Nouvelles de Madrid (I) Suites de la décision du TC espagnol

tribunal-constitucionalLa saison taurine terminée après la corrida de Las Ventas du 26 octobre dernier et les quelques festivals déplacés par le mauvais temps, les aficionados ont pris leurs quartiers d’hiver sans pour autant hiberner… A Madrid règne tout au long de l’année une activité taurine alimentée par les nombreuses associations et clubs taurins et, chaque semaine ont lieu, tertulias conférences et remises de prix aux toreros, novilleros qui se sont distingués la saison passée ainsi qu’aux ganaderos dont les produits ont été remarqués par les aficionados.

Le fait marquant de ces deux dernières semaines est bien entendu la décision du Tribunal Constitutionnel espagnol relative à l’abolition de la corrida de toros en Catalogne. Nous en connaissons le résultat positif largement annoncé et analysé dans ces mêmes colonnes. Sans doute encouragé par cette décision, la Commission de Culture du parlement espagnol approuvait une PNL (proposición no de ley) qui invitait les organismes publics à soutenir le caractère culturel de la Tauromachie et la défendre en tant que Patrimoine Culturel face aux nombreuses attaques perpétrées par nos adversaires et obligeaient les aficionados à manifester comme à Valence le 13 mars dernier. En particulier cette proposition rappelait « le caractère social, économique et culturel  de la Tauromachie » et priait le Gouvernement d’accélérer les démarches pour l’inscription de la Tauromachie dans la liste représentative du Patrimoine Culturel Immatériel de l’Humanité. En faveur de ces bonnes intentions votaient les représentants majoritaires du Partido Popular (PP) et Unión del Pueblo Navarro (UPN) et s’abstenaient ceux du parti socialiste (PSOE) et de Ciudadanos (C’s). Par ailleurs, cette même commission avait rejeté une autre PNL présentée par ERC- Esquerra Republicana de Catalunya – (parti d’extrême gauche) – pour déroger la loi 18/2013 qui régulait la Tauromachie comme Patrimoine Historique et Culturel en Espagne. Le député Gabriel Rufián, de ERC, membre de cette commission, profitait de l’occasion pour diffamer les aficionados a los toros pour leurs « pratiques scélérates et  sauvages » et se distinguait, hier, durant l’investiture du nouveau Président du Gouvernement, Mariano Rajoy, en invectivant les partis qui venaient de voter les accusant « de la honte de donner le pouvoir de gouverner le pays à ceux qui considèrent inconstitutionnel d’interdire la torture et l’assassinat d’un animal sur la place publique » faisant ainsi allusion à la décision du TC.

De Catalogne les réactions ne tardaient pas se manifester et le Conseiller de Territoire de la communauté autonome de Catalogne, Josep Rull, affirmait tout haut que les corridas de toros ne reviendraient jamais plus à Barcelone malgré la récente décision du TC « espagnol ».

Ada Colau et Josep Rull, au centre. EFE.

Ada Colau et Josep Rull, au centre. EFE.

Tous les mécanismes  normatifs seront mis en œuvre pour éviter le retour des corridas tant au niveau de la communauté comme à celui de Barcelone, principalement. La maire Ada Colau avisait que le « gouvernement municipal fera appliquer les règlementations qui interdisent les corridas de toros et les mauvais traitements aux animaux » en particulier celle de 2014 qui se référait à la mort en public de la mort de l’animal.

D’autres éléments étrangers aux lois et avis des différentes formations politiques rendent difficile le retour à plus ou moins longue échéance des corridas à Barcelone. La  société catalane a évolué sous l’influence ou non des mouvements animalistes. Il faut bien se rendre à l’évidence que l’afición catalane vieillissante ne va pas être renouvelée, le public hypothétique pouvant se rendre à la Monumental serait en réalité en majorité non catalan, et pour combien de temps? L’organisation de corridas serait-elle rentable? Le propriétaire des arènes – famille Balaña – et l’organisateur des spectacles- Toño Matilla – qui avaient placé un recours à la décision du Govern de les indemniser ou non pour la cessation forcée d’activité souhaiteraient-ils renoncer à cette indemnisation et risquer de relancer les corridas à Barcelone dans l’incertitude d’une rentabilité effective et compensatoire?

Sur un autre front, les maires de municipalités de Catalogne dirigées par ERC et Podemos s’appliquent à trouver les failles de la législation en vigueur pour dresser une barrière règlementaire (ils ont l’autorité pour l’établir) pour faire obstacle au retour hypothétique de la Fiesta de los toros dans leur communauté. Pour cela ils se basent sur l’interdiction de spectacles taurins qui incluraient « mort, torture, mauvais traitement, blessures ou souffrance de l’animal en public, que cela soit dans des arènes de construction fixe ou hors de ces lieux ou sur la place publique ». Le fond de cette stratégie est qu’il est supposé que les aficionados s’éloigneront de ces spectacles car « c’est la mort du toro qui est essentielle pour les aficionados » et ainsi sera « donnée l’estocade définitive ».

On voit bien qu’il sera bien difficile de démonter l’ignorance et l’intolérance de la communauté catalane ou du moins de ses dirigeants qui imposent leur idéologie à la majorité et limitent la liberté d’entreprise comme à celle des esprits et sentiments. On voit bien aussi que le retour et la programmation de corridas à Barcelone n’est pas pour demain…

(à suivre)

Georges Marcillac  

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