José Falcón n’a pas tué « Cuchareto ».

Le 11 Août 1974, à Barcelone, le Toro « Cuchareto » de Hoyo de la Gitana, sorti deuxième dans l’ordre de Lidia, a infligé, lors d’une naturelle, une cornada à José Falcon dans la cuisse gauche, affectant veine et artère fémorale, et entrainant la mort dans les heures qui suivirent.

Sur plusieurs sites internet présentant des statistiques de blessures graves et mortelles infligées par des toros de combat, il est surprenant de lire que José Falcon est probablement mort parce qu’il aurait insisté pour tuer son adversaire avant d’aller à l’infirmerie et que, de ce fait, il aurait perdu trop de sang et en serait décédé. Voici ce qu’on peut lire sur ces sites:

« José Falcón insistió en matar al toro, y la pérdida de sangre fue tan grande que falleció »
« Si hubiera sido Llevado a la enfermería inmediatamente probablemente se hubiera salvado »

On trouve les mêmes affirmations sur des sites en anglais :
« Jose Falcon. A Portuguese bullfighter, he was gravely gored in the leg while working with the muleta in Barcelona. He insisted on killing the bull before seeking medical help, and the activity caused the already-damaged femoral artery to rupture. The blood loss was too great, and he died a few hours after being injured. Had he been carried from the ring right away, he may well have lived. »

C’est intentionnellement que je ne donne pas les références de ces sites internet afin de ne pas les stigmatiser.

En Français les mêmes assertions sont reprises sur Wikipedia et Facebook à propos de José Falcon dans les termes suivants:
« Le 11 août 1974, dans les arènes de Barcelone, il est blessé à la jambe par le taureau « Cucharero » de la ganaderia de Don Alipio Perez Tabernero. Malgré la blessure, il insista pour tuer lui-même le taureau. La perte de sang fut si importante qu’il mourut quelques heures plus tard. Il semble que s’il avait été conduit immédiatement à l’infirmerie, il aurait pu être sauvé ».

Ces allégations reprises en chaine laissent supposer que José Falcón se serait relevé, aurait ignoré sa blessure et repoussé ses sauveteurs pour mettre un espadazo à Cuchareto, ce qui augure une présence en piste d’au moins une trentaine de secondes supplémentaires et peut être plus, après la cornada, avant d’être emporté à l’infirmerie . Ce scénario ne tient pas à l’analyse des chroniques de l’époque, ni à un raisonnement de bon sens. Bien qu’il m’ait été donné de lire qu’au moins une vidéo super 8 avait été enregistrée ce jour, je n’en ai pas retrouvé la trace. Cette video aurait probablement donné une réponse incontestable à cette question.

  • Photo de gauche de « Botàn » parue dans « Victimas de la fiesta » de Juan José de Bonifaz n°35 La Tauromaquia Espasa Calpe.
  • Photo du centre de « Sebastian » issue de la biographie « José Falcao-Justicia para um Valente » (Solilòquio 1974) et parue dans de nombreuses revues spécialisées de l’époque.
  • Photo de droite Auteur inconnu, parue dans la version Digitale de « Aplausos » Hemeroteca du 16/08/2010.

Les Chroniques.

José RIBA LEDO dans la revue « Toros » n° 987 – 988 du 1° Septembre 1974 p25 nous informe:
« Au début d’une naturelle, il est pris et cornéé. On l’emporte à l’infirmerie, tandis qu’une rigole de sang marque son chemin. Cortés abat le dangereux animal ».
L’ABC du 13/08/1974 page 55 nous explique:
« … José Falcón salió muerto del tremendo hachazo. Sobre la arena un gran charco de sangre ». « Alvarito Domecq y Paco Bautista, con las asistencias, recogieron el cuerpo maltrecho de Falcón, mientras Antonio de Jesús, banderillero a las ordenes del Portugués, alejaba al toro. « … José Falcón salió muerto del tremendo hachazo. Sobre la arena un gran charco de sangre ». « Alvarito Domecq y Paco Bautista, con las asistencias, recogieron el cuerpo maltrecho de Falcón, mientras Antonio de Jesús, banderillero a las ordenes del Portugués, alejaba al toro. Álvaro al percatarse de la gravedad de la herida metió su mano en la brecha abierta en el muslo ».
El Ruedo n°1.573 du 13 août 1974 nous apprends:
« Al intentar dar un natural, el toro lo alcanzo en un derrote, propinándole una cornada en el muslo izquierdo. A consecuencia de la cogida, mato al toro Manolo Cortés, de dos pinchazos y una honda ».
« Las asistencias se precipitan en ayuda del herido. Desde el primer momento se advirtió la gravedad del trance ».
La Vanguardia daté du 13 Août 1974 sous la signature de Julio Ichaso corrobore:
« Al muletear por naturales fue corneado por la pierna izquierda y paso a la enfermería en brazos de las asistencias. Acabó con el toro Manolo Cortes de dos pinchazos y una estocada profunda ».

La Biographie.

