Retour de l’Ecole Taurine de Madrid à la Venta del Batán

Le 17 juillet 2020, un protocole de collaboration était signé entre la présidente de a Communauté de Madrid, Isabel Ayuso, el l’actuel maire de la capitale, José Luis Martínez Almeida. Cet accord se concrétisait par un vote durant la séance plénière de l’Assemblée de la Mairie de Madrid du mardi 26 janvier dernier par lequel la gestion de l’école taurine dépendra dorénavant de la Délégation de Culture, Tourisme et Sports. Par la même occasion, cela signifie que l’Ecole de Tauromachie de Madrid réintègrera les installations de la Venta del Batán dont elle avait été expulsée par l’administration de la maire précédente, Manuela Carmena, en juin 2015. Par ailleurs, la société municipale Madrid Destino supprimait l’allocation de 61.200 € qui permettait le soutient économique de l’école et la maintenance de ses installations.

L’histoire commence en 1976 sous l’impulsion de l’ex-novillero Enrique Martín Arranz et de l’avocat et journaliste Manuel Martínez Molinero qui avait formé une école taurine, par pure afición, à Zamora. La mode de l’époque était la formation de coopératives. Le monde taurin n’y échappait pas et de la CO.NA.DE.TO – Cooperativa Nacional de Toreros – créée en 1974,  naissait un groupe de jeunes toreros tels Pascual Mezquita, Felix López «El Regio», Antonio Sánchez Puerto, José Lara, Juan Bellido «Chocolate», futurs matadors. Ils s’associaient à la coopérative qui allait être l’embryon de l’école taurine. Après avoir souffert les vicissitudes inhérentes à cette nouvelle entreprise,  l’expérience se consolidait à partir de l’autorisation de la municipalité madrilène de l’utilisation de la plaza de toros de la Feria del Campo et du Foyer des Mayorales. L’inauguration officielle de l’Ecole Nationale de Tauromachie avait lieu le 4 octobre 1976 en présence du ministre des Relations Syndicales du premier gouvernement d’Aldolfo Suárez.

Par l’intermédiaire d’Enrique Martín Arranz et d’un fonctionnaire municipal, Felipe Díaz Murillo (*), l’idée d’asseoir encore plus l’école taurine dans les institutions d’alors, la mairie de Madrid avec à sa tête l’emblématique Enrique Tierno Galván (Parti Socialiste Ouvrier Espagnol – PSOE) et la Diputación (plus tard Communauté Autonome de Madrid – CAM) tombaient d’accord pour donner leur appui et patronage et le 3 octobre 1982 était créé le Patronato de la Escuela de Madrid, Ainsi, l’école taurine passait du domaine privé au public. Une somme de 6 millions de pesetas lui était allouée. Il est important de souligner qu’on s’accordait à demander la collaboration de Madrid Toros, S.A. que dirigeait Manuel Martínez Flamarique « Chopera », nouveau gérant de Las Ventas depuis 1981, qui finalement s’incorporait au Patronato l’année suivante et apportait une contribution volontaire de deux millions de pesetas. C’est en 1989 que les installations de la Feria del Campo et de sa plaza de toros devenaient inutilisables pour leur vétusté et l’École Taurine s’installait à la Venta del Batán, lieu d’exposition, depuis 1950, des toros qui devaient être combattus à Las Ventas. Là, les élèves disposeraient d’une arène, d’une infirmerie et des salles de classe, d’entraînement physique et toreo de salón.

La première génération formée à l’Ecole est dominée par «Los Príncipes del Toreo», un trio de jeunes toreros de la promotion de 1976 : Lucio Sandín, Julián Maestro et José Cubero « Yiyo » ce dernier future figura du toreo qui disparaissait tragiquement sous la corne de «Burlero» de Marin Marcos le 30 septembre 1985 à Colmenar Viejo (Madrid).

