Madrid 02 juin 2016 – 26ème de San Isidro – Après la corrida d’hier, un bien triste lendemain.

Cuadri334Il semble que la réputation des toros des héritiers de Don Celestino Cuadri va au-delà des résultats produits du moins, à Madrid, ces dernières années. La bonne presse de ces toros fait que les aficionados continuent d’aller à leur rencontre quel que soit le cartel torero, tant et si bien que le public de ce jour garnissait presqu’aux trois-quart Las Ventas. Il faut remonter à 2010 pour créditer « la de Cuadri » de gran corrida bien qu’entre temps certains épisodes du passage de ces toros à Madrid aient marqué l’afición madrilène. Pour ne pas faillir à leur image ces toros étaient de poids et volume importants, hondos pour la plupart, c’est-à-dire avec un poitrail large, des cornes sérieuses mais pas trop importantes, bas de agujas, badanudos, de robe noire, mais bastos en général. Si ces toros doivent intéresser les toristes ils ont à les satisfaire en bravoure, en combat avec les chevaux aux piques et apporter quelques difficultés aux matadors pour qu’ils montrent leur sens de la lidia. Tout ceci procède de bonnes intentions et conditions prêtées à ces toros qui malheureusement ne les remplissaient pas aujourd’hui. Si l’on s’en réfère au tercio de piques, si certains allaient au cheval avec un élan prometteur partant d’au-delà des lignes, d’autres devaient être mis quasiment dans le peto, ne jouant pas de leur poids et supposée puissance pour « secouer » la cavalerie, sans pousser, restant dans le peto ou sortant sueltos. Le 5ème se déplaçait mieux mais n’était pas piqué. Ils ne montraient pas une excessive codicia, souvent courte la charge, aussi trop figés.  Ces toros demandaient des toreros qui les auraient animés, conduits dans des terrains plus propices. Ces réactions, enregistrées par intermittence, ne permettaient pas des faenas brillantes, loin de là. Les charges, réticentes mais nobles, étaient sans transmission… les faenas des toreros en étaient absentes.

Luis Miguel Encabo, peut-être mis dans la catégorie des toreros vétérans et supposé assez clairvoyant pour mener ses faenas face à ces toros. Il n’en fût rien, car ses deux faenas étaient bougées, cherchant tour à tour, le bon côté sur lequel toréer. A son dernier, beaucoup de passes et des mises à mort désastreuses laissent augurer un final de temporada triste pour ce torero dont les contrats font défaut.

Fernando Robleño n’avait pas plus de chance ou de recours surtout pour canaliser la charge un peu bronca au début, plus noble par la suite du 5ème, le seul qui donnait un peu d’animation après qu’un anti-taurin ait sauté dans le ruedo rapidement maîtrisé et remis à la police manu militari. De charge courte sur la gauche, un peu plus longue sur la droite, on comprenait que la taille de la muleta et celle de celui qui la tenait, étaient la raison de ce comportement alternatif. Ceci obligeait Fernando Robleño à «rompre» ou «perdre des pas», donc à ne pas avoir l’immobilité requise pour bien toréer selon les normes classiques. A son premier, qui gardait la tête haute, près des planches, il lui coûtait de répondre aux cites et Fernando Robleño lui donnait des passes… C’est de la gauche que venaient la meilleure série. Pas très réussies les estocades de mise à mort.

Rubén Pinar devait sa présence à la San Isidro grâce à ses demi-succès de l’an dernier en mai et août. C’est lui qui glanait les seuls applaudissements d’un public qui sans doute commentait la corrida de la veille, malheureusement il n’y avait pas comparaison. Assez gauche à la cape, le manchego se rattrapait un peu à la muleta où il essayait de templer et ses naturelles à son premier lui valurent les premiers applaudissements, à droite, trop décollé du trajet du toro ces passes demeuraient, elles, sans effet sur le public. Au 6ème, le schéma était quasiment le même : passes de la droite distantes avec malgré tout un très beau, templé, long changement de main, sans doute le sommet de ce triste après-midi ; sur la gauche rien de significatif. A l’épée, l’estocade de trois-quart horizontale suffisait pour mettre un terme à cette tarde de toros sans race ni de toreros ambitieux.

Dans les cuadrillas, Javier Ambel se faisait applaudir pour sa brega au 3ème, alors qu’il ratait ses poses de banderilles malgré un beau geste.

Luis Miguel Encabo : un avis et silence ; sifflets. Fernando Robleño :silence aux deux. Rubén Pinar : un avis et saluts ; un avis et petite ovation.

Georges Marcillac

 

Ce contenu a été publié dans Georges Marcillac Escritos, Madrid. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.