Sevilla 15 avril – Trois maîtres es-tauromachie.

imageLa corrida phare de la feria d’avril a répondu à l’attente d’un public qui a pu assister à un spectacle unique illuminé par la magie du toreo de Morante de la Puebla, la verguenza torera de Julián López « El Juli » qui recevait une cornada au 5ème et l’immense torero qu’est Andrés Roca Rey. Les toros de Nuñez del Cuvillo, qui comme les figuras « répétaient », n’ont pas été les collaborateurs souhaités et, malgré cela, les toreros, chacun dans son registre, ont élevé cette corrida à un sommet tauromachique à inscrire dans les annales de la Maestranza. Le vent était l’autre protagoniste de cet après-midi empêchant les toreros de développer leur faena au-delà du tercio.

Morante de la Puebla en était à sa quatrième prestation à Séville et ce n’est qu’à son dernier toro d’avril qu’il réalisait une faena d’anthologie. Le toro s’appelait « Dudosito », colorado de 537 kg. mais Morante, lui, ne doutait pas et la faena, au fil des barrières, était entamée par le cartucho de pescado et pase cambiado à la manière de la suerte typique d’Antonio Bienvenida. Après cela les passes aidée par le haut, la faena atteignait des sommets de temple et torería avec des improvisations comme celle d’un molinete belmontien à la limite d’un desarme. La classe du toro, auquel il manquait cette vivacité qui aurait encore plus grandi la faena, aidait le dessin de passes lentes d’une extrême beauté. Pour une fois l’estocade entrait entière en bonne place et Morante, caressant le flanc du toro, le voyait s’écrouler à ses pieds. Sans discussion les deux oreilles étaient accordées. C’est à son premier, à un toro peu codioso mais de charge lente, que Morante de la Puebla nous régalait de son toreo de cape, de véroniques cadencées, en un monumental début. La faena qui suivait était irrégulière avec des passages de qualité, le toro de charge courte, sans classe, accrochait la muleta en fin de course. Quelques sifflets pour les pinchazos et descabellos pour conclure cette faena sans consistance.

Julián López « El Juli » ne pouvait rien faire à la cape à cause du vent à son premier. La première pique n’est pas bien portée et le toro prend le cheval par le poitrail qui chute sur le picador coincé dangereusement en dessous. La pique suivante est assurée par le « réserve ». Le toro se déplaçait de telle sorte qu’un duel de quites d’Andrés Roca Rey par tafalleras et caleserinas alternées et de « El Juli » par chicuelinas sèches, main basse, chauffait les gradins. Les passes genou en terre – doblones – fixaient le toro qui avait maintenant quelque difficulté pour avancer mais la maestria de « El Juli » s’imposait pour donner de l’importance à une faena faite de passes unes à unes que le toro acceptait néanmoins avec noblesse. Deux dosantinas ou redondos inversés et la passe de poitrine laissaient le toro cadré pour une estocade entière arrière avec le « classique » julipié. C’est au 5ème , sérieux bien armé, que survenait la cogida dont était victime « El Juli » après une colada à droite, dangereusement repris au sol à la merci du toro. Après le succès tonitruant de Morante, le madrilène se jetait dans une faena par des passes de tanteo suaves suivies de naturelles allongeant la trajectoire car la charge de « Comilón « était courte et incommode à droite. Après la cogida, « El Juli » boîtant, prenait l’épée et portait deux pinchazos et ¾ de lame avant de se retirer à l’infirmerie recevant l’ovation méritée pour les efforts de faire décoller une faena compliquée.

Andrès Roca Rey comblait le public tout acquis à sa jeune personne dans deux faenas pleines d’aplomb, ne « rompant » jamais devant ses toros, audacieux et facile dans le maniement de la cape et de la muleta variant les suertes avec une difficile facilité, assorties d’improvisations et grande technique. Il accueillait le bon 3ème par une larga cambiada à genou et delantales. Il dessinait une faena bien construite, passes hautes de costadillo au début, ensuite avec mando et maîtrise des passes de la droite et naturelles templées, muleta basse, pour terminer par les bernadinas serrées, imperturbable devant le toro arrêté près des barrières. L’estocade un peu tombée mais d’effet immédiat valait une oreille amplement méritée. Malgré le vent, la faena au 6ème commençait au centre du ruedo par trois cambios par le dos le toro étant cité de près avec pour remate une passe de poitrine serrée. Le ton était donné car le toro bronco ne passait pratiquement plus mais ARR lui arrachait des passes par devant et dans le dos – deux arrucinas impossibles – et à la moindre occasion tirait des passes la muleta basse avec temple dans les rafales du vent. Peu à peu le toro s’appuyait vers la barrière et, c’est peut-être là sa seule erreur, dans la suerte contraire, Andrés « pinchait » une première fois, un autre pinchazo collé aux planches, avant de porter un descabello définitif. Une ovation saluait cette faena émouvante malheureusement mal terminée.
Les toros de Nuñez del Cuvillo, avaient des hechuras convenables pour Séville, n’étaient pas très vaillants aux piques, pas trop piqués donc, laissés « crus » ceux d’Andrès Roca Rey. Nobles, d’allure courte et faiblarde à la muleta, sauf le 3ème qui durait et le 6ème qui se déplaçait par saccades et derrotes, ils permettaient malgré tout d’assister à un spectacle varié maintenant l’attention d’un public conquis, surtout par les toreros.
Morante de la Puebla : silence et deux oreilles. « El Juli » : forte ovation aux deux. Andrès Roca Rey : une oreille et saluts. Entrée à guichets fermés.
Georges Marcillac

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