Madrid 12 mai 2022 – 5ème de Feria – Quand une corrida n’est faite que de toros avec des cornes....

Après la sensationnelle prestation de El Juli, hier, dont tout le monde parlait encore aujourd’hui, la corrida de ce jour était aux antipodes de celle de la veille. Elle sera oubliée comme l’exemple même de la présentation d’un lot de toros dont on ne sait les raisons d’un choix opposé à la logique et caractéristiques de la place de Madrid : La norme devrait être bien sûr de bonnes hechuras, homogénéité morphologique des animaux, des cornes certes, mais pas disproportionnées, un trapío  et des références généalogiques de garantie – familles, reata - que l’éleveur devrait sélectionner pour une feria aussi importante que celle de San Isidro. On sait que cette année, après l’arrêt dû à la pandémie, le cheptel taurin s’est trouvé augmenté des toros invendus en 2020 et 2021 et qu’il faut bien écouler avant qu’ils n'atteignent l’âge six ans au-delà duquel ils devraient prendre le chemin de l’abattoir et perte sèche pour le ganadero. La conséquence évidente est l’annonce de lots de toros qui dépassent largement les cinq ans comme ce fut le cas pour la corrida de El Torero combattue aujourd’hui. Des toros de poids moyens pour les cinq premiers de 443 ± 5 kg, avec le 6ème de 562 kg. des cinqueños avancés qui portaient tous d’impressionnantes perchas, velas, puñales selon le jargon taurin, telles que le corps « disparaissait » derrière des cornes. Après leur entrée en piste, on se rendait compte de leur quasi inutilité au combat tauromachique moderne et la prudence manifeste des matadors. Pour paraphraser Jean de la Fontaine, leur « ramage était loin d’égaler leur plumage » et leurs qualités de charge n’avaient rien de comparable avec la dimension de leurs cornes.   Les trois matadors de service, Antonio Ferrera, Daniel Luque et Gonzalo Caballero, se voyaient dans l’impossibilité de développer leur art et obligés d’abréger leur tour pour désagrément, le leur et celui du public, en cette occasion assez compréhensif. Le 6ème paraissait avoir en réserve les ressources et qualités pour de permettre une faena, mais la technique et le mental de Gonzalo Caballero étaient insuffisants et l’entreprise au-dessus de ses capacités.

Antonio Ferrera était chargé d’ouvrir la séance sans pouvoir décemment utiliser son capote bleu électrique (voir mon article du 2 mai dernier) ni dessiner le moindre lance avec la quiétude et originalité de style qui lui sont propres. Le bon tranco aux banderilles… avait l'inconvénient de couper le voyage sur le côté gauche. Après les passes préliminaires de la faena où l’on enregistrait le fléchissement des antérieurs, les charges étaient courtes avec retour sans codicia. La trasteo était rapidement abrégé et l’estocade, en prenant la tangente, tombée, avait un effet rapide. Le 4ème sautait haut sur le cheval, faisait sonner l’étrier et sortait seul de la rencontre. Les prudents muletazos du début de faena se justifiaient dans la série suivante, cabeceo et derrote dans la muleta, topón le toro. Un pinchazo, un bajonazoal encuentro… (Pardon pour cette série de termes, cela raccourci la description qui doit être brève comme l’a été la prestation d’Antonio Ferrera)

Daniel Luque recevait le 2ème à la cape. Ce toro présentait le défaut d'essayer de prendre le capote dans un petit saut lançant les pattes en avant. La première pique était correcte, après un bel élan du toro, mais la seconde ratée et le changement de tercio ordonné ! Dans les doblones le toro tantôt baissait la tête tantòt la relevait. Dans la série suivante le derrote final des passes s’amplifiait sans que le matador pût y remédier. Idem sur le côté gauche. Un pinchazo bas, le toro grattait le sol et ne pouvait pas être cadré correctement… Estocade tombée. Le 5ème, affublé comme ses congénères de cornes démesurées, laid de hechuras, passait bien dans la cape de Daniel Luque dans des véroniques de style, gagnant du terrain, « templant », chargeant la suerte. Cela se gâtait aux piques et après des chutes répétées à la sortie, le mouchoir vert ordonnait le renvoi aux corrales. Sortait un sobrero de Montealto, hondo et fin de culata  qui se déplaçait avec vivacité (malgré son temps long passé en réserve dans les corrales) allait au cheval et recevait une légère piqûre. À la seconde pique, il soulevait le cheval et restait dessous le peto. La belle course au deuxième tiers se transformait en une chute en début de faena. Chaque passe était terminée par des derrotes, Daniel Luque capitulait.  Une estocade desprendida suivait un pinchazo.

Gonzalo Caballero recevait une ovation de sympathie et encouragement en souvenir de la terrible cogida et blessure reçue le 12 octobre 2019 lorsqu’il fut quelques minutes entre la vie et la mort. Son premier, cornivuelto, des cornes aussi démesurées que ses charges au cheval – saut au niveau de la selle – se déplaçait bien au deuxième tiers et Raúl Ruiz en bon professionnel remplissait son rôle bravement aux banderilles. Après le brindis au public, un genou en terre, Gonzalo Caballero entamait la faena par des doblones et passe de poitrine dans une belle attitude et forme. Dans un cite lointain, le toro avisait son matador de la corne droite. Frayeur ! Sur la corne gauche, le toro hésitait et faisait mine de rejoindre les barrières. Le changement de terrain n’y faisait rien et la faena se terminait sans trop d’insistance du torero. Prudentes entrées à l’épée : un pinchazo en perdant la muleta et une demi-estocade. Le dernier de El Torero, terciado malgré ses 562 kg, avait une charge réduite dans les premiers capotazos. Le tercio de piques, anodin, puya en arrière, sortie suelto de la deuxième rencontre, était censé ménager le toro qui finalement entrait bien dans la muleta. Par la suite, le contraire se produisait, aucune des charges étaient égales, des passages tête basse, d’autres terminés en derrotes. Gonzalo toréait selon les limites du toro et … les siennes alors qu’une dernière série liée donnait quelque espoir. Un pinchazo hondo suffisait assorti de trois descabellos.

                    

Antonio Ferrera : silence aux deux ; Daniel Luque : silence aux deux. Gonzalo Caballero : applaudissements (de sympathie) ; silence. José Chacón et Fernando Sánchez de la cuadrilla d’Antonio Ferrera brillaient aux banderilles au 4ème et saluaient. Raúl Ruiz et Abraham Neiro « El Algabeño » de la cuadrilla de Gonzalo Caballero se distinguaient dans cet exercice. A signaler aussi Alberto Zayas, efficace dans son rôle de troisième de la cuadrilla de Daniel Luque. Les seules ovations de l’après-midi!. 16.291 spectateurs.

Georges Marcillac

Photos de Plaza 1.

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