Bilbao 27 Août 2016 Garrido deux oreilles avec un sobrero de Fuente Ymbro

Une demie entrée pour assister à une bien curieuse avant-dernière de Semana Grande. Le lot de Fuente Ymbro était supérieurement présenté, de vrais toros de Bilbao. Par contre, de comportement, ils ont profondément déçu par un manque de race, une touche de faiblesse et un manque évident de duration. Pourquoi parler de duration si il n’y avait rien de bon ? Et bien, c’est que tout ne fut pas négatif. Ces toros ont par moment galopé de la plus belle des manières et quelques uns ont offert des embestidas isolées très bonnes. Quant à Garrido il a arraché un triomphe mérité à un bicho qui a été sur le point de rajarse avant de se confier totalement dans la muleta d’un vaillant Garrido.

CastellaLe premier Fuente Ymbro est le premier vrai “Toro de Bilbao” à fouler le ruedo en 2016 en termes de présentation magnifique et irréprochable. Sa charge est irrégulière et la tête bouge. Sébastien Castella le passe à la cape avec technicité plus qu’artistiquement. José Doblado pique en arrière une fois en appuyant et la seconde courte. Quite de Castella par chicuelinas et demie véronique à un toro devenu tardo. Le toro est distrait mais galope aux banderilles. José Chacon pose deux paires exposées et dans le balcon. Il salut sous l’ovation. Le Français débute par le haut puis enchaine par le bas avec fermeté aguantant les incertitudes. La première série droitière est marquée par les accrochages de muleta et les hésitations du toro qui charge profondément puis s’arrête ou trébuche. Ce sera la teneur de son combat avec des signes occasionnels qu’il veut abandonner la lutte. Castella essaye longuement de le fixer sur la corne droite et évite, sauf dans les remates de pecho, la gauche qui est problématique. Demie lame trasera et descabellos. Sifflets au toro et salut au tiers.
Le second adversaire de Castella est le plus léger avec 520 kg mais avec un trapío notable, armé veleto. Abanto et refusant de répéter ses charges, la cape du maestro ne peut se mettre en valeur. Le tercio de varas est mené dans le désordre. Le toro ne cesse de renifler et gratter le sol. Isaac Mesa s’étant blessé au pied, Javier Ambel le remplace sans réussite. Vincente Herrera pose une paire courageuse à ce toro qui arrea sur les corps sans leurres. Le début de faena, assis sur l’estribo, est rapidement abandonné pour le toreo debout. L’animal doute, hésite, charge à contre temps. Castella, méthodiquement, présente la muleta, toque a tiempo, et raccourcit la distance entre les derechazos. Puis le toro se raja et traverse la piste. Le Français insiste sans résultat. Demie lame sur le flanc, bajonazo et pinchazo hondo. Sifflets au toro. Silence.

PereraMiguel Ángel Perera ouvre son premier et unique cartel de la feria avec un autre superbe toro. Le travail de cape va a más face à un exemplaire abanto qu’il passe mieux une fois au centre du ruedo, terminant par chicuelinas et demie véronique. Bonne pique de Francisco Doblado, la seconde étant un simulacre. Quite de José Garrido par chicuelinas élégantes et légères pour éviter la chute du bicho qui trébuche. Grande prestation de Curro Javier qui salut pour deux paires supérieures. Brindis au public. Début de faena en abandonnant la réalisation d’un péndulo au centre pour une entame au tercio où l’animal charge sans véritable intention mais où le torero est ferme. Ensuite, à droite, le Fuente Ymbro alterne embestidas en humiliant profondément et d’autres charges avec calamocheo ou fléchissements. Certains derechazos sont superbes. À gauche le toro est totalement désengagé du combat. Perera revient donc à droite où le toro n’offre plus rien et veut même abandonner. Entière trasera en perdant la muleta. Sifflets au toro. Salut au tiers.
Le cinquème, vu le cours des choses, ne pouvait être que mauvais. C’est un tío, cornalón, abanto et manso qui évite le combat. Perera le fixe. Belle première pique de Ignacio Rodriguez. Puis on évite de piquer le bicho vu son manque de race et ses fléchissements. Perera va au centre et passe le toro à droite alors que ce dernier ne cesse de mugir. Puis l’animal décide de se défendre en accentuant les coups de tête. Le public proteste, Perera insiste puis abandonne. Entière atravesada en perdant la muleta. Sifflets au toro. Silence.

GarridoLe troisième Fuente Ymbro ressemble parfaitement à son frère premier. Les charges sont profondes et répétées avec alegría dans les véroniques et la demie, pieds joints de José Garrido. Ordre est  donné d’épargner le toro. La puya est mise et retirée ce qui n’empêche pas le toro de saigner abondamment et de montrer des signes de faiblesse. Du coup, entre les charges répétées au cheval sans mettre le fer et les multiples capotazos, le toro ne sera pas piqué formellement une seconde fois. Le toro charge avec alegría pendant le second tiers avec un tranco prometteur. Brindis au Niño de la Capea. Les premières charges sont fortes et Garrido se passe les cornes au raz de son superbe traje de luces. Malheureusement le toro ne dure pas et les embestidas se ramollissent. Le travail de Garrido perd en intensité à droite et la charge s’éteint à gauche. Garrido insiste en terrain rapproché arrachant des muletazos par de multiples toques et en faisant peur au public. Demie épée et descabello. Pitos au toro. Palmas et salut.
Alors que va sortir le dernier toro de la corrida le public est à cran. C’est un joli toro qui tourne en ignorant la cape de Garrido. Alors que le torero le passe en cape le toro dérape et tombe au sol par trois fois. Bronca. Mouchoir vert.
Le sobrero de Fuente Ymbro fait la même sortie que ses frères. Il est le moins bien présenté et est lavado de cara. Les véroniques font ressortir les défauts du toro, faiblesse et manque de codicia. Garrido torée avec élégance en avançant vers le centre malgré les retournements à l’envers ou les charges désordonnées. Le vent et les derrotes du bicho interrompent le travail. Garrido baisse la main et s’impose à droite alors que la charge s’amenuise. Soudain surgit au centre un galop et une série droitière vibrante. Musique. Une série à gauche où l’animal se livre est somptueuse par le bas. La suivante est en mode bagarre mais le public est enfin ravi. Le toro est allé a más jusqu’au dernier passage à droite. Adornos à genoux de fin de faena pour forcer le succès. Enti?re légèrement trasera. Deux oreilles concédées en même temps par Matías González, le président. Palmas au toro.

René Philippe Arneodau.

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1 réponse à Bilbao 27 Août 2016 Garrido deux oreilles avec un sobrero de Fuente Ymbro

  1. TOCCHET dit :

    Pour moi la corrida d’hier est l’exemple négatif des dérives de la toromachie actuelle, en matière d’élevage. Vous dites que les 3 premières toros étaient superbes de présentation mais qu’ils ont manqué de “duration” …. Pour ma part j’ai du mal à ne pas penser que ces 3 premiers sont les archétypes des Toros artificiellement préparés et qui au final affiche des poids et des musculatures qu’ils ne peuvent pas porter au delà de la pique ! Certes ils sont magnifiques mais, tel le bodybuilder, ce n’est qu’une illusion…. En fait, le vrai YMBRO, c’est le 6bis, avec un physique plus fin de stature et moins impressionnant, mais qui donne aussi des choses jusqu’au 3eme tiers.

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