Manifestations et réunions du monde taurin espagnol (suite)

Comme il était prévisible, les déclarations du 29 mai dernier du  ministre espagnol de la Culture et du Sport, José Manuel Rodríguez Uribes, ne pouvaient être entérinées sans réaction du monde taurin qui, dans sa majorité, les considérait trop vagues et incomplètes. On remarquait, toutefois un progrès : le mot tauromachie était prononcé. En conséquence, la mobilisation était générale et différentes organisations représentatives se réunissaient et sollicitaient de nouveaux rendez-vous avec les administrations locales et de l’Etat pour bien préciser les revendications et les points restés en suspens lors des rencontres précédentes.

Dimanche 21 juin, devant Las Ventas, l’afición madrilène était convoquée pour célébrer la dernière manifestation pour défendre le droit à la culture de la tauromachie sous le slogan #TambienSomosCultura. Cette manifestation bouclait toute la série des paseos dans les rues et places de plus de trente villes espagnoles pour exprimer la même revendication. Après les discours de Miguel Abellán, Directeur des Affaires Taurines de la CAM, de Gonzalo Caballero, matador de toros et de Carlos Ruiz Villasuso, directeur de mundotoro.com, David Casas, journaliste de Movistar Toros, en tant que maître des cérémonies, invitait les milliers d’aficionados présents à parcourir l’enceinte de Las Ventas – en respectant les règles de protection et de distance sociale – derrière la banderole LA TAUROMAQUIA ES CULTURA.

         

Cette banderole était soutenue tour à tour par un grand nombre de toreros en activité ou retirés, ganaderos, aficionados et représentants d’empresas taurines. Les trois orateurs lisaient un manifeste qui mettait l’accent sur le réveil de l’afición taurine après les attaques et insultes, le dénigrement, l’abandon et  absence d’attention de l’administration dont étaient victimes la tauromachie et le secteur de la société qui la pratique, qui en vit – et peut en mourir – économiquement et passionnément. La tauromachie représente « un patrimoine inaliénable de notre histoire (celle de l’Espagne et … de la France. NDLR) dans ce que nous sommes, que nous ressentons, un patrimoine unique, une espèce unique de la culture millénaire que nous défendons, protégé par la Constitution qui garantit la liberté et l’égalité ». La tauromachie est le peuple et c’est le peuple qui décide de sa culture. La dignité du peuple de los toros doit être défendue de nos jours plus qu’elle ne l’a été tout au long des siècles passés,  si besoin était, en rappelant que les rois, les papes et politiques de tous bords n’avaient pu venir à bout de l’exercice de la tauromachie et de ses traditions séculaires… En cette période de pandémie de la Covid-19, l’administration ne pouvait pas non plus oublier l’impact économique qu’elle représente et la quantité d’emplois qu’elle procure, son devoir étant de les reconnaître pour la dignité de ses acteurs et l’aide qui doit leur être apportée.

Le Comité de Crise  (voir mon article du 29 mai) se réunissait une nouvelle fois avec le ministre Rodríguez Uribes qui paraissait plus à l’écoute de ses revendications.  Il déclarait à Victorino Martín que dans la mesure du possible (état de la pandémie) pourrait reprendre l’organisation de spectacles taurins et que se réduiraient les exigences de capacité d’accueil et distance sociale des spectateurs dans les arènes bien que ces mesures restaient de la compétence des communautés autonomes. En ce qui concerne les aides aux artistes des différents secteurs de la culture, le décret du 5 mai n’excluait en aucune manière ceux du secteur taurin. Par ailleurs, l’obligation de voir le décret approuvé par le Congrès (Chambre des députés espagnols) avait conduit le ministre à « oublier » de nommer la tauromachie dans ses propositions… sous-entendu pour ne pas froisser la susceptibilité et le vote des groupes hostiles à la tauromachie… D’autre part, il semblerait que le rapprochement du ministre avec les «gens du toro » soit dû à la démarche du député socialiste du Guipuzkoa (Pays Basque), Eneko Andueza, aficionado actif et défenseur de la tauromachie de Saint Sébastien. De même, il était assuré que la loi sur le bien-être animal en préparation pour être présentée (à l’initiative de IU-Podemos) avant la fin de l’année sur le bureau du Congrès ne concernerait pas la tauromachie.

              

Différentes réunions en direct ou par vidéo-conférence était organisées entre le Comité de Crise et les présidences des communautés autonomes de Madrid, d’Andalousie, Estrémadure, Castille-La Manche, Navarre, etc. afin d’analyser la situation du secteur taurin, des mesures pour sa restructuration et le booster. La présidente de la CAM, Isabel Díaz Ayuso, reconnaissait que los toros représentaient 414 M€ et 50.000 emplois pour la région et que son administration apporterait son total appui au secteur en souhaitant qu’ait lieu la Feria d’automne en octobre prochain. Elle s’engageait à solliciter du Gouvernement la réduction de 21 à 4%  des taxes qui pèsent sur les ventes du toro de lidia et, ainsi, atténuer les effets de la pandémie sur l’arrêt total des programmations de corridas. En Andalousie, qui se prépare à célébrer un bon nombre de novilladas et corridas de toros à partir du mois de juillet, après le retour à la normalité et suppressions des restrictions dues à la pandémie, sera appliqué un règlement taurin temporaire jusqu’en 2021 (voir mon article du 29 mai), les charges administratives seront éliminées et les dépenses d’assurances réduites de 50%. Les cuadrillas seront au complet et les honoraires et droits d’image des subalternes seront rabaissés à 75% des quotas habituels. Il est important de souligner et de regretter à la fois, le problème commun à toutes les communautés autonomes et qui relève de leurs prérogatives : celui de flexibiliser les mesures sanitaires permettant l’organisation des spectacles taurin, donc d’assurer la protection du public toujours sous la menace, bien qu’amoindrie, du coronavirus. Là, on trouve une disparité affligeante de normes – inspirées du Bulletin Officiel de l’Etat – soit liée à l’incompétence des services sanitaires soit avec l’intention déguisée de rendre impossibles les novilladas ou corridas. Tout en gardant la distance minimum de 1,5 m entre deux spectateurs ou assignation de place, maintient du port du masque, selon les communautés, les 50, 60 ou 75 % de la capacité de l’arène ne devront pas être dépassés avec la condition subsidiaire de ne pas dépasser, non plus, les 800 ou 1000 spectateurs. Cette somme d’absurdités rend évidemment inviable tout spectacle taurin, y compris les «mineurs» que sont les novilladas sans picadors, creuset des futures générations de toreros. Il y a tout de même quelque espoir de revenir à des normes plus réalistes lorsque sera garantie la moindre dangerosité du coronavirus ou son contrôle tout en maintenant le minimum de précautions pour éviter une nouvelle propagation. Espoir donc de pouvoir reprendre le chemin des arènes dès le mois de septembre après les premières corridas-test des deux mois précédents. Suerte!

Georges Marcillac

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