Evolution du toreo et mutation du Toro.

Aux portes du mois d’Août, la temporada génère des noticias dans tous les sens.  Alors que la tauromachie connait une évolution marquée autour de l’élevage des toros de lidia et conséquemment sur leur comportement, les résultats des corridas nous apportent matière à réflexion.

Le mano a mano de Valencia entre Ponce et Morante, le 28/07,  n’a pas été triomphal mais a permis, à ceux qui voulaient s’en donner la peine, de comparer deux tauromachies  aux codes bien différents.  Dans cet exercice, j’ai mes points de repère.  Quel est la dernière partie du corps qui bouge avant de se fixer ?  Ce dernier mouvement est-il réalisé avant de tocar ou après ? Dans quel sens cette partie du corps en mouvement va-t-elle ?   Comment se déplace le torero entre les passes et ces déplacements sont-ils conformes aux besoins créés par le toro?  La trajectoire du toro  est-elle en V ouvert ou en V fermé ?  Les séries ont-elles changées le comportement du toro ? La faena se termine-t-elle avec un toro qui se déplace ou parado que l’on force à avancer?

Ponce est d’une régularité parfaite dans ses choix et offre une tauromachie aux codes clairement visibles puisque dans son trasteo le torero et le toro sont deux entités qui demeurent satellisés l’une par rapport à l’autre, sans intention de se rejoindre.  Quand à Morante, depuis qu’il a choisi Curro Vazquez pour réguler sa carrière, il n’est plus que l’ombre de ce qu’il fut, avec occasionnellement des rémanences significatives.

Robleño à Villalba à confirmé son état d’esprit et ses capacités face à un toro compliqué de Lozano Hermanos, tardo, probon, manso.  A Santander Castaño et Morenito de Aranda ont profités du nouveau dosage des Victorinos dans lequel la douceur devient plus fréquente.  El Juli à Santander nous a proposé une démonstration de sa nouvelle tauromachie qu’il a peu à peu développée aboutissant à une aisance comparable à celle employée par Ponce, dans laquelle les distances de sécurité sont optimisées et les chemins n’ont pas tendance à se croiser.

En ce qui concerne les toros, le public adoube le toro moderne fruit des exigences des vedettes actuelles.  Même “Jazmin” de Fuente Ymbro, indulté à Mont de Marsan, confirme la tendance.  Il est ce qu’il se fait de mieux dans les normes actuelles mais en aucun cas la représentation du toro de lidia sauvage et combatif.

Il ne sert pas à grand-chose de se plaindre de ce qui est une évolution en marche.  Comme à d’autres moments de l’histoire de la tauromachie, nous vivons une mutation du toreo et possiblement du toro de lidia.  Le public semble apprécier.  L’évolution se justifiera si ce public valide et persiste à  financer le spectacle en achetant ses places.  Dans le cas contraire les Arènes se videront et les Antis n’auront plus aucune résistance lorsqu’ils nous porteront l’estocade.  Car la grande différence entre les évolutions antérieures et celle que nous connaissons aujourd’hui, c’est bien celle là.  Cette fois nous avons un ennemi extérieur qui ne nous laissera probablement pas le temps de rectifier le tir.  S’ils voient une proie moribonde ils ne lui laisseront aucun répit.  Que le public ne comprenne pas cela est somme toute excusable car ils ne suivent pas les phénomènes macro-tauromachiques.  Mais les professionnels, eux, sont directement impliqués. C’est eux qui devront porter la responsabilité de ce que sera la tauromachie du futur ou de ce qu’elle ne sera pas.

Face au toro moderne Jose Tomas a prodigué une tauromachie d’une grande exposition et sincérité.  Mais il convient de constater qu’il n’a pas fait d’émules.  Il n’est peut être plus en mesure de délivrer cette tauromachie qui a connue son apogée lors des deux triomphes de Madrid en 2008, point culminant d’une carrière hors norme.  Talavante a donné un temps la sensation de s’orienter vers ce registre, pour finalement développer un style propre.  Les jeunes générations de toreros prennent plus pour référence les tauromachies de Ponce et Juli.   Les corps intermédiaires sont, quand à eux, dans l’expectative avec Perera, Castella, Luque, Robleño, Gallo, Castaño, Fandiño, David Mora et le nouveau venu Fortes.  Parmi eux il y a le potentiel d’une révolte.  Puis il y a ceux qui parfois ont fait illusion, mais qui tardent à rompre comme Morenito, Urdiales, Leandro.  Enfin il y a le cas particulier de Manzanares qui, sur le fil du rasoir, bascule tanto vers une tauromachie de rentabilité et tanto vers une tauromachie de profondeur sans encore avoir effectué un choix marqué.

De tout l’escalafon, le torero qui fait montre d’une volonté et d’une détermination hors du commun c’est bien El Juli.  Et ce sont ces qualités qui manquent à ses concurrents. Il est dommage qu’il ait choisi, à ce stade de sa carrière, un style peu conforme avec la rage et le pundonor de son début de carrière.

En tout état de cause il faut espérer que la tauromachie ne s’oriente pas vers une indolence que symbolise l’incident des banderilles de Rivera Ordoñez à Valence, plaza de primera.  Peut-on imaginer que Francisco Rivera Paquirri aurait, en son temps, eut ne serais-ce que la tentation de renoncer à placer une troisième paire de banderilles à un toro complicadito ?  Quelle tristesse que le nom de Paquirri soit impliqué dans de telles circonstances.

Je suis de ceux qui pensent que le salut ne peut venir que du Toro.  C’est lui, lorsqu’il est présent, qui révèle les forts, les vaillants, les aptes, les capables.  Dans le ruedo actuellement, il y a peu d’occasions de tester la règle, comme ce fut cependant le cas à Céret avec Robleño et les Adolfos.  Dans quelques jours je m’en irai vers Bilbao avec l’espoir de vivre de grands moments, tout en me rappelant qu’à Séville, Madrid et Pamplona cette année les Toros ont été choisis pour satisfaire les figuras, non seulement les ganaderias, mais aussi la présentation des bichos, en baisse notable partout.  C’est donc avec inquiétude et préoccupation que j’assisterai à l’Aste Nagusia 2012 en essayant de jauger la mutation des reses de lidia et vérifier si, après Madrid et Pamplona, le G10 et comparses ont aussi réussi à baisser le niveau du toro à Bilbao.

Je vous donne rendez-vous ici même pour en suivre le déroulement.

A propos Niño de San Rafael

Niño de San Rafael (Apodo de René Philippe Arneodau) est aficionado practico fréjussien avec une expérience tauromachique qui débute en 1970, allant de chroniqueur à apoderado, cultivant exigence et précision dans ses avis et ses opinions. Passionné de tauromachie depuis le plus jeune âge, il a trouvé dans la pratique du toreo le chemin de la compréhension de la technique et de l'art de torear, et développé une admiration et un respect pour ceux qui y excellent.
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