Séville 14 avril 2016 – José María Manzanares triomphe en solitaire.

imageAprès le retentissement qu’a eu, hier, l’indulto de «Cobradiezmos » dans le monde taurin et d’ailleurs, alors que cet évènement était encore dans toutes les conversations, la corrida de Nuñez de Cuvillo paraissait, sur le papier, l’antithèse de celle de la veille. Il était néanmoins rappelé qu’en 2011 un toro nommé « Arrojado », de ce même élevage, avait été aussi gracié et toréé par un des acteurs d’aujourd’hui: José María Manzanares. Tous les espoirs étaient donc permis, avec le soleil et la couleur de Séville revenus. L’après-midi tournait à l’avantage de José Marí qui touchait les deux toros qui permettaient des faenas complètes, toros auxquels il coupait une oreille à chacun. Sébastien Castella était moins heureux car ces deux toros, à contre-style de notre compatriote, lui enlevaient une fois de plus l’occasion de briller dans sa ville d’adoption. José Garrido, une promessse de la jeune génération, écopait d’un sérieux accrochage en mettant à mort son premier et ne pouvait rien faire au sixième.
Álvaro Nuñez, le ganadero, à l’heure de faire le bilan de cette corrida, aura montré un 50% de satisfaction puisque trois de ses pensionnaires furent les plus remarqués, recevant une note au-dessus de la moyenne. De poids relativement homogènes, la corrida dans son ensemble était de bonne présentation, sans excès de pitones sauf le sixième, lui bien armé, encornure ouverte et pointée en l’air.
Le premier de J.M. Manzanares, dès les premiers capotazos, montrait une aptitude et désir de suivre le leurre, il perdait néanmoins l’équilibre à la sortie des deux piques règlementaires et le joli quite de José Garrido par chicuelinas lentes, bien dessinées, confirmait la première impression. Il est à noter que ce toro avait pourtant roulé à terre à la suite d’un choc contre un burladero et après la première paire de banderilles. C’était heureusement sans conséquence pour la suite de la lidia car dès le début de la faena, après des passes douces d’essai – de tanteo – , José María Manzanares dessinait des passes longues, des deux mains, pas trop serrées il est vrai, mais templées, paraphées par des changements de mains somptueux et par de magnifiques passes de poitrine dont une, en deux toques, décrivait une courbe à 360º. La faena était dosée, trois passes par série car, à la fin le toro baissait de régime. L’estocade entière portée selon le style habituel de JMM lui valait la première oreille. La deuxième était obtenue après une faena vibrante provoquée par l’impétuosité d’un toro de bon trapío, melocotón de robe, spectaculaire dans sa course nerveuse, sans fijeza au début mais finalement assujetti à la cape au centre de la piste par Manzanares. Le bon comportement à la pique, surtout à la première, augurait de bonnes conditions pour la faena qui effectivement se déroulait tambour battant, le toro se déplaçait tête basse dans la muleta que JMM maniait avec facilité et empaque. Une série de naturelles était ponctuée par la musique, signe de qualité et adhésion publique. La mise à mort efficace (estocade toujours lancée à distance considérable) mettaient fin à la faena d’un torero sobre et élégant à un toro brave et encasté.
Sébastien Castella ne pouvait pratiquement rien faire à son deuxième, un toro basto de hechuras qui ne prenait plus la muleta sur la fin, sans force, après un début de faena prometteur. D’une série à l’autre le toro sans caste, brusquement, ne répondait plus. Le premier, un colorado de 589 kg, montrait des qualités qui se révélaient finalement contreproductives car, s’il répondait promptement aux cites, se déplaçait et répétait dans la cape ou la muleta, ses charges à mi-hauteur et sa course sans classe enlevaient toute émotion au trasteo du français sans effet sur le public silencieux.
José Garrido était fortement secoué à la mise à mort du 3ème après une faena plus que méritoire car le nuñez-del-cuvillo, de bon trapío, se révélait dès les premiers capotazos un « drôle de client » : de charge courte, il se retournait brusquement à chaque passe virevoltant sur ses antérieurs pour foncer sur la cape ou ensuite la muleta. José Garrido l’accueillait par des véroniques volontaires et serrées. Après un brindis au public la faena débutait par des doblones nécessaires car les charges du toro étaient nerveuses et ses retours intempestifs mettaient en danger le torero andalou (mais de l’Ecole de Badajoz). Plus compliqué sur la droite, José Garrido optait pour les naturelles en allongeant avec succès la charge du toro, jouant d’un bon coup de poignet. Faena technique, à la limite de l’accrochage toujours bien occulté avec maîtrise et sang-froid, José Garrido dominait la situation sans que le toro ait renoncé aux difficultés du début. Pour l’estocade, il se lançait sur le garrot du toro qui l’attrapait de sa corne droite à hauteur de la hanche et le reprenait au sol. L’estocade n’était pas concluante et il fallait plusieurs descabellos pour en finir tandis que sonnaient deux avis. Fortement contusionné José Garrido passait à l’infirmerie. La malchance s’abattait sur le jeune torero puisque le 6ème n’offrait aucune option de succès, manso, fuyant capotes et cherchant la querencia, il était peu piqué, mobile et suelto. Mise à mort laborieuse avec un avis.
Sebastien Castella : silence aux deux. José María Manzanares : oreille et oreille. José Garrido : saluts après deux avis ; un avis et silence.
Georges Marcillac

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