Madrid 28 septembre – 2ème de la Feria d’Automne – La corrida du Puerto de San Lorenzo ne laisse aucune option aux trois matadors.

Le cartel de cette deuxième journée de la Feria d’automne promettait car, habituellement en fin de saison, les toros de El Puerto de San Lorenzo et la Ventana del Puerto offraient un spectacle qui permettait aux toreros de briller. Cela n’a pas été le cas cette année car, tout au contraire, ils ruinaient tous les espoirs mis dans la terna que formaient Daniel Luque, auréolé de ses succès en France et leur répercussion en Hispanie, Juan Leal en progression constante et Juan Ortega porteur d’une aura de torero classique et pur. La corrida ne fut qu’un ramassis d’animaux coureurs, fuyards ou arrêtés, dont les hechuras les faisaient reconnaître comme héritiers de l’encaste Atanasio Fernández. Malheureusement au «moral», leur comportement était le prototype de celui de la mansedumbre, dépourvus de cette étincelle de bravoure qui rend les mansos intéressants et parfois propices au triomphe. De poids respectables, de 529 à 587 kg pour cinq d’entre eux, le 4ème , de La Ventana del Puerto, était un mastodonte de 650 kg, disproportionné, d’ailleurs protesté par les habituels idolâtres des toros poids lourds, c’est dire. Ils ne produisaient aucun combat notable sous la pique, si ce n’étaient que des contacts «protestés» dans le caparaçon, des sorties sueltos ou la recherche de terrains sans obstacles, courses vers le toril, barbeando le long des barrières avec tentative de jumping pour le 1er…  Tout un échantillonnage et nuances de mansedumbre étaient ainsi offert en guise de travaux pratiques pour les studieux des comportements taurins.

Les points positifs sont à mettre au crédit des matadors et des cuadrillas à pied. Il n’y eut pas de faena véritable sinon des débuts prometteurs vite dilués  dans des trasteos pour passer les toros tant bien que mal, ne pas les laisser s’échapper… Daniel Luque nous gratifiait d’un toreo de cape limpide souvent d’un seul côté car sur le retour les charges ne permettaient pas la même gestuelle. A son premier, après le tanteo suave et une bonne série de la droite près des lignes, un changement de terrain décontenançait le toro qui n’acceptait plus les naturelles qui lui étaient servies et cherchait les tablas. Il se laissait tomber avec seulement un quart de lame… Au 4ème, se reproduisait le même schéma, un tanteo et dès la première série de la droite, le toro sortait de la muleta et allait se réfugier devant le burladero du Tendido 1 pour n’en plus sortir. Il devait être mis à mort collé aux planches d’un pinchazo et une estocade entière atravesada portée en allongeant le bras.

                      

Il faut dire que Juan Leal n’eut pas, quoi qu’il fît, les faveurs du public. Il ne recevait des applaudissements qu’à un quite au 1er par saltilleras et brionesa, le tout bien enlevé et au 4ème par gaoneras valeureuses, moins réussies, avec une larga circulaire comme remate. Il recevait le 2ème au centre de la piste par un péndulo doublé, à genoux, suivi d’une passe par le bas et une bonne passe de poitrine, le tout dans un m2. Après ce bon début, les séries de la droite étaient récriminées pour un toreo distant, euphémisme pour traduire l’exagération des passes en usant du pico…. Les protestations continuaient lorsque, plus rapproché et par passes courtes, Juan Leal s’adaptait au toro qui réduisait ses charges et confirmait sa condition de manso. Le 5ème chargeait descompuesto, avec un cabeceo dans la muleta qui justifiait un toreo en rond pour l’habituer à la muleta et peut-être construire une faena qui finalement n’avait pas lieu, le toro en fuite. Il était toutefois retenu par des passes courtes, de la gauche, toujours sous les protestations qui ressemblaient à un parti pris déplacé, selon les circonstances. Les estocades, avec un saut  pas très orthodoxe, se succédaient en pinchazos au 2ème, alors qu’une entière contraire tombée suffisait au 5ème.

                           

Juan Ortega sans vraiment signer de faenas complètes, gratifiait ses partisans, et les autres, de pincées de toreo élégant, presque délicat face aux brutes qui lui étaient opposées, en mouvement dans l’inconstance de leurs charges. Des doblones au 3ème et surtout, le sommet de la torería, le tanteo au 6ème, conduisant au pas, passe après passe, le toro vers le centre de la piste. Là, le toro s’arrêtait topón et il n’y avait plus rien à faire. Un bajonazo ternissait la prestation au 3ème  et un pinchazo hondo suivi de deux descabellos mettaient fin à cette lamentable corrida.

                              

Il ne faut pas oublier les cuadrillas qui face à ce « matériel » réussissaient à se mettre en valeur avec métier ou opportunité. Raúl Caricol et Jesús Arruga de la cuadrilla de Daniel Luque saluaient après la pose des banderilles au 1er, de même qu’Antonio Chacón aux ordres de Juan Ortega qui n’avait pas d’autre alternative que de clouer les banderilles selon la suerte de al sesgo por fuera au manso 3ème , pratiquement collé aux planches. Quant à Marco Leal, membre de la famille et de la cuadrilla de Juan Leal, il était victime d’une dramatique voltereta en retardant au maximum le temps de la réunion face aux cornes du 2ème pour placer une extraordinaire paire de banderilles.

Daniel Luque : saluts ; un avis et silence. Juan Leal : deux avis et silence ; silence. Juan Ortega : un avis et silence ; silence. Tous les toros furent sifflés à l’arrastre. Douce température, sans vent. 12.242 spectateurs.

Georges Marcillac

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