de la cuadrilla de Miguel Ángel Perera saluaient après la pose des banderilles au 1er et 4ème respectivement. Ovation à Pedro Itturalde, picador, au 5ème. Une minute de silence était observée à la mémoire de Teodoro « Matilla » et les toros portaient une devise noire en signe de deuil.

Georges Marcillac

Photos d'après cultoro.com

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