¡Kikiriki! ¡Viva Gallito!

Ainsi se terminait la chronique de «La Tribuna»  sous la plume du journaliste et écrivain Alejandro Pérez Lugín «Don Pío» (1870-1926). Plus précisément, il s’agissait des deux dernières lignes de la reseña de la première faena de «Joselito El Gallo» le jour de sa présentation à Madrid, le 13 juin 1912. « Gallito chico » était ainsi annoncé José Gómez Ortega le plus jeune de la saga des ortega et gómez, toreros et flamencos originaires de Cadiz et Séville. Il était aussi connu comme « Gallito III » avant de prendre le diminutif définitif et universellement reconnu de « Joselito » une fois qu’il fut sacré El Rey de los Toreros. Ce jour-là, il partageait l’affiche avec José Gárate « Limeño » de Séville. Tous deux étaient connus comme les « Niños Toreros Sevillanos», becerristas pendant leur campagne au Portugal en 1908,  et novilleros avec picadors avant même d’avoir accompli leur dix-septième année en 1911 et 1912. C’est au deuxième novillo de D. Eduardo Olea. « Escopeta », nº 72, negro bragado, cornidelantero, que Joselito déployait tout son précoce talent, à la cape, aux banderilles et à la muleta mais échouait à la mise à mort par cinq pinchazos… Cela ne l’empêchait pas de triompher et d’être sorti a hombros avec Limeño après avoir « lidié » avec maturité, facilité ses trois opposants (deux de Olea y un, le 6ème, de Santa Coloma). L’affiche originale ci-contre annonçait des novillos de Duque de Tovar par la suite remplacés par des exemplaires de meilleure présentation de D. Eduardo Olea (voir l’article du 28 janvier 2020). Toute la presse madrilène – plus d’une douzaine de reseñas-chroniques – encensait le jeune « Gallito » et Don Pío, dans un nouvel article, en plus du ¡Kikiriki! clamait la résurrection de Lagartijo (Rafael Molina un des « califes » de Cordoue -1841-1900)  !! Don Pío n’en était qu’au début de ses exubérantes et  emphatiques éloges du jeune et prometteur Joselito dont c’était la consécration définitive, ce jour-là.

La première page de la revue satirique The Kon Leche, de son numéro 11, annonçait la venue à Madrid du «poussin» de la famille des gallos en la personne de Joselito et au lendemain de la novillada du 13 juin le chroniqueur de service «Don Silverio»? ne tarissait pas d’éloges à l’égard de Joselito qu’il qualifiait d’artiste, vaillant, torerazo, colosse ; il en oubliait même sa piètre prestation à l’épée… Le titre de la chronique en dit long sur l’impression produite sur le rédacteur : La Revolución del Año 12 ¡¡¡Gallito Chico… en grande !!! Le The Kon Leche était un hebdomadaire taurin de caractère humoristique (mais sérieux… NDLR) dont la profession de foi serait « une chronique tauromachique qui sera servie avec quelques gouttes de lait (leche = giffle, claque, bouffe (vulg.)) entre deux douceurs ». Son slogan était : sincérité, impartialité et peu d’amitié avec les toreros… Créé en avril 2012, The Kon Leche allait avoir une vie assez éphémère puisque sa publication cessait en octobre 1916.

Le kikirikí est aussi le nom donné à une passe ou adorno de muleta. Nous reproduisons ici la description qui en est donnée dans la section Glossaire & Suertes de notre site toreoyarte.com.

Il s’agit d’un pase ayudado à hauteur de la ceinture, et également un pase cambiado.  Il consiste à d’abord recueillir la charge du toro et la guider jusqu’à hauteur du corps, puis à retirer la muleta de l’atteinte du toro en forme de remate. Il s’exécute souvent en fin d’une série de naturelles ou comme  un adorno, soit en chargeant la suerte, soit pieds joints et élevant les coudes des deux bras.

                                                                  Deux interprétations du kikiriki : celle de Joselito El Gallo et plus récemment                                celle de « Morante de la Puebla

On doit le terme kikirikí – en français cocorico –  au journaliste taurin Alejandro Pérez Lugín « Don Pío » (1870-1926), un enthousiaste partisan de Rafael Gómez “El Gallo” et de son jeune frère José Gómez “Joselito El Gallo”, l’immense torero de l’Âge d’Or du toreo. En réalité  cette passe de muleta était simplement un  pase ayudado por alto, la position des bras du torero comme celle des ailes d’un coq… Elle a même été associée à une passe de poitrine en s’aidant de l’épée  (Robert Ryan – 1945-   ) comme le montre les photos ci-dessus.  Rafael Guerra “Guerrita” (1862-1941) décrit le dit kikirikí – sans le nommer ainsi – dans sa Tauromaquia comme un pase ayudado por alto avec la pointe de l’épée soutenant le bas de muleta. D’autres fameux toreros exécutaient cette passe bien avant “El Gallo” et c’est “Joselito” qui lui donnait l’éclat et la marque de fabrique connue aujourd’hui. Plus récemment, le Sévillan Pepe Luis Vásquez (1910-2013) réalisait fréquemment cet adorno brillant alors que les toreros actuels ne le pratiquent que rarement.

Le KIKIRIKÍ est l’intitulé d’une émission que diffuse la chaîne TOROS de Movistar+ en Espagne -par abonnement – en principe en soirée du jeudi. Elle est dirigée par David Casas et traite des thèmes monographiques de l’actualité taurine et réunit des professionnels et spécialistes des sujets choisis. Cette émission est ensuite retransmise en boucle dans la programmation de la chaîne les jours suivants.

Georges Marcillac

Sources :                                                                                                                                                                              José Gómez Ortega « Gallito III » debuta en Madrid – José María Moreno Bermejo  (2005)                                Joselito El Gallo – Rey de los Toreros – Paco Aguado ( 2020)

 

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