            

Des promotions suivantes, on distinguait trois nouveaux aspirants à toreros qui allaient marquer aussi le futur de l’Ecole Taurine de Madrid car, plus tard, ils en seront les directeurs artistiques. Il s’agissait de José Luis Bote, José Miguel Arroyo « Joselito » et José Pedro Prados « El Fundi ». Durant les vingt années qui suivaient, de nombreux élèves de l’Ecole Taurine prenaient l’alternative après leur passage obligatoire par les novilladas non piquées et celles avec picador. Il suffit de citer le premier élève matador de toros «Yiyo» et une suite de figuras comme «Joselito», «El Fundi», Cristina Sánchez, José-Ignacio Uceda Leal, Julián López «El Juli», Miguel Abellán, et beaucoup d’autres, plus modestes ou moins chanceux, encore en activité, nombreux matadors ou subalternes de cuadrillas. José Luis Ramón, ancien élève de la première heure, aujourd’hui journaliste et écrivain, retrace dans son œuvre «Antesala de la Gloria» l’histoire de l’École Taurine de Madrid qui prenait le nom de «Marcial Lalanda» en 1990, où l’on peut retrouver dans le détail l’épopée de l’institution et la carrière de ses acteurs.

A la suite de l’arrivée à la mairie de Madrid de Manuela Carmena soutenue par la coalition anti-taurine de Ahora Madrid (Podemos et Ganamos Madrid) et du PSOE, il était donc décidé de supprimer l’aide économique à l’école taurine, finalement réduite de moitié à condition que les entraînements des élèves ne puissent se dérouler avec des animaux (sic). Ensuite, en 2018, venait l’ordre de fermeture de la Venta del Batán. A l’été 2016, la CAM avait pris la résolution de mettre en marche une Ecole de Tauromachie dont le siège serait la plaza de toros de Las Ventas et qui prendrait le nom de «José Cubero Yiyo». Le directeur artistique en serait José Pedro Prados «El Fundi» qui entre-temps s’était brouillé avec «Joselito» et «El Bote»… Ceux.ci, restés professeurs-instructeurs de l’école, faisaient de la résistance dans les installations de la Venta de Batán… et intégrés dans le cadre de Tauromaquias Integradas, fidèles à leur mentor de leurs débuts, Enrique Martín Arranz.

Les changements politiques intervenus à la direction de la CAM et de l’Ayuntamiento de Madrid (élections régionales et municipales en 2019 reconquises par le Partido Popular) rendaient possible une nouvelle collaboration entre les deux administrations comme au tout début de la création de l’Ecole de Tauromachie de Madrid. De même, son retour à la Venta del Batán représente une nouvelle étape avec toutefois des inconnues liées à la situation sanitaire actuelle mais aussi à la concrétisation des objectifs de cette ambitieuse et nécessaire opération : réunification des deux écoles,  professorat, finacement, futurs travaux de réhabilitation et rénovation des installations, centre d’exposition et de diffusion de la tauromachie. L’avenir dira si la nouvelle École Taurine répondra à toutes ces interrogations. On doit néanmoins se féliciter de la volonté des deux nouveaux gestionnaires de contribuer à un nouvel essor de la tauromachie à Madrid avec un centre de développement pour les futurs élèves toreros et d’attraction pour les aficionados qui trouveront sans doute un nouveau pôle d’intérêt à la Venta del Batán et son cadre de verdure.

Georges Marcillac

(*) Directeur de l’École pendant trente ans et actuellement directeur honorifique.           (**) Antesala de la Gloria – Historia de la Escuela Taurina de Madrid – Espasa Calpe – Collection La Tauromaquia 2002.                                                                                                                                                  Photo centrale: Professuers et directeurs de l’Ecole Taurine, de gauche à droite : José de la Cal, Joaquín Bernadó, Faustino Inchausti «Tinín», Gregorio Sánchez, Enrique Martín Arranz, Manuel Martínez Molinero, Agapito García “Serranito”, Felipe Díaz Murillo

 

Ce contenu a été publié dans Général, Georges Marcillac Escritos, Madrid. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.