Quand au livre qui fut écrit en l’honneur du Matador décédé « José Falcao – Justicia para um Valente » (Solilòquio 1974) il précise:
« A cornada, seca, como punhalada, mal a notara o público até que o toureiro se levantou, as últimas energias acudindo ao chamamento da vontade de continuar, e da perna o sangue jorrou como de torneira aberta. «Estás herido…» – l disse-lhe Adolfo Lafuente, que do seu burladero acorrera, ao auxílio do bom capitão.  «Y bien…›› – respondeu José. Mas já acorriam a pegar-lhe os areneiros, e o moço-de-espadas Vicente, e Alvarito Domecq, que com uma mão agarrou a ferida, empaparam-se-lhe os dedos l de sangue que queriam conter. E dos terrenos do sector 8, lugar da tragédia, para a enfermaria partiu correndo o angustiado grupo; e sua carga preciosa ia marcando de vermelho, arena fora, o último caminho que, vestido de toureiro, havia de fazer José Falcão ».

Alors qu’aucune chronique de la corrida ne fait état du fait que José Falcon eusse insisté pour tuer son adversaire, la biographie relate que le torero s’est relevé dans un dernier effort, d’ instinct, pour continuer le combat, que le sang jaillissait de sa jambe, que Adolfo Lafuente, accouru du burladero, lui a dit qu’il était blessé, que sa réponse fut « Et Alors ! », mais que les personnes accourues l’ont empoigné et emporté, avec en particulier Alvarito Domecq lui mettant le poing dans la plaie pour retarder l’hémorragie. Sur les deux photos qui suivent Alvaro Domecq n’apparait pas encore, ce qui laisse supposer qu’il est intervenu plus tard sur le chemin de l’infirmerie.

  • Photo de gauche de « Sebastian » publiée dans « El Ruedo » n°1.573 du 13 août 1974
  • Photo de droite de « Sebastian » issues de la biographie « José Falcao – Justicia para um Valente » (Solilòquio 1974)

Quand à la blessure il convient de noter que le « parte facultativo » précise:
« La herida vascular origina una copiosa hemorragia y un síndrome de anemia aguda, con shock traumático muy intenso ».
L’intensité de l’hémorragie est corroborée par les descriptions des journalistes faisant référence aux flaques de sang laissées en piste et sur le chemin de l’infirmerie par le torero.

Conclusion:

Est-il juste de mettre sur le dos d’internet l’inexactitude de la relation des faits concernant les circonstances de la mort de José Falcon? Je dois à la vérité de signaler que mes lectures m’ont révélé que dans la Revue « El Ruedo » n° 1.575 du 27 Août 1974, dans un article en dernière de couverture sous la plume d’ Eduardo de Guzman, déjà le trouble fut semé dans les termes suivants:  » Al salir de Benidorm, la radio del coche nos dio la primera noticia. José Falcón, con la femoral partida por el certero derrote de uno de sus enemigos, al entrar a matar, luchaba agónicamente por su vida… ». Déjà il était dit que la mort l’avait cueilli en entrant « a matar ».

Au terme de cette recherche nous pouvons essayer de faire la part des choses. Il est fort possible que José Falcon se soit relevé par lui-même, mais aussi qu’il ait été rattrapé par ses sauveteurs qui l’ont rapidement emporté à l’infirmerie, comme cela est souvent le cas lors de blessures graves. Il suffit de voir les cornadas reçues à Séville par le Novillero Curro Sierra en 2004 ou le Banderillero Jésus Marquez en 2010 pour vérifier qu’un torero, subissant une hémorragie colossale peut se relever et se tenir debout quelques instants, même si cela est tout de même rare, mais qu’il est toujours emporté très rapidement à l’infirmerie par les témoins, conscients du drame qui se noue. C’est probablement ce qu’il s’est passé le jour de la cornada mortelle de José Falcon. Et ce qui est certain c’est, que ce jour là, il n’a pas tué « Cuchareto », ni même tenté de le faire. Si, pourtant, ces affirmations se perpétuaient elles devraient être classées dans la catégorie des légendes. En effet, c’est bien Manolo Cortés qui a mis à mort « Cuchareto ».

4 Photos de Sebastian issues de la biographie « José Falcao – Justicia para um Valente » (Solilòquio 1974)

René Ph. Arneodau

Voir le témoignage de Jacky Rousse ici.

À propos de Niño de San Rafael

Niño de San Rafael (Apodo de René Philippe Arneodau) est aficionado practico fréjussien avec une expérience tauromachique qui débute en 1970, allant de chroniqueur à apoderado, cultivant exigence et précision dans ses avis et ses opinions. Passionné de tauromachie depuis le plus jeune âge, il a trouvé dans la pratique du toreo le chemin de la compréhension de la technique et de l'art de torear, et développé une admiration et un respect pour ceux qui y excellent.
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2 réponses à José Falcón n’a pas tué « Cuchareto ».

  1. Elo dit :

    J’ai trouvé ce post ce matin même sur Facebook mais je pense qu’ il s’agit du même jacky
    https://m.facebook.com/story.php?story_fbid=10211314880096373&id=1491489596&ref=bookmarks

  2. JACKY dit :

    Bjr
    Je confirme que Jose Falcon n a pas tué Cuchareto
    . J’ étais présent ce jour là au calléJon.

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