Madrid – 20 mai 2016 – 15ème de San Isidro – Naufrage des toros d’ Alcurrucén

Alcurrucén319Quand les toros braves sont absents de la corrida, celle-ci se réduit à un spectacle ennuyeux et parfois horripilant. Ce fut le cas de cette corrida une des plus attrayantes de la San Isidro par le cartel qui réunissait Julián López « El Juli », notre compatriote Sébastien Castella dont s’était la deuxième prestation à Las Ventas en ce mois de mai et en ce jour où revenait la chaleur et avait disparu le vent, et José Garrido, une des jeunes promesses de la torería actuelle, qui confirmait l’alternative. Les toros étaient de l’élevage de Alcurrucén de la famille Lozano et d’origine Carlos Nuñez. Un de ces toros « Jabatillo » avait permis à Sébastien Castella d’être déclaré triomphateur de la feria 2015. Il devra attendre ses deux prochains contrats pour espérer renouveler ce succès. Aujourd’hui les alcurrucén étaient de présentations inégales, en particulier, le dernier pourtant de la lignée des « musiciens » de nom «Cornetillo» n’aurait jamais dû sortir des chiqueros de Las Ventas : maigrichon malgré ses 555 kg, apparence d’un novillo. Au moral ? tous sortaient au pas du toril, s’animaient ensuite pour courir abantos, caractéristique de cet encaste, pour faire découvrir que ces courses étaient en réalité de la mansedumbre confirmée face à la cavalerie, faisant sonner l’étrier, reculant, sortant sueltos la plupart et repartant en cherchant le terrain de naide (de personne), distraits ou refusant le combat. A la muleta, ils rechignaient à charger ou le faisaient sans entrain ou terminaient arrêtés. Avec ce matériel  de toros sans caste il était difficile de briller. Les aficionados n’avaient d’autres ressources que celles de s’intéresser à des détails pour ne pas repartir totalement frustrés.

José Garrido, en ce jour important de sa courte carrière, avait pourtant bien commencé sa faena au centre du ruedo pour une série de redondos à genoux avec une passe de poitrine dans cette position comme remate, le toro ayant chargé avec répétition et vivacité. t30051Après cela la faena allait a menos, avec une émotion toutefois, car bousculé par l’arrière train du toro, José Garrido tombait, il était repris au sol, sans dommage. Quelques accrochages de muleta pour une charge courte du toro et l’estocade un peu tombée, profilée de loin, était le point final d’une faena digne, sans plus, sans participation du toro. Au sixième, les détails à retenir sont négatifs : toro arrêté, le torero dans les cornes, d’un arrimón sans intérêt. Auparavant José Garrido avait effectué un quite à genoux de nouveau pour des faroles, une caleserina, terminés par une larga cambiada, sans raison et grand risque, à un toro sans charge.

A son premier Sebastián Castella réalisait une faena volontaire, sérieuse, tenace à produire des passes parfois liées, d’autres fois une à une, forçant un toro sans jus, qui sortait de la suerte qui l’obligeait à corriger sa position pour répéter les passes sur la corne gauche. La faena était longue, un peu par pundonor de la part du français, peut-être aussi par provocation à l’encontre d’une partie du public qui lui reprochait précisément ses corrections de placement… Le 5ème n’était guère meilleur, mobile mais sans fijeza, distrait. Il l’entreprenait par le classique pase cambio por la espalda, puis, pratiquement plus rien. Les premières passes templées, le toro grattait le sol ensuite, jouait de la corne dans la muleta ou sortait de la suerte. Sans race, l’alcurrucén restait de marbre pour recevoir une estocade légèrement desprendida.

De « El Juli » il faudra attendre sa prochaine venue à Madrid, la semaine prochaine, pour louer sa maîtrise devant d’autres toros, il faut l’espérer. Sans lui porter offense, sa façon d’obliger ses toros, insipides,  transformait ses faenas en des séries de passes, sans transmission, d’aucun effet sur le public. Il s’éternisait aux descabellos à son premier et nous gratifiait d’un « julipié » maison à son second.

23.531 spectateurs étaient passés par les guichets et repartaient avec, aux lèvres, le fameux dicton taurin: « corrida de expectación, corrida de decepción ». Vous avez compris…

Julián López « El Juli » : un avis et sifflets ; silence. Sebastián Castella : un avis et applaudissements; silence. José Garrido : un avis et division d’opinions ; un avis et silence.

Georges Marcillac

 

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