SUITE : Mano a Mano JULI – URDIALES

Des lecteurs ont pris le temps de m’écrire afin d’exprimer leur opinion sur les faenas des deux triomphateurs de BILBAO 2015.  Les avis sont variés et très intéressants.  Mon anlyse ayant pour but de stimuler la réflexion et non pas de décréter une vérité, c’est avec beaucoup d’intérêt que je partage quelques lignes reçues qui apportent d’autres points de vue fondés :

 Mon ami “El Sabio” m’a écrit :   “Le toro de Garcigrande possédait une explosivité et une transmission importante dans des charges qu’il fallait savoir aller chercher de prés et très croisé, ce que le Juli a fait à la perfection.

Celui de Alcurrucén n’a jamais humilié jusqu’à la fin des muletazos, et était relativement neutre.

J’ai vu Juli en direct à la télé et il m’a enthousiasmé. J’ai vu Urdiales en différé, le lendemains, après avoir lu la presse, et je suis tombé des nues : comment expliquer cette unanimité dans les louanges pour une faena sans lié, avec plus de la moitié des muletazos enganchés ?

Je suis ravi pour Diego, mais soyons sérieux : il a toréé de passe en passe, souvent profilé (il l’est le plus souvent), en ligne, avec pureté certes mais peu de profondeur.

Le Juli, dont je ne suis pas un ardent défenseur, s’est imposé de bout en bout, a fait rompre ce toro devant lequel Urdiales aurait séché (comme ce fut le cas à Mont de Marsan), et a lié des séries cumbres par le bas, où l’on a vu la dimension du toro.”  

J’ai répondu à mon ami :

Nul doute que la faena du Juli est, comme souvent, une prouesse technique.  Dire qu’elle ne m’a pas émue tout le long n’est pas un affront à son immense capacité.  Pour moi le toro a rompu dans le dernier capotazo d’Alvaro Montes avant la troisième paire de banderille. Le toro s’est retourné pour la première fois en fin de capotazo.  Il a répété cela et de loin dans les premiers muletazos du Juli donnés sans obliger.  Mon propos est de noter les deux moments marquants, à mon sens :

  • Juli change de registre après la troisième série à gauche et les réactions du public changent aussi.
  • Conscient de la grande faena réalisée il choisit de tuer d’un Julipie.

Dans la faena d’Urdiales j’ai été ému par son art, sa simplicité et aussi ce que je  perçois comme sa sincérité.  Certes pas une faena parfaite à beaucoup de niveaux.

D’autre part j’ai reçu de GEORGES MARCILLAC les lignes suivantes.  J’en profite pour le remercier pour son oeil bienveillant et ses conseils dans la rédaction du glossaire.

La polémique est au cœur des tertulias taurines et réseaux sociaux ces derniers jours avec pour sujet la feria de Bilbao et ses corridas hors “normes” cuvée 2015, des décisions de Matías González et des prix attribués et enfin et surtout le “duel” décalé entre “El Juli” et Diego Urdiales, les triomphateurs de Aste Nagusia de cette année.

Il revient à René Arneodau le mérite d’avoir “osé” comparer les deux faenas de « El Juli » et Diego Urdiales. Bravo. De plus les deux vidéos qui accompagnent son analyse permettent d’avoir une vision reposée et raisonnée des deux prestations des deux toreros.

Je suis un habitué de la Feria de Bilbao mais, cette année, j’ai dû me contenter des retransmissions télévisées de Canal+Toros depuis Madrid. Ceci m’autorise à émettre des commentaires et avis sur le sujet qui nous occupe.

Comme introduction à mon propos je dois préciser qu’assister aux corridas à la télévision représente pour moi un inconvénient majeur: l’absence de perspective, les gros plans, ne me permettent pas de juger complètement le trapío des toros et de ce fait les critiques et opinions sur la présentation des toros sinon leur comportement en piste doivent être justifiées par les présents aux arènes. Par ailleurs, il faut savoir que la lecture des chroniques de la presse spécialisée par Internet ou écrite n’apportent en rien matière à discussion, si ce n’est, dans ce cas précis, de critiquer vertement le président Matías González pour sa décision de concéder une seule oreille à « El Juli » au terme de sa faena au 5ème toro de Garcigrande le 27 août.

Après ce préambule, mon opinion. Il est possible, que sur le moment, pris par l’enthousiasme général, j’aurais aussi demandé la 2ème oreille mais après réflexion, à un toro peu piqué, après un trasteo très technique et dominateur – et c’est là le grand mérite de « El Juli » – mais sans grâce pour ne pas dire plus et le tout terminé par un julipie infâme, je conviens que cette deuxième oreille aurait été de trop. Il est vrai aussi que cette faena pourrait être décomposée en deux parties, la dernière montrant un torero plus vertical, relâché après sa démonstration dominatrice, reconnaissant à « El Juli » des qualités qui font de lui le nº1 actuel sans pour autant ne pas approuver le manque d’esthétique de son toreo et sa forme peu orthodoxe de porter l’estocade finale qualifiée, ce jour-là, d’estoconazo par le journaliste de Canal+Toros et ses deux assesseurs anciens toreros !

Et Diego Urdiales! Que dire de plus, si ce n’est l’émotion de voir enfin ce torero reconnu comme représentant de l’expression du toreo éternel, vrai, classique, sans concession aux suertes à la mode et tellement beau et émouvant. Evidemment sa faena fut plus courte mais intense autant par les conditions de bravoure un peu retenue que le toro imposait – répétition non continue des charges – que par le désir des spectateurs de voir Urdiales triompher. Son estocade fut de loin bien meilleure autant dans son exécution que sa position au garrot du toro.

Pour compléter cette réflexion sur la comparaison des deux faenas, il faut évidemment tenir compte des conditions des deux toros: le Garcigrande, abanto ou mansosuelto en tout cas qui fut finalement fixé par « El Juli » et gardé presque au centre de la piste ; l’Alcurrucén moins vif mais de charge plus tempérée (temple). Leur comportement au cheval est effectivement celui qui a été décrit dans l’article de René Arnéodau. Par ailleurs les hechuras de “Juglar” étaient loin d’équivaloir celles de “Favorito” d’Alcurrucén, beau, de bon trapío, d’armures respectables et qui a tenu moins de temps que le Garcigrande malgré la qualité de ses embestidas. Cette dernière réflexion se référant à la diversité et hétérogénéité des présentations des élevages sur l’ensemble de la feria,  selon leur encaste et les normes qui jusqu’à présent faisaient la réputation de la place de Vista Alegre.

Georges Marcillac

Ce contenu a été publié dans Bilbao, EDIT"O"PINION, Général. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.