Mont-de-Marsan 21 juillet 2019 – 5ème et dernière de Feria de La Madeleine – ¿Par qui le scandale arrive?

Cette dernière corrida de La Madeleine a été entachée d’un scandale dont les aficionados, à la sortie de Plumaçon, cherchaient qui pouvait bien en être responsable. L’objet du scandale était la présentation des toros de la prestigieuse ganadería de Victorino Martín. Ces toros prisés par les aficionados «toristes». Ces toros aux innombrables succès. Ces toros dont on célébrait au mois de mai dernier le centenaire et l’ancienneté à Madrid. Ces toros de l’encaste Albaserrada qui à eux seuls remplissent les arènes pour leur réputation de  bravoure, leur caste, leur couleur de robe cárdena, pour leurs hechuras si particulières. C’est sans doute pour tout cela que les arènes de Plumaçon enregistraient une très grande entrée et le scandale arrivait dès la sortie de «Buscaruidos» un toro plus que léger, cariavacado, dont l’encornure prétendait cacher le corps malingre qu’elle dominait. Les pertes d’équilibre durant la faena de muleta donnaient raison aux protestataires car ce corps chétif n’avait pu supporter l’épreuve des piques. Le 6èmevictorino était renvoyé aux corrales pour des chutes répétées en  recevant les premiers coups de cape et remplacé par un autre toro du même fer, « Bohonero » nº87 né en décembre 2014, encore moins présentable que le premier cité.  Les adjectifs manquent pour décrire l’ersatz d’animal cornu qui sortait du toril. Certains l’ont qualifié de terciado, les plus imaginatifs de «sardine»… Les protestations accompagnaient la suerte de varas – ¿pourquoi piquer un tel animal? -, ainsi que la faena de Juan Leal, qui n’y était pour rien, et les clameurs s’amplifiaient à la sortie du callejón des représentants de la commission taurine. Car c’est bien là que doit être l’explication de cette monumentale erreur : celle d’avoir accepté ou choisi l’inclusion de tels exemplaires au lot des victorinos lors de la visite à l’élevage et/ou à leur débarquement. Mont-de-Marsan est une place de première catégorie en France et un minimum de poids et de trapío s’imposent règlementairement. (Les poids ne sont pas connus du public car il est dit qu’il n’y a pas de bascule à Plumaçon !!) Les cinq autres exemplaires sortis du toril n’ont pas déclenché de protestations quant à leur présentation, il était donc possible pour des yeux avertis – les vétérinaires et les personnes expérimentées de la commission – de distinguer la différence des deux toros cités avec leurs congénères, aussi bien à l’élevage qu’aux corrales des arènes et de ne pas accepter leur sortie en piste. ¿Par quel subterfuge ces deux «animalcules» se sont glissés dans le lot? ¿L’éleveur avait-il intérêt de prendre le risque d’altérer sa réputation en expédiant un lot aussi hétéroclite? ¿Pouvait-on penser que le public serait aussi aveugle, conciliant et complaisant même pour être trompé de la sorte? Voilà toutes les questions qui se posent et qui demandent des réponses dans l’intérêt de la réputation de Mont-de-Marsan, sa feria taurine et ses organisateurs.

La course d’hier s’est résumée à deux prestations : celles de Javier Cortés au 2ème et d’Octavio Chacón au 4ème. Deux toros importants «Patojo» (01/2015) et «Pobrecito» (12/2014) respectivement. Le premier, d’imposante armure, cornivuelto, recevait une très forte pique et une autre moindre après un élan de plusieurs mètres. La cuadrilla se distinguait aux banderlles. La faena fut de celles que l’on nomme «sur les jambes» car le Madrilène devait s’employer à rectifier sa position pour inciter une nouvelle charge et enchaîner les passes. En réalité la charge était courte, le toro «humilié», se retournant vivement. Javier Cortés gérait parfaitement ces caractéristiques et la faena «transmettait», croisé le torero, combatif le toro. Une dernière série était liée dans un minimum d’espace, capitale de vaillance et métier. Las, la succession de pinchazos à l’épée privait Javier Cortés de la juste récompense d’une oreille largement méritée mais il devait saluer au tercio. Le toro recevait les applaudissements à l’arrastre.

                               

L’autre toro notable, dont le physique correspondait à celui typique des victorinos se révélait être d’une extrême noblesse sans doute mise en évidence par le jeu de cape «templé» d’Octavio Chacón, parfait dans les deux premiers tiers. Cette noblesse, assez rare chez les pensionnaires de Victorino Martín, permettait une faena  «propre» mais trop précautionneuse de la part du torero qui toréait à distance, al hilo, sans vraiment se livrer sinon à dessiner des passes que d’aucuns, néanmoins, applaudissaient. L’estocade tombait très basse. Un avis sonnait et Octavio Chacón  effectuait un tour de piste doutant lui-même s’il méritait de le faire. Le toro était applaudi à l’arrastre.

Le reste de la corrida n’est digne de mention autre que par le scandale déjà nommé. Il serait injuste de ne pas citer la volonté et le bon toreo de Juan Leal à son premier de charge courte, noble mais pas très vif. Une série de naturelles retenait l’attention. Il saluait au terme de sa faena conclue par une épée arrière et tendida. Face à l’insignifiant mais encorné sobrero, la faena se déroulait dans le tumulte des protestations  qui engageaient l’Arlésien à en terminer rapidement. Octavio Chacón et Javier Cortés s’étaient débarrassé de leurs autres opposants : le 1er insignifiant et fléchissant maintes fois des pattes avant, le 5ème, le plus lourd du lot, coriace et dangereux de la corne droite qui avait pris trois piques, accroché et blessé le banderillero José Antonio Prestel.

Georges Marcillac

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3 réponses à Mont-de-Marsan 21 juillet 2019 – 5ème et dernière de Feria de La Madeleine – ¿Par qui le scandale arrive?

  1. BONNEAU dit :

    Bonjour,
    Je partage totalement votre analyse du naufrage montois en matière de toros, particulièrement des Victorino Martin qui depuis de nombreuses sorties au Plumaçon ont bien peu offert.
    Les explications maladroites fournies par l’empresa dans l’édition locale de Sud Ouest relatant une perte de poids entre le campo et le ruedo en disent long sur le malaise qui affecte la place montoise.
    Car au-delà de la dégringolade offerte par les deux dernières corridas il faut rajouter le fil conducteur, tout au long de la féria, de l’absence de la présidence.
    Comment se fait-il qu’une vuelta al ruedo pour une des rares satisfaction relative au bétail soit réclamée par le public?
    Pourquoi sortir après de longues minutes d’hésitation, un toro à la corne certes raccourcie mais néanmoins toréable?
    Comment les piqueros peuvent-ils entrer en piste sans que les clarines n’aient sonné?
    Que de confusion en piste à cause de ces errements!
    Aucune nostalgie du passé mais le net sentiment que l’on est entré dans un autre concept : celui de la corrida à consommer, d’un produit qui enrichit la liste des distractions offertes au visiteur découvrant les fêtes dans le Sud Ouest.
    Cordialement.

    • Georges Marcillac dit :

      Cher M. Bonneau,
      Mes questions à chaud n¡ont eu que de réponses partielles et peu convaincantes relatives à l’état des deux toros? de Victorino Martín(le 1er et le 6ème, sobrero).
      Il n’est pas dit que les vétérinaires et la commission taurine, au vu de ces deux toros, se devaient les sortir du sorteo quite à inclure d’autres toros en réserve (je suppose). Par ailleurs la perte de poids, si elle était réelle, de 100 kg comme il a été dit, était celle d’un toro qui n’avait pas un poids natural, au campo, conforme à celui des autres congénères qui avaient les hechuras propres à l’encaste Albaserrada…et qui, eux, dans les mêmes conditions de transport et alimentation n’avaient pas enregistré cette perte de poids. Sans aller trop loin dans nos soupçons, peut se poser la question économique de l’achat du lot ainsi que le risque pris par Victorino Martín García d’envoyer en France un lot de toros qui en affectent sa réputation.
      Merci pour ètre fidèle lecteur de toreoyarte.
      Georges Marcillac.

  2. Liger dit :

    Superbe commentaire Don Gorge ! …..avec lekel yézoui tt a fait dakor ! abrazo xL